Atom Egoyan

  Atom Egoyan, cinéaste (Le Caire, Égypte, 19 juillet 1960). Aucun des scénaristes-réalisateurs qui émergent dans les années 1980, dont Bruce MCDONALD, Patricia ROZEMA, Guy MADDIN et Jean-Claude LAUZON, n'est aussi reconnu ou influent que ce cinéaste intellectuel et peu conventionnel.

Né en Égypte de parents arméniens, il s'établit très jeune avec sa famille à Victoria, en Colombie-Britannique. Il s'ensuit un choc culturel qu'il cite souvent comme ayant eu une influence profonde sur sa vie et son oeuvre. Certains thèmes reviennent fréquemment dans celle-ci : l'aliénation, le voyeurisme et la poursuite futile de la satisfaction émotionnelle. On peut les interpréter comme des tentatives par lesquelles le réalisateur exprime son déracinement culturel.

Après des études secondaires à Victoria, Atom Egoyan déménage à Toronto où il étudie les relations internationales à l'Université de Toronto. Il participe intensément au théâtre universitaire à titre de dramaturge et, tout comme David CRONENBERG avant lui, il y réalise ses premiers films.

L'oeuvre d'Atom Egoyan, aussi personnels que puissent être ses motifs profonds, touche cependant une corde sensible auprès d'un public important au Canada et à l'étranger. Depuis son premier long métrage, Next of Kin (1984), présenté en première au Festival international du film de Toronto, sa réputation internationale ne cesse de grandir. Family Viewing (1987) reçoit le prix du meilleur long métrage canadien au Festival international du film de Toronto en 1987. Speaking Parts (1989; v.f. Rôles parlants) et The Adjuster (1991; v.f. L'Expert en sinistres) sont tous deux projetés à l'inauguration du Festival de film de Cannes en France. EXOTICA (1994; v.f. Exotica) est en nomination dans la catégorie très convoitée des Sélections officielles à Cannes et devient le film canadien-anglais qui s'exporte le mieux, depuis la comédie résolument médiocre PORKY'S (v.f. Chez Porky) en 1981. En 1997, seul Cronenberg, dont l'influence sur l'oeuvre d'Egoyan est évidente et profonde, peut prétendre avoir une réputation internationale aussi grande que celle du jeune cinéaste.

La réussite d'Atom Egoyan dans le monde du film international se confirme avec la sortie de The Sweet Hereafter (1997; v.f. DE BEAUX LENDEMAINS), son premier film inspiré d'une autre oeuvre, dans ce cas-ci un roman de l'Américain Russell Banks. Ce film, présenté en grande première en 1997 au Festival de Cannes, gagnant de huit PRIX GÉNIE au Canada et mis en nomination pour deux Oscars à Hollywood (1998), est un succès auprès des critiques sinon aux guichets. Felicia's Journey (1999; v.f. Le voyage de Félicia), d'après un roman de l'Irlandais William Trevor, est le premier film d'Atom Egoyan tourné hors du Canada et le premier à n'être pas produit de façon indépendante.

En 2000, après sa réalisation d'une version filmée d'une heure de la pièce de Samuel Beckett, La dernière bande, Atom Egoyan se consacre entièrement au scénario et à la réalisation d'un long métrage, Ararat (v.f. Ararat), dont la première mondiale a lieu hors concours au Festival de Cannes 2002. Ce film, mettant en vedette Charles Aznavour et Christopher PLUMMER, souligne les répercussions personnelles, culturelles et historiques du génocide des Arméniens ayant eu lieu en 1915 en Turquie.

En 2005, il réalise Where the Truth Lies (v.f. La vérité nue), un film à suspense avec Kevin Bacon et Colin Firth dans les rôles d'un duo du genre comique qui est impliqué dans le meurtre d'une admiratrice. Ce film fait l'objet de critiques partagées en plus d'être un échec commercial au Canada et aux États-Unis. En 2008, il sort un nouveau film plus intime, réalisé avec un budget nettement inférieur au précédent, intitulé Adoration (v.f. Adoration), une œuvre à la fois complexe et stimulante dont le personnage principal est un élève du secondaire qui fait parfois preuve d'un manque de discernement dans l'usage d'Internet pour mettre en ligne un récit sur sa famille. L'année suivante, Atom Egoyan mène à nouveau un projet de film commercial alors qu'il dirige les vedettes internationales Liam Neeson, Amanda Seyfried et Julianne Moore dans Chloe (v.f. Chloe), un film à suspense érotique produit par le nabab d'Hollywood originaire de Toronto Ivan REITMAN.

Stylistiquement et narrativement, l'oeuvre d'Atom Egoyan est influencée par le détachement clinique de Cronenberg, le minimalisme et un parti pris intellectuel. Cependant, la manière dont Cronenberg met à distance les émotions sous-jacentes de ses personnages est à l'opposée de la passion réelle d'Egoyan pour les causes, les effets et les permutations de relations humaines réduites à une époque électronique. Tous les films d'Egoyan finissent par des épiphanies où les émotions se révèlent. Ils sont enracinés dans une quête romantique où l'individu cherche à se réaliser dans l'intimité. Il peut aussi surgir dans ces films des moments profondément comiques.

En plus de neuf longs métrages, Atom Egoyan réalise plusieurs épisodes pour des séries télévisées et un téléfilm. En 1996, il dirige à Toronto la production de Salomé par la COMPAGNIE D'OPÉRA CANADIENNE, et rédige le libretto d'Elsewhereless (1998), une opérette à laquelle il collabore avec le compositeur canadien Rodney Sharman. Egoyan fait également partie de nombreux jurys internationaux pour les festivals du film les plus prestigieux du monde, tels que ceux de Cannes, de Berlin et de Toronto.

En 2011, Atom Egoyan est nommé Chercheur distingué en résidence à l'Université Ryerson à Toronto, où il développe ses futurs films et projets de théâtre tout en conseillant les étudiants de ces domaines.