Crowfoot et le Traité n° 7

Quelques jours avant le 12 septembre 1877, les Pieds-Noirs et les Stoneys commencent à arriver à Blackfoot Crossing, sur les rives de la rivière Bow dans le sud de l’Alberta. Ennemis jurés, les deux bandes campent chacun de leur côté du cours d’eau. Quelques jours plus tard, les Blood et les Piégans les rejoignent. Ils sont là pour négocier un traité avec le gouvernement canadien. La vallée résonne de l’écho de leurs chants et danses.

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À la première rencontre, le commissaire David Laird souligne les faits incontestables : «D’ici très peu d’années, les bisons auront probablement complètement disparu. C’est pourquoi la reine veut vous aider à adopter un autre mode de vie.» Il offre aux Premières Nations de leur enseigner l’élevage du bétail et la culture des céréales et de leur fournir du soutien financier. En contrepartie, il leur demande d’abandonner la majorité de leurs revendications territoriales.

Certains chefs sont pour, d’autres contre. Alors que le ton monte, tous les yeux se tournent vers un chef, Crowfoot.

Il est né dans la bande des Blood en 1830 au bord de la rivière Belly. Enfant, on le nomme Shot Close (bon viseur). Chez les autochtones, les noms sont considérés comme quelque chose de vivant qui est transmis selon le mérite. Après la mort de son père, les Pieds-Noirs adoptent Shot Close et le nomment Bear Ghost (fantôme d’ours). Un acte de bravoure dans une bataille contre un camp crow lui vaut son nom le plus prestigieux Isapo-muxika qui signifie Big Foot (grand pied) ou Crowfoot (pied de corneille) chez les Crow.

Lorsqu’une épidémie meurtrière de varicelle décime son peuple, en 1869, il en devient le chef et lui apporte son influence pacificatrice. Il empêche les jeunes hommes de partir se battre et fait preuve d’indulgence envers l’ennemi. Il se lie d’une étroite amitié avec le missionnaire Albert Lacombe, qu’il a déjà sauvé d’une attaque crie. Au début des années 1870, il fait la paix avec les Cris et adopte un jeune Cri, Poundmaker.

Crowfoot, chef des Pieds-Noirs, 1887 (avec la permission des Archives du Glenbow/NA-3700-3).

Vif d’esprit, Crowfoot entrevoit pour son peuple un avenir sombre alors que les bisons abondent encore. «Le jour approche où les bisons seront tous morts et où nous n’aurons plus rien pour assurer notre subsistance.»

C’est cette prise de conscience qui amène Crowfoot à la table des négociations. Les commissaires croient à tort qu’il est le chef de tous les Pieds-Noirs, mais Crowfoot sait qu’il ne peut prendre de décision sans l’accord des autres chefs. Il discute des conditions avec Red Crow, le chef des Blood, puis cherche conseil auprès d’un vieux sorcier du nom de Pemmican. Celui-ci le prévient que, s’il accepte le traité, il sera lié et ne pourra plus courir les plaines. Les Blancs lui prendront ses terres et les habiteront. Ces paroles prophétiques troublent Crowfoot.

Red Crow et les autres lui disent que s’il signe, ils signeront aussi. Le 21 septembre, Crowfoot prend la parole. Il remercie la police à cheval d’avoir protéger de nombreux autochtones des trafiquants de whisky. «La police nous a protégés comme le plumage protège l’oiseau en hiver… Je suis satisfait et je vais signer le traité.» Un par un, les autres acquiescent et, le 22 septembre, les chefs se rassemblent pour signer le célèbre Traité n° 7.

Une question demeure encore aujourd’hui. Les Blackfoot comprenaient-ils le traité? Étaient-ils conscients qu’il les confinait à une parcelle de leur ancien territoire? Vraisemblablement, Crowfoot le comprenait. Le traité n’était pour lui qu’un acte de foi. Il savait que rien ne pouvait arrêter l’invasion des Blancs et que, pour survivre, son peuple devrait s’en accommoder.

Dans les années qui suivront la signature du traité, Crowfoot aura bien des raisons de remettre en question sa bonne opinion sur les Blancs. Alors que les colons empiètent sur son territoire et que le gouvernement ne respecte pas les modalités du traité, son peuple est frappé par la famine et la maladie. Malgré tout, il persistera à croire que la violence ne ferait qu’empirer les choses et restera sourd aux demandes de Louis Riel de participer à la rébellion.

Malgré la maladie et les chagrins personnels, Crowfoot continue à faire preuve de grande dignité et de compassion. Il fascine presque tous ceux qui le rencontrent. Après la mort de 8 de ses 12 enfants, il apprend que Poundmaker, son fils adoptif bien-aimé, est condamné pour trahison. «J’éprouve un tel sentiment de solitude, lui écrit-il, en voyant chaque année mes enfants mourir et, si on devait m’annoncer ta mort, je n’aurais plus aucune raison de vivre.» À sa mort, le 5 avril 1890, il est pleuré dans le monde entier. Il aura été guerrier, artisan de paix, orateur et diplomate. Il aura vraiment fait honneur à son nom. James H. Marsh est rédacteur en chef de L’Encyclopédie canadienne.

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