Isaac Brock : un héros tombé au combat

Le 13 octobre 1812, aux petites heures du matin, le major-général Isaac Brock dort à poings fermés dans son lit de camp à Fort George, à la frontière de Niagara. Vers quatre heures du matin, le grondement lointain d’un canon le réveille. Il se lève d’un bond, s’habille, enfourche son cheval, Alfred, passe le portail du fort et se dirige vers le son des canons.

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Brock se doutait bien que les Américains, qui ont déclaré la guerre à la Grande-Bretagne en juin, allaient essayer de traverser la frontière quelque part. Après tout, le président des États-Unis, Thomas Jefferson, n’avait-il pas dit qu’il suffirait de s’y présenter pour prendre le Canada.

Contrarié par la tournure des événements, Brock traverse la bruine et la fumée épaisse pour atteindre le hameau de Queenston. Plus tôt, lors du siège de Détroit, il a remporté une éclatante victoire sur des forces plus nombreuses sans qu’une goutte de sang soit versée. Il voulait semer la déroute chez les Américains avant qu’ils n’aient eu le temps de s’organiser, mais il a été ralenti par la politique timorée du gouverneur George Prevost. Ce retard leur a laissé le temps de se regrouper et ils sont maintenant en sol canadien.

Ayant déniché un sentier menant au sommet d’un escarpement, les Américains sont arrivés à prendre une redoute stratégique d’où un canon pilonnait les renforts arrivant de l’autre rive.

On se souvient d'Isaac Brock en tant que héros tombé au champ d'honneur et sauveur du Haut-Canada (avec la permission des Archives nationales du Canada/C-36181).
Brock lance Alfred vers les hauteurs, d’où il pourra observer le déroulement de la bataille, mais les tirs américains l’obligent à redescendre. Il se refugie à la sortie de la petite localité pour analyser la situation. Il est clair pour lui que ceux qui contrôleront les hauteurs contrôleront le Haut-Canada. S’il les perd, il perd aussi la province.

Il serait prudent d’attendre des renforts, mais Brock préfère agir et décide de reprendre la redoute. Il rassemble les hommes du 49e Régiment d’infanterie et de la Milice du Canada. «Suivez-moi, les gars!», crie-t-il en lançant l’assaut sur l’escarpement. Presque en déroute sur le bord de la falaise, les Américains se reprennent et contre-attaquent.

D’allure superbe avec son manteau écarlate, son chapeau à plumet et ses boutons reluisants, Brock est par contre facile à repérer. (À cette époque, l’image du chef idéal était celle du grand Horatio Nelson, posté sur le pont pendant que la bataille fait rage autour de lui.) Un tireur isolé sort de derrière un buisson et lui loge une balle de mousquet dans la poitrine. Samuel Jarvis se rue vers lui et l’implore : «Êtes-vous sérieusement touché, Monsieur?» Brock est déjà mort.

Lorsque l’aide de camp de Brock, le lieutenant-colonel John Macdonell, est mortellement blessé dans une attaque tout aussi inutile, le major-général Roger Hale Sheaffe arrive de Fort George avec des renforts. Parmi ses hommes figurent une centaine de guerriers des Six Nations et plusieurs esclaves évadés qui se sont portés volontaires à Newark.

Sheaffe n’a pas l’intention de répéter l’attaque frontale de Brock. Pour attaquer la position américaine par les flancs, il mène ses hommes autour des hauteurs pour escalader l’escarpement à l’abri des regards américains. De leur côté, les soldats et la milice forment une colonne qui se dirige vers les Américains, maintenant piégés entre eux et la falaise, pendant que les guerriers des Six Nations les harcèlent sur leurs flancs. Dans un tableau rappelant les Plaines d’Abraham, les lignes britanniques abaissent leurs mousquets et ouvrent le feu, faisant de nombreux morts.

Les Américains paniquent, mais ne peuvent pas s’échapper : derrière eux, la pente abrupte de l’escarpement et, au-dessous, le courant violent de la rivière Niagara. Beaucoup tombent ou sautent, certains se noient. Les autres, prudemment, se rendent. En tout, 500 Américains sont tués et 1000 sont faits prisonniers. Chez les vainqueurs, tous groupes confondus – armée, milice, Six Nations –, on ne compte que 28 morts et 77 blessés.

La bataille de Queenston Heights se déroule le 13 octobre 1812 (ANC/C-276).
La province est sauve, mais la perte de Brock est irréparable. C’était un homme si énergique et doué que sa présence aurait grandement influencé les autres campagnes de cette guerre. Les citoyens du Haut-Canada considèrent sa mort comme une calamité. Ils lui érigent un magnifique monument et, quand celui-ci est détruit par des rebelles en 1832, ils en construisent un autre plus splendide encore, le plus majestueux du monde mis à part le pilier conçu par Christopher Wren pour commémorer le grand incendie de Londres.

Le mythe de Brock, le sauveur du Canada, est raconté à tous les écoliers. Le courageux Brock sauvant le Canada est une image puissante pour la nation naissante. C’est à l’échec de cette invasion de 1812 que le Canada doit son indépendance. James H. Marsh est rédacteur en chef de L’Encyclopédie canadienne.

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