Migration et peuplement
Il est possible que des personnes d'origine ukrainienne soient venues au Canada durant la GUERRE DE 1812, à titre de mercenaires dans les régiments de DE MEURONS et de de Watteville. Il se peut également que d'autres aient participé à l'exploration et à la colonisation de la côte Ouest par les Russes, ou qu'elles soient venues avec les MENNONITES et d'autres immigrants allemands dans les années 1870, ou encore qu'elles soient entrées au Canada en provenance des États-Unis. La première immigration importante (170 000 paysans, provenant surtout de Galicie et de Bucovine) a lieu de 1891 à 1914. Amorcé par Ivan Pylypiw et Wasyl Eleniak, ce mouvement prend de l'ampleur après 1896, lorsque le Canada sollicite l'immigration d'agriculteurs d'Europe de l'Est.
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, l'immigration cesse presque entièrement et les Ukrainiens qui ne sont pas naturalisés sont déclarés « étrangers ennemis » par le gouvernement canadien. Au même moment, plus de 10 000 Ukrainiens s'enrôlent dans les forces armées. Entre les deux guerres mondiales, environ 70 000 Ukrainiens immigrent au Canada pour des motifs politiques et économiques. Parmi eux se trouvent des anciens combattants, des intellectuels, des professionnels, des paysans. De 1947 à 1954, environ 34 000 Ukrainiens, déplacés par le deuxième conflit mondial, arrivent au Canada. Originaires de tous les territoires ukrainiens, ils forment le groupe socio-économique le plus complexe. Alors que les provinces des Prairies absorbent la majeure partie des deux premières vagues d'immigrants, les nouveaux arrivés s'établissent surtout en Ontario. Du milieu des années 50 jusqu'aux années 60, une poignée d'Ukrainiens arrive au pays chaque année. Au cours des années 70 et 80, cependant, un faible renouveau de l'immigration en provenance de Pologne et d'Union Soviétique amène au Canada environ 10 000 personnes dont certaines sont d'ethnie ukrainienne et d'autres des Juifs d'Ukraine soviétique. Depuis 1991, l'Ukraine indépendante fournit un nombre d'immigrants modeste, mais qui va en augmentant.
Dès 1914, les provinces des Prairies sont marquées par plusieurs établissements ruraux peuplés d'Ukrainiens, depuis la colonie originale d'Edna [STAR], en Alberta, jusqu'aux régions de Dauphin, d'Interlake et de Stuartbum au Manitoba, en passant par les régions de Rosthern et de Yorkton en Saskatchewan. Bien que la majorité des Ukrainiens choisissent l'agriculture, certains s'engagent comme salariés dans l'industrie, par exemple à Crow's Nest Pass, dans le Nord de l'Ontario et au Cap-Breton. Vers 1900, les immigrants et les migrants des régions rurales commencent aussi à créer des communautés urbaines d'Ukrainiens dans les villes canadiennes de leur choix. Winnipeg est de loin la plus importante. Au début du siècle, près de 15 p. 100 des habitants de Winnipeg, d'Edmonton et de Saskatoon ont un héritage ukrainien, comparé à 2,5 p. 100 pour Toronto. En 2001, 53 p. 100 des Canadiens d'origine ukrainienne habitent les provinces des Prairies, 27 p. 100 vivent en Ontario et 16 p. 100 en Colombie-Britannique. Alors que 326 195 Canadiens se disent d'origine ukrainienne, 744 860 autres signalent une part de sang ukrainien.
Vie économique
Au début, les Ukrainiens pratiquent l'agriculture avec un capital limité, une technique agricole désuète et sans aucune expérience de la culture extensive. Durant la Première Guerre mondiale, le prix élevé du blé engendre une expansion économique fondée sur cette denrée, mais, durant les années 30, la culture mixte finit par prendre le dessus. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, la mécanisation, l'agriculture scientifique et la venue d'étrangers dans les communautés ukrainiennes se développent parallèlement à celles de l'Ouest rural du Canada. Majoritairement non qualifiés, les hommes travaillent d'abord comme journaliers dans les villes, mineurs, cheminots et bûcherons, tandis que les femmes travaillent comme domestiques, serveuses et femmes de ménage dans les hôtels. La discrimination et l'exploitation provoquent la radicalisation de nombreux ouvriers ukrainiens. En tant que groupe distinct, ils ne bénéficient de la diversification et de la spécialisation professionnelles qu'après les années 20. L'enseignement est la première profession qui va attirer un bon nombre d'hommes et de femmes.
Vie sociale et communautaire
Les premiers établissements communautaires et les enclaves urbaines des Ukrainiens aident les immigrants à s'adapter, mais ne peuvent régler tous les problèmes causés par le dépaysement. Des associations éducatives et culturelles locales, créées d'après des modèles de Galicie et de Bucovine, cultivent l'attachement à leur patrie d'origine et forment les nouveaux arrivants à leur vie au Canada. Trois des premières fondations caritatives sont toujours à l'oeuvre. Au cours des décennies suivantes, la communauté ukrainienne du Canada aide les immigrants de l'entre-deux-guerres et d'après-guerre à s'adapter. Elle étend aussi son aide matérielle et morale à différentes causes humanitaires et politiques en Ukraine, y compris à l'effort de reconstruction qui suit l'indépendance.
Des organisations nationales voient le jour durant l'entre-deux-guerres. Fondée en 1924, l'Ukrainian Labour-Farmer Temple Association, pro-communiste, attire les chômeurs dans les années 30. L'Ukrainian Self-Reliance League, fondée en 1927, et l'Ukrainian Catholic Brotherhood, fondée en 1932, conjointement avec les groupes de femmes et de jeunes qui leur sont affiliés, représentent respectivement les laïcs orthodoxes et catholiques. Les organisations introduites par la seconde vague d'immigration reflètent les tendances révolutionnaires à l'oeuvre en Europe. Fondée en 1934, la petite United Hetman Organization, monarchique et conservatrice, est contrebalancée par l'influente Ukrainian National Federation, nationaliste et républicaine, fondée en 1932.
Malgré les tensions, tous les groupes non communistes rendent publiques la pacification de la Pologne et la terreur stalinienne en Ukraine dans les années 30. L'Ukrainian Labour-Farmer Temple Association critique la domination étrangère en Ukraine de l'Ouest, mais ferme les yeux sur les purges soviétiques et la famine artificielle de 1932-1933, au cours de laquelle six millions de personnes disparaissent. Celle qui lui succède, l'Association of United Ukrainian Canadians, fondée en 1946, connaît un déclin progressif, d'abord avec la Guerre froide et ensuite avec la chute de l'Union Soviétique. En 1940, pour unir les Canadiens d'origine ukrainienne dans l'effort de guerre, des organisations non communistes forment l'Ukrainian Canadian Committee (aujourd'hui le Congress), qui devient une superstructure permanente de coordination dont les objectifs politiques sont l'admission des RÉFUGIÉS ukrainiens après 1945, le MULTICULTURALISME et les projets parrainés par le Canada en Ukraine.
Les plus importantes organisations introduites par la troisième vague d'immigration sont la Canadian League for Ukraine's Liberation, très nationaliste, fondée en 1949, aujourd'hui la League of Ukrainians in Canada, et Plast, l'organisation pour la jeunesse fondée en 1948. Les deux groupes gardent des liens partout dans le monde avec les Ukrainiens qui partagent leurs opinions. Dans les années 70, la Ukrainian Canadian Professional and Business Federation, fondée en 1965, joue un rôle important sur le plan politique et est en mesure d'obtenir des avantages publics pour la communauté ukrainienne.
À quelques exceptions près, en dehors des cercles procommunistes les groupements féminins ont la responsabilité des activités qui relèvent de leur propre domaine. Par tradition, ces activités mettent l'accent sur l'éducation, la culture, l'artisanat, les musées et l'éducation des enfants. Les associations de jeunes ont une dimension sociale et idéologique. Seulement 10 à 15 p. 100 des Canadiens d'origine ukrainienne appartiennent à la communauté organisée. D'autres s'identifient à ses objectifs culturels, sans en partager les objectifs nationaux et politiques.
Les Canadiens d'origine ukrainienne publient presque 600 journaux et périodiques dont la plupart embrassent une cause religieuse ou politique particulière. Les générations nées au Canada pensent que la presse ethnique n'a plus sa raison d'être, mais elles portent encore un intérêt légitime aux sujets et aux affaires ukrainiennes. Les publications anglaises et bilingues compensent le fait qu'il y a moins de lecteurs de langue ukrainienne.
Religion et vie culturelle
Alors que les Ukrainiens de Galicie sont des catholiques de rite oriental (voir CATHOLICISME), ceux de Bucovine sont orthodoxes (voir ÉGLISE ORTHODOXES). Au début, aucun prêtre n'immigre, et d'autres confessions, plus particulièrement les Églises méthodiste et presbytérienne, essaient de combler le vide religieux et social. Jusqu'en 1912, alors qu'ils acquièrent une hiérarchie indépendante, les catholiques ukrainiens sont sous autorité catholique. L'Église orthodoxe russe oeuvre parmi les immigrants orthodoxes, mais perd rapidement sa popularité après 1917. En 1918, les Ukrainiens qui s'opposent à la centralisation et à la latinisation de l'Église catholique d'Ukraine fondent l'Église orthodoxe grecque d'Ukraine (l'Église orthodoxe d'Ukraine depuis 1989) au Canada. Elle regroupe plusieurs diocèses sous l'autorité d'un métropolite en 1951 et devient l'Église catholique d'Ukraine en 1956.
Les deux Églises, après avoir longtemps joué un rôle essentiel dans la conservation de la langue, de la culture et de l'identité ukrainiennes, voient leur autorité morale et leur influence sociale minées par l'assimilation. Lors du recensement de 1991, 23,2 p. 100 et 18,8 p. 100 des répondants d'origine ukrainienne appartiennent respectivement à l'Église catholique d'Ukraine et à l'Église orthodoxe d'Ukraine, 20,1 p. 100 sont catholiques et 10,9 p. 100 adhèrent à l'Église unie, un autre 12,6 p. 100 se dit sans religion.
La majeure partie des rites pagano-chrétiens de la vie paysanne ukrainienne sont éliminés par l'urbanisation et la sécularisation. La broderie, l'ornementation des oeufs de Pâques, la danse, la musique et les plats traditionnels, qui sont également très appréciés en dehors de la communauté ukrainienne, demeurent populaires. Les Ukrainiens introduisent également une architecture religieuse distincte, caractérisée par des dômes à l'extérieur, des murales à l'intérieur, et par une partition (l'iconostase) séparant la nef du sanctuaire. Plusieurs artistes canadiens d'origine ukrainienne puisent leur inspiration à la fois dans leur héritage canadien et dans leur héritage ukrainien. Les archives de la communauté, les musées et les bibliothèques, tels le Ukrainian Cultural and Educational Centre de Winnipeg, encouragent la conservation de l'héritage ukrainien du Canada. Ils ont récemment reçu l'aide des institutions publiques subventionnées par le gouvernement, principalement la Ukrainian Cultural Heritage Village de l'est d'Edmonton.
Certaines formes d'art restent statiques, tandis que d'autres évoluent. Les ensembles de danse travaillent les thèmes canadiens d'origine ukrainienne, la musique country des Ukrainiens marie le folklore ukrainien aux influences de l'Ouest canadien, l'architecture religieuse intègre adroitement la tradition ukrainienne aux motifs nord-américains contemporains. Les peintures de William KURELEK, inspirées de son expérience de pionnier ukrainien dans les Prairies, jouissent d'une grande reconnaissance au Canada. Dans le domaine musical, « Luba » (Kowalchuk), lauréate d'un prix Juno en 1980, commence sa carrière en interprétant la musique populaire ukrainienne. De nombreux poètes et écrivains de langue ukrainienne décrivent la vie des Ukrainiens au Canada. George RYGA est au nombre des quelques écrivains anglophones d'origine ukrainienne qui ont une envergure nationale. Depuis 1970, plusieurs films transmettent et interprètent de façon critique l'expérience des Ukrainiens au Canada. Le théâtre, autrefois dynamique et très important pour les générations d'immigrants, a pratiquement disparu. Aujourd'hui, les Canadiens d'origine ukrainienne célèbrent publiquement leur patrimoine lors d'événements annuels : le plus connu est le Canada's National Ukrainian Festival tenu à Dauphin, au Manitoba.

Éducation
Après 1897, les Ukrainiens du Manitoba profitent des occasions de s'instruire dans les deux langues auprès de professeurs ukrainiens spécialement formés. Des écoles bilingues existent à titre officieux en Saskatchewan jusqu'en 1918, mais elles ne sont pas permises en Alberta. Accusées de retarder l'assimilation, elles sont abolies au Manitoba en 1916, en dépit de l'opposition des Ukrainiens.
Les écoles locales dirigées par la communauté prennent rapidement de l'expansion après la Première Guerre mondiale pour conserver la langue et la culture ukrainiennes. Aujourd'hui, elles n'atteignent qu'une portion de la jeunesse. Au niveau élémentaire, la majorité des écoles se trouvent dans les zones urbaines et elles sont particulièrement populaires à Toronto. Les premiers pensionnats fournissent un environnement ukrainien aux élèves de la campagne qui poursuivent leurs études, plusieurs chefs de la communauté en sont issus. Sur cinq instituts toujours existants, quatre servent de centres à la communauté orthodoxe ukrainienne et de résidences universitaires.
La russification de l'Ukraine soviétique incite les Canadiens d'origine ukrainienne à se mobiliser politiquement et à rechercher l'appui du public pour sauvegarder leur langue et leur culture. Entre les années 50 et les années 80, ils obtiennent des cours universitaires à contenu ukrainien, des programmes d'études, la reconnaissance de l'ukrainien comme langue d'étude, et par conséquent comme langue d'éducation dans les écoles des Prairies, et la fondation en 1976 du Canadian Institute of Ukrainian Studies, à l'U. de l'Alberta. Les études ukrainiennes et canadiennes d'origine ukrainienne se développent au Canada, en tant que discipline, depuis le début des années 50. L'indépendance de l'Ukraine offre maintenant de nouvelles possibilités d'échanges intellectuels avec la patrie.
L'analphabétisme, courant chez les premiers paysans immigrants, a pratiquement disparu. Les Ukrainiennes ont traditionnellement été désavantagées par rapport aux hommes et aux autres femmes canadiennes, et les Ukrainiens dans leur ensemble ont été moins bien éduqués que les Canadiens des groupes privilégiés. Aujourd'hui, toute inégalité d'éducation entre les Ukrainiens et leurs compatriotes est principalement liée à l'âge et à l'immigration, autrement, le niveau d'éducation des Ukrainiens reflète habituellement les normes canadiennes.
Politique
Au début, les Ukrainiens entrent dans la politique canadienne au niveau municipal et dans les zones rurales où leur nombre leur assure le contrôle de l'appareil électoral et administratif. William Hawrelak à Edmonton et Stephen JUBA à Winnipeg sont des maires influents. Le premier Ukrainien à être élu au niveau provincial est Andrew Shandro, un libéral d'Alberta, en 1913. En 1926, Michael Luchkovich des United Farmers of Alberta devient le premier Ukrainien élu à la Chambre des Communes. Depuis lors, plusieurs candidats ukrainiens réussissent en politique, tant au provincial qu'au fédéral. Il y a eu six sénateurs d'origine ukrainienne. Deux Canadiens d'origine ukrainienne ont été nommés à des postes de vice-roi. Stephen Worobetz est lieutenant-gouverneur de la Saskatchewan de 1970 à 1976, et en 1990 Ramon Hnatyshyn devient le deuxième gouverneur général d'origine non britannique et non française.
Durant la Première Guerre mondiale, environ 6000 Ukrainiens sont détenus à titre d'étrangers ennemis et ceux qui sont naturalisés depuis moins de 15 ans sont privés de leur droit électoral. À l'origine, les Ukrainiens ont tendance à voter pour les libéraux, mais leur faible statut économique les amène aussi à voter pour des partis contestataires. Plus tard, plusieurs approuvent l'anticommunisme des conservateurs de Diefenbaker. De plus en plus, les votes des Ukrainiens reflètent ceux de leur classe économique ou de leur région.
Auteur FRANCES A. SWYRIPA
Bibliographie
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Liens supplémentaires
Journée canadienne du multiculturalisme
Site de information de la Journée canadienne du multiculturalisme. Par le Ministère du Patrimoine canadien.
L'hôpital de Myrnam
Voir une Minute du patrimoine sur le financement communautaire et la construction d'hôpitaux dans Myrnam, Alberta, et d'autres villes rurales de l'Ouest. De l'Institut Historica-Dominion. Voir aussi liées les ressources d'apprentissage.
L'église ukrainienne
Cette exposition multimédia du Musée canadien des civilisations retrace l'histoire de l'église ukrainienne au Canada.
Origines ethniques, chiffres de 2006, pour le Canada, les provinces et les territoires
Site d'information sur la Origines ethniques. Par Statistique Canada.


Le récit de la fondation de Montréal est peut-être unique dans l'histoire....
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