Les archives personnelles de Macdonald nous renseigne sur sa vie, mais la date exacte de sa naissance demeure un mystère. La date du 11 janvier 1815 est inscrite comme jour de sa naissance dans le journal intime de son père, cependant, un extrait authentique tiré de son certificat de naissance cite le 10 janvier. Sa famille a toujours célébré son anniversaire le 11 janvier. À l'âge de cinq ans, J.A.Macdonald arrive avec ses parents, Hugh Macdonald et Helen Shaw, à Kingston, dans le Haut-Canada, où il grandit et va à l'école, dans les comtés ruraux de Lennox, d'Addington et de Prince Edward. À 15 ans, il commence son apprentissage dans le cabinet d'un éminent avocat de Kingston. À l'école comme à titre de stagiaire, il se montre plein de promesses. À 17 ans, il dirige seul un bureau local d'un cabinet juridique à Napanee. À 19 ans, il ouvre son propre cabinet à Kingston, soit deux années avant de passer le barreau du Haut-Canada. Les débuts de la carrière professionnelle de J.A. Macdonald coïncident avec la rébellion du Haut-Canada et, par la suite, les incursions des Américains à la frontière. Il se trouve à Toronto en décembre 1837 où, en tant que soldat de la milice, il prend part à l'attaque contre les rebelles à la taverne Montgomery. En 1838, il attire l'attention du public en défendant ces mêmes rebelles, y compris Nils von Schoultz, le dirigeant de l'attaque contre Prescott.
Il pratique le droit toute sa vie. Il s'associe à plusieurs personnes, à Kingston jusqu'en 1874, puis à Toronto. Sa firme s'occupe surtout de droit commercial. Ses clients les plus précieux sont des hommes d'affaires et des entreprises bien établis. Lui-même est personnellement engagé dans diverses entreprises commerciales. Il se lance dans l'immobilier dans les années 1840, se porte acquéreur de terrains aux quatre coins de la province, dont des immeubles commerciaux à usage locatif dans le centre-ville de Toronto, et est nommé directeur de diverses entreprises, principalement à Kingston. Durant 25 ans (principalement pendant la période où il est premier ministre), il est le président d'une firme de Québec, la St. Lawrence Warehouse, Dock and Wharfage Company, et, en 1887, il devient le premier président de la Manufacturers Life Insurance Company, de Toronto. La vie personnelle de Macdonald est cependant marquée par une série de malheurs. Sa première femme, sa cousine Isabella Clark, est invalide durant la majeure partie de leur vie conjugale. Son premier fils meurt à l'âge de 13 mois. Son second mariage, avec Susan Agnes Bernard, est assombri par la maladie chronique de sa fille unique, Mary.



Macdonald sur la scène politique
Macdonald amorce sa carrière politique sur la scène municipale en tant que conseiller de Kingston, de 1843 à 1846. Il participe de plus en plus activement aux politiques conservatrices et, en 1844 (à l'âge de 29 ans), il est élu représentant de Kingston à l'Assemblée législative de la PROVINCE DU CANADA. Les partis et le gouvernement se trouvent alors à un stade de transition. Une structure ministérielle plus moderne commence à se dessiner, mais on n'a pas encore obtenu le GOUVERNEMENT RESPONSABLE, et le gouverneur détient toujours un rôle prépondérant. Dans ce contexte, Macdonald adopte des opinions politiques prudentes. Il se montre en faveur de la prérogative impériale et de l'appui de l'État aux écoles confessionnelles, tout en s'opposant à l'abolition du droit d'aînesse. Par-dessus tout, il se révèle un stratège politique perspicace, croyant fermement qu'il faut fixer des buts pratiques, à atteindre par des moyens pratiques. Son intelligence indubitable et sa finesse lui valent en 1847 son premier poste au Cabinet à titre de receveur général dans l'administration de W.H. DRAPER, qui subit la défaite aux élections générales la même année.
Macdonald reste dans l'Opposition jusqu'aux élections de 1854, après quoi il participe à la création d'une nouvelle alliance politique, le Parti libéral-conservateur, dont les membres conservateurs désirent maintenir l'alliance existante entre les réformistes du Haut-Canada et le bloc politique majoritaire des Canadiens français. Une fois revenu au pouvoir, il occupe le prestigieux poste de procureur général du Haut-Canada. Après la retraite de sir Allan MACNAB, qu'il aide à orchestrer en 1856, Macdonald lui succède en tant que copremier ministre de la Province du Canada, de concert avec Étienne-Paschal TACHÉ (puis George-Étienne CARTIER en 1857-1862, sauf pour les deux jours de l'administration Brown-Dorion en 1858).
Pendant la période de 1854 à 1864, Macdonald rencontre, dans sa propre section, une opposition grandissante à l'union politique du Haut-Canada et du Bas-Canada. Du point de vue réformiste, exprimé par George BROWN, du Globe de Toronto, la « domination » de l'influence canadienne-française au sein du gouvernement de Macdonald et de George-Étienne Cartier pose obstacle aux besoins et aux aspirations légitimes du Haut-Canada. En 1864, les forces politiques et des sections dans la province se trouvent dans une impasse, et Macdonald accepte à contrecoeur la proposition de Brown de former une nouvelle coalition comprenant les réformistes du Haut-Canada, dans le but de mettre un terme aux difficultés constitutionnelles grâce à l'adoption d'un système fédéral qui, si possible, engloberait toutes les colonies de l'Amérique du Nord britannique.
Tout en admettant la nécessité d'un arrangement fédéral pour concilier les importantes différences raciales, religieuses et régionales, Macdonald privilégie un gouvernement fort, hautement centralisé et unitaire. Il dirige l'élaboration d'un système fédéral qui accorde au gouvernement central une prépondérance sans équivoque sur les gouvernements provinciaux. Son expertise constitutionnelle, ses compétences et ses connaissances sont très vite reconnues par le gouvernement impérial. Nommé sir John A. Macdonald et fait Chevalier commandeur de l'Ordre du Bain, il est le premier à être désigné pour exercer les fonctions de premier ministre du Canada à compter du 1er juillet 1867.
« Bâtisseur de la nation »
Pendant son premier mandat, de 1867 à 1873, il se fait « bâtisseur de la nation ». Aux quatre provinces originales viennent se joindre le Manitoba, les Territoires du Nord-Ouest (aujourd'hui la Saskatchewan et l'Alberta), la Colombie-Britannique et l'Île-du-Prince-Édouard. On entreprend la construction d'une ligne du CHEMIN DE FER INTERCOLONIAL entre Québec et Halifax, et l'on projette la construction d'un chemin de fer transcontinental jusqu'à la côte du Pacifique. Ces entreprises engloutissent des sommes faramineuses provenant des fonds publics et ne se déroulent pas sans incident. Le Manitoba entre dans l'union après l'insurrection dirigée par Louis RIEL. Celui-ci s'oppose à la mainmise du gouvernement fédéral sur cette région et oblige ainsi le gouvernement de Macdonald à lui accorder le statut de province plus tôt que prévu, à accepter un système d'écoles confessionnelles et à reconnaître l'égalité du français et de l'anglais.
Macdonald se trouve impliqué dans le SCANDALE DU PACIFIQUE en raison de sa participation aux négociations du contrat de construction du CANADIEN PACIFIQUE jusqu'en Colombie-Britannique. Or, celui qui devait diriger le consortium du chemin de fer, sir Hugh ALLAN, avait fait de larges contributions à Macdonald et à ses collègues lors de la campagne électorale de 1872. Macdonald déclare avoir « les mains propres », parce qu'il n'a personnellement profité d'aucune façon de son association avec Allan. Son gouvernement doit néanmoins démissionner à la fin de l'année 1873 et essuie la défaite aux élections de 1874. Certains de ces problèmes politiques viennent du fait que Macdonald, comme nombre de ses contemporains, est parfois un buveur excessif. Il est clair que, de l'époque des élections de 1872 et des négociations avec Allan, il y a des périodes qu'il aura complètement oubliées. Par la suite, sa consommation d'alcool devient plus modérée.
Heureusement pour Macdonald, sa défaite coïncide avec le début d'un ralentissement du commerce au pays, d'où la réputation d'inefficacité qu'on attribue à l'administration libérale d'Alexander MACKENZIE. En 1876, à l'instigation d'un groupe de fabricants montréalais, Macdonald commence à prôner une politique de « réajustement » du tarif des douanes, une politique qui contribue à son retour triomphal au pouvoir en 1878. Il reste premier ministre pour le reste de sa vie.
Politique nationale
Les modifications promises à la politique tarifaire, qui entrent en vigueur dès 1879 et qui seront fréquemment révisées par la suite avec la collaboration étroite des grands fabricants, deviennent la POLITIQUE NATIONALE de Macdonald. Cette politique tarifaire protège le secteur manufacturier canadien en imposant des tarifs élevés sur les importations, particulièrement celles provenant des États-Unis. Fort attrayante pour les nationalistes canadiens et ceux qui nourrissent un sentiment anti-américain, elle deviendra un trait permanent de la vie économique et politique canadienne. Cependant, l'économie dans son ensemble continue de souffrir d'une lente croissance, et la politique nationale obtient des résultats mitigés.
L'établissement d'un lien physique entre les régions du pays s'accompagne des premiers pas vers l'autonomie canadienne dans les affaires mondiales. Macdonald n'envisage pas l'indépendance du Canada envers la Grande-Bretagne, mais plutôt une forme de coopération avec la mère patrie. Il représente le Canada au sein de la commission britannique qui négocie le traité de Washington de 1871. En 1880, la création du poste de haut-commissaire du Canada en Grande-Bretagne a lieu, et c'est le ministre des Finances, Charles TUPPER, qui représente le Canada à la commission mixte de 1887 à Washington.
Fin de carrière
La fin de la carrière de Macdonald est semée d'embûches. Pendant qu'il est surintendant général des Affaires indiennes, la RÉBELLION DU NORD-OUEST et l'exécution de Louis Riel qui s'ensuit en 1885 attisent l'animosité entre francophones et anglophones. Il en résulte que Macdonald perd ses appuis politiques au Québec, où l'on considère Riel comme un martyr de l'impérialisme anglo-saxon. Une suite de contestations judiciaires des pouvoirs du fédéral, intentées surtout par le premier ministre de l'Ontario, Oliver MOWAT, sont couronnées de succès et viennent affaiblir le système fédéral en une forme beaucoup moins centralisée que ne l'avait souhaité Macdonald. Le pouvoir de DÉSAVEU du fédéral, utilisé librement au début, est littéralement supprimé devant l'opposition provinciale.
La contribution de Macdonald au développement de la nation canadienne dépasse largement celle de n'importe quel de ses contemporains, bien que par nature il ne soit pas un innovateur. Ce n'est pas lui qui a eu l'idée de la Confédération, du Canadien Pacifique et des tarifs protectionnistes, mais il se montre brillant et tenace dans la poursuite de ses buts une fois qu'il est convaincu de leur nécessité. Sur le plan politique, il démontre très tôt sa perspicacité et son ingéniosité. Il conserve un grand degré de contrôle personnel sur le fonctionnement de son parti et pratique volontiers le favoritisme à des fins politiques. Il est un politicien d'une grande ferveur partisane, car il croit sincèrement qu'il est essentiel de maintenir certaines lignes de conduite politiques, spécialement les liens avec l'empire britannique et la tradition législative parlementaire au Canada, devant la menace de l'influence politique et économique américaine.
Macdonald peut être qualifié d'anglophile, mais il devient aussi un nationaliste canadien qui voit l'avenir du Canada avec beaucoup d'optimisme. Son nationalisme est avant tout celui du Canada central et du Canada anglais. Son intérêt pour le Québec n'est que politique. Il reconnaît l'existence d'une collectivité canadienne-française distincte et sa volonté d'obtenir sa juste part du favoritisme gouvernemental, mais après la mort de Cartier en 1873, il ne partage pas également le pouvoir avec un puissant « lieutenant québécois », pas plus qu'il ne nomme de Canadiens-Français parmi les ministres de premier plan de son Cabinet. Ses préoccupations nationales dominantes sont l'unité et la prospérité. Ces mots d'un discours prononcé en 1860 résument le credo politique de toute sa vie et ses objectifs politiques : « un peuple, riche en territoire, riche en ressources, riche en industrie, riche en crédit et riche en capital ».
Voir aussi PREMIER MINISTRES DU CANADA : TABLE.
Auteur J.K. JOHNSON
Bibliographie
D.G. Creighton, John A. Macdonald, 2 vol. (1952-1955); Richard Gwyn, John A: The Man Who Made Us (2007); J.K. Johnson (dir.), Affectionately Yours, the Letters of Sir John A. Macdonald and his Family (1969); P.B. Waite, Macdonald (1975).
Liens supplémentaires
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