Cet arrêt porte sur la liberté d'expression et la propagande haineuse. Monsieur Keegstra, professeur dans une école secondaire de l'Alberta, a fait des déclarations antisémites durant ses cours. Il est accusé d'avoir fomenté la haine contre les juifs. Le paragraphe 281.1(2) - maintenant le paragraphe 319(2) - du Code criminel prohibe la propagande haineuse autrement que dans des conversations privées. L'affaire aboutit à la Cour suprême du Canada. Cette cour est unanime à conclure que la propagande haineuse fait partie de la liberté d'expression protégée par l'alinéa 2b) de la Charte canadienne des droits et libertés. La propagande haineuse est une forme d'expression. La Cour déclare que le paragraphe 319(2) du Code criminel viole l'alinéa 2b) de la Charte parce qu'il prohibe la propagande haineuse. La Cour, toutefois, se partage 4 à 3 sur la justification du paragraphe 319(2) du Code criminel sous l'article 1 de la Charte. Selon le juge en chef Dickson, qui rédige les motifs de la majorité, l'interdiction de la propagande haineuse constitue un objectif urgent, réel et très important. Cet objectif s'appuie sur des documents internationaux auxquels le Canada a adhéré et sur les articles 15 (égalité) et 27 (multiculturalisme) de la Charte. L'article est raisonnable. L'atteinte à la liberté d'expression est minimale. La juge McLachlin écrit les motifs des juges dissidents. Elle affirme : « Si la garantie de libre expression doit avoir un sens, elle doit protéger l'expression qui conteste même les conceptions fondamentales de notre société. Un engagement réel à l'égard de la liberté d'expression n'exige pas moins ».

Keegstra, est mort le 2 juin 2014 en Alberta à l'âge de 80 ans.