Avec le Traité de Paris de 1783, les diplomates tentent de régler les nombreux différends au sujet de la frontière, mais ils connaissent mal la géographie ou l’histoire des terres faisant l’objet du litige. Le document qu’ils produisent est vague et irréaliste, avec une légère référence à une connexion latitudinale entre le lac des Bois et le puissant Mississippi. Ils établissent la frontière comme une ligne partant du coin supérieur du lac des Bois et continuant à l’ouest jusqu’au Mississipi. Il n’est pas nécessaire d’être géographe pour s’apercevoir qu’il est facile de se perdre en cherchant cette connexion.
Le 20 octobre 1818, une convention britanno-américaine clarifie la frontière ouest entre le Canada et les États-Unis comme «une ligne partant de l’extrême nord-ouest du lac des Bois et s’étendant jusqu’au 49e parallèle, qu’elle longe vers l’ouest jusqu’aux montagnes Rocheuses». La même année, la Grande-Bretagne et les États-Unis revendiquent en même temps le territoire de l’Oregon, la région à l’ouest des montagnes Rocheuses, entre les degrés 42° et 54° 40´ de latitude nord. Les revendications contradictoires au sujet de l’Oregon deviennent une question explosive dans les années 1840 face au désir des Américains d’étendre leur territoire jusqu’à la frontière russe de l’Alaska. Les Britanniques, eux, considèrent le fleuve Columbia comme étant la limite appropriée.
En 1844, James Knox Polk utilise le litige frontalier comme tremplin électoral pour les élections présidentielles. Avec son slogan, «54-40 or fight!» (le 54° 40´ ou la bagarre), il promet de partir en guerre pour régler la question. Polk gagne les élections, mais décide de négocier plutôt que de se battre, ce qui réjouit les Britanniques. Le Traité de l’Oregon de 1846 (appelé Traité de Washington par les Américains) fixe la frontière au 49e parallèle, jusqu’au Pacifique. (La petite île de San Juan se trouve dans une zone ambiguë, et les Américains marquent leur revendication en y débarquant des troupes en 1859. En 1872, l’affaire est portée devant l’empereur d’Allemagne, Wilhelm I, qui tranche en faveur des États-Unis.)

À la tension qui règne entre les deux hommes, viennent s’ajouter les conflits entre les deux gouvernements, les occasionnelles rixes militaires, une série de guerres autochtones, l’hostilité entre les commissaires américains et britanniques, le terrain accidenté et le temps variable. Il faut aux hommes de Hawkins quatre années de travail éreintant pour situer et tracer la frontière déterminée par le Traité de l’Oregon. Il faudra encore un demi-siècle pour que le levé de Hawkins et de Campbell soit officiellement reconnu.
Lorsque les Britanniques et les Américains se réunissent, des années plus tard, pour établir les cartes officielles du levé, ils s’aperçoivent, comme il fallait s’y attendre, qu’il existe certains écarts. La méthode de conciliation est surprenante : ils se contentent de couper la poire en deux et de tracer une ligne médiane entre les lignes originales. Cette stratégie semble un bon compromis à l’époque, mais elle ne fait qu’embrouiller les choses dans l’établissement des titres et des juridictions lorsque les pionniers s’installent dans les zones frontière et trouvent deux et parfois trois lignes à travers bois ainsi que de multiples bornes frontière. Les autorités veulent étudier les documents de levé pour rectifier les cartes, mais ceux-ci ont disparu… pour les deux commissions!
Pour des raisons économiques, les Américains avaient retardé la publication de leurs rapports jusqu’après la guerre de Sécession. Quant aux rapports britanniques, Otto Klotz, du Canadian astronomical service, les trouve en 1898 au Royal Observatory à Greenwich, où il remarque des boîtes étiquetées «B.N.A.» qu’il demande au concierge de sortir.
Finalement, les deux gouvernements entreprennent un nouveau levé. De 1901 à 1907, de nouvelles lignes sont tracées, les anciennes, éliminées et les bornes manquantes, remplacées. Fait remarquable, ils n’apportent que quelques corrections aux minutieux levés de Hawkins et Campbell. Laura Neilson Bonikowsky est réviseure spécialisé pour L’Encyclopédie canadienne.


L'annonce du gouvernement fédéral demande des volontaires « capables de lire et d'écrire en anglais ou en français », bons cavaliers et dotés de « bons antécédents »...
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