
Ce soir-là, la politique passe au second plan. Quand Hurtig, critique nationaliste à l'esprit libéral, est suivi sur la scène par le premier ministre conservateur Peter Lougheed, célèbre pour sa défense des intérêts de l'Alberta pendant les débordements de la crise énergétique nationale, l'assistance ne peut que s'étonner de l'étrange partenariat qui a abouti à cet événement. Les orateurs rendent hommage à l'extraordinaire équipe qui a collaboré à la production de L'Encyclopédie - un personnel de presque 40 personnes, sans compter les nombreux conseillers, consultants, photographes, compositeurs typographes, artistes, dessinateurs et collaborateurs de toutes les régions du Canada. Au son de la musique du Tommy Banks Band et du tintement des verres de champagne, les gens d'Edmonton ressentent, en ce moment grisant, l'impression de se trouver à « l'épicentre » de la culture canadienne.
Au même instant, 154 000 exemplaires de L'Encyclopédie canadienne en trois volumes sont en train d'être déballés dans les librairies de tout le Canada. Au fil de sa carrière, Hurtig a travaillé fort pour établir de bonnes relations avec les libraires indépendants et il redoute par-dessus tout qu'ils fassent les frais d'une guerre de prix avec les chaînes de librairies. Heureusement, la demande de L'Encyclopédie est tellement forte que les réductions de prix ne sont même pas un enjeu. À Noël, le premier tirage est pratiquement épuisé.
La publication de L'Encyclopédie suscite un véritable courant de ferveur nationaliste. Les critiques n'hésitent pas à parler de la façon dont le Canada s'est finalement défini lui-même et a réglé les questions délicates relatives à son identité. Un critique considère même L'Encyclopédie comme « l'équivalent intellectuel de la construction du chemin de fer transcontinental! »
Le rêve de Hurtig, qui consistait à produire une encyclopédie canadienne à un prix abordable, a pris forme alors qu'il se penchait sur les résultats de l'un de ces éternels sondages qui montrent l'ignorance inquiétante dont font preuve les étudiants canadiens au sujet du Canada. Pendant des années, il essaiera d'obtenir des fonds du Conseil des Arts du Canada en vue du soutien nécessaire à la production d'une encyclopédie, mais le projet ne cadre pas avec les politiques de subvention du Conseil.
Quand enfin Hurtig demande à Lougheed de financer l'ouvrage à moitié, il reçoit une réponse surprenante. Le premier ministre financera L'Encyclopédie à une seule condition - qu'il puisse le financer complètement. Lougheed n'est que trop conscient qu'il passe beaucoup de temps à se battre avec Ottawa sur les politiques énergétiques et sur les questions constitutionnelles et trop peu à régler les problèmes d'éducation et de culture. Il voit donc dans L'Encyclopédie non seulement un intérêt éducatif, mais aussi un projet d'une grande valeur pouvant marquer avec éclat le 75e anniversaire de l'entrée de la province de l'Alberta dans la Confédération canadienne. L'Encyclopédie serait le cadeau de l'Alberta au Canada; ainsi, chaque école et chaque librairie en recevraient un exemplaire.
Hurtig et Lougheed ont tous les deux été inspirés par le merveilleux symbolisme d'une encyclopédie. L'idée de faire la somme de vastes champs de connaissances en une seule œuvre remonte à la Chine ancienne, mais aussi au passé récent des vendeurs de porte à porte. Pour les directeurs, les problèmes concrets prennent des dimensions monumentales : il n'existe pas de mode d'emploi pour élaborer une encyclopédie et tout le monde sait que ce secteur d'activité conserve jalousement ses secrets. Dès le début, il est décidé que l'œuvre sera aussi diversifiée que l'est la communauté qu'elle représente et que les collaborateurs viendront de toutes les régions.
Les directeurs ne peuvent que faire honneur à l'enthousiasme avec lequel les Canadiens ont accueilli L'Encyclopédie canadienne en 1985. Au fil des années, le rédacteur en chef James Marsh a reçu des milliers de lettres de gens qui se sont donné la peine de lui signaler que telle ou telle entrée contenait une erreur ou que, vraiment, il faudrait ajouter tel ou tel thème qu'il a dû omettre par pure bêtise ou par négligence. Ainsi, le contenu de L'Encyclopédie a continué à s'enrichir et à refléter le grand pays que celle-ci vise à représenter.
James H. Marsh est rédacteur en chef de L'Encyclopédie canadienne depuis sa création en 1980.


Shawnadithit est de plus en plus anxieuse alors qu’elle attend le retour de son oncle, Longnon, au camp dressé, au fin fond de Terre-Neuve, à l’embranchement du ruisseau Badger et de la rivière des Exploits...
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