
De nombreux chefs prennent part aux conflits qui s'ensuivent, mais le plus illustre d'entre eux est Obwandiyag, le chef des Outaouais, que les Britanniques appellent Pontiac. C'est un homme grand, fort et abondamment tatoué selon la coutume outaouaise. Il coiffe sa longue chevelure noire en un mince pompadour, porte des bracelets d'argent et un collier de plumes blanches. Le respect que lui vaut son grand courage s'étend au-delà de son propre clan.
Pontiac est inspiré par les paroles de Neolin, le prophète de Delaware, qui avait donné un avertissement à son peuple : "Si vous accueillez les Britanniques, vous n'êtes pas mieux que morts. Les maladies, la variole et leur poison vous anéantiront." Pontiac envisage de déclarer la guerre dès le printemps 1763. Fort du soutien de ses voisins - les Potawatomis et les Hurons - il tire des plans pour s'approprier le fort Detroit. Quand un espion dévoile le pot aux roses, Pontiac est forcé d'assiéger le fort. Selon les historiens, le conflit qui s'ensuit est une "conspiration", une "trahison" ou une "insurrection". Pour les Premières Nations et particulièrement pour Pontiac, c'est une guerre de libération.
Durant un mois, il sème la guerre dans toute la région des Grands Lacs et la vallée de l'Ohio, remportant une série de victoires qui écrasent les Britanniques. Une expédition guerrière des Outaouais surprend des renforts à Pointe Pelee, capture 46 soldats britanniques et s'empare de deux navires. Le succès de Pontiac encourage les Miamis, les Illinois, les Weas, les Kickapoos, les Mascoutens, les Delawares et les Shawnees à se joindre à lui. Recourant à leur fameuse ruse, les Ojibwés s'emparent de fort Michilimackinac en distrayant la garnison avec une partie de crosse qui les amène à l'intérieur du fort à la poursuite d'une balle.
Pontiac intercepte ensuite une troupe de renfort, quelque 260 Britanniques, dans un affrontement sanglant sur le pont qui enjambe le ruisseau Parent (plus tard renommé Bloody Run). Mis en pièces, les Britanniques s'empressent de rentrer au fort. C'est alors qu'Amherst se résout à faire son infâme suggestion : "N'y aurait-il pas moyen de provoquer une épidémie de variole dans les tribus d'Indiens rebelles?"
Toutefois, l'alliance de Pontiac commence lentement à se désintégrer. Le 6 juillet, les Potawatomis se dissocient de Pontiac; les Hurons de Také rompent aussi leur alliance. En octobre, en dépit d'une dernière tentative de ralliement de Pontiac, la plupart de ses partisans ojibwés et outaouais partent vers leurs territoires de chasse d'hiver.
Un accord de paix est finalement conclu à fort Ontario, du 23 au 25 juillet 1766. Le 25 juillet, Pontiac déclare à Johnson : "Je parle au nom de toutes les nations de l'Ouest que je commande. C'est la volonté du Grand Esprit qu'on se rencontre ici aujourd'hui devant Lui et que je prenne la main de tous ceux ici présents pour ne jamais m'en défaire."
L'acquiescement de Pontiac à la paix dresse ses anciens alliés contre lui; son propre village décide de le bannir. En un geste d'une amère ironie, il est assassiné par un Indien de Peoria à Cahokia. Comme quelqu'un l'écrit dès 1765, "Pontiac [est] à jamais célèbre dans les annales de l'Amérique du Nord", et l'histoire célèbre son nom. Il a perçu avec beaucoup de perspicacité les problèmes dont souffriront les Premières Nations pendant plusieurs générations, particulièrement l'occupation inexorable de leurs territoires.
En octobre 1763, la Proclamation royale sert de nouvelle base aux relations entre les Premières Nations et les Britanniques. Il ne fait aucun doute que les succès militaires de Pontiac ont démontré aux Britanniques que les peuples autochtones sont encore maîtres de leurs terres ancestrales. Ce principe est inscrit dans la Proclamation royale et demeure à ce jour le fondement des revendications territoriales des Premières Nations.
James Marsh est rédacteur en chef de L'Encyclopédie canadienne.


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