Une délégation ramène Louis RIEL de son exil aux États-Unis, et le 8 juillet, à sa première assemblée publique au Canada depuis 1870, le chef métis exhorte tous les habitants insatisfaits du Nord-Ouest à s'unir et à faire valoir leurs droits auprès d'Ottawa. Les colons blancs ont aussi des griefs. Ceux qui se sont installés le long de la rivière Saskatchewan en escomptant la construction du chemin de fer sont mécontents que le CP ait choisi une route plus au sud. Le gouvernement conservateur de John A. Macdonald néglige d'aborder les griefs des trois groupes.
À l'automne de 1884, Riel prépare une pétition et exhorte les Métis, les sang-mêlé anglophones ainsi que les colons blancs à la signer. Le 8 mars 1885, une assemblée tenue à Saint-Laurent, en Saskatchewan, adopte une « Déclaration révolutionnaire des droits » en dix points qui revendique pour les Métis les droits de possession de leurs fermes et énonce d'autres exigences. À Batoche, les 18 et 19 mars, les Métis forment un gouvernement provisoire présidé par Riel et une force armée commandée par Gabriel DUMONT. Ils capturent des prisonniers dans la région de Batoche et, prévoyant une avance de la police, ils occupent la communauté du LAC AUX CANARDS, à mi-chemin entre Batoche et Fort Carlton. Le matin du 26 mars, une force de 100 hommes de la Police à cheval du Nord-Ouest et de citoyens volontaires avancent vers le village du lac aux Canards, sous le commandement du surintendant (chef de police) Lief CROZIER. Une importante force de Métis et d'autochtones les rencontre sur la piste Carlton près du village. Les pourparlers se terminent dans la confusion, et les policiers et volontaires font feu sur leurs ennemis cachés dans un grand ravin au nord du chemin et dans une cabane au sud. La bataille se termine peu après quand policiers et volontaires retraitent vers Fort Carlton. Neuf volontaires et trois policiers sont tués. Cinq Métis et un autochtone meurent au combat. Riel persuade les soldats rebelles de ne pas pourchasser la troupe en retraite, et les Métis retournent à Batoche. La police quitte Fort Carlton et se retire à Prince Albert.
Le gouvernement d'Ottawa réagit avec une rapidité étonnante, compte tenu que le chemin de fer du CP n'est pas terminé au nord du lac Supérieur. Le Canada ne compte alors que quelques centaines de soldats réguliers, mais on mobilise la milice dès le 25 mars, la veille de la bataille du lac aux Canards. William VAN HORNE, directeur du CP, organise rapidement le transport des troupes canadiennes entre les tronçons terminés, ce qui leur permet d'arriver à Qu'Appelle le 10 avril. En moins d'un mois, près de 3000 soldats sont transportés dans l'Ouest. La plupart appartiennent à des unités de la milice de l'Ontario, mais la force comprend également deux bataillons de la province de Québec et un de la Nouvelle-Écosse. En comptant les 1700 soldats arrivés de l'Ouest, le major-général Frederick MIDDLETON dirige une force de plus de 5000 hommes.
La victoire des rebelles au lac aux Canards encourage un fort contingent de Cris des réserves à l'ouest à avancer sur Battleford. Les habitants de la région s'empressent de se réfugier au Fort Battleford, car, le 30 mars, des Assiniboines se sont joints aux Cris après avoir tué deux Blancs au sud de Battleford. Les colons terrifiés restent terrés au Fort Battleford pendant près d'un mois, tandis que les Cris et les Assiniboines montent un immense camp de guerre à l'ouest.
En 1885, Big Bear, dernier chef des Plaines à signer un traité, résiste encore à accepter une réserve et continue à faire campagne en faveur d'une meilleure entente. Aussi, sa bande comprend-elle certains Cris des Plaines des plus militants. Le gouvernement adopte une attitude dure envers la bande de Big Bear, leur coupant les rations pour les forcer à conclure une entente. Au printemps de 1885, il est presque inévitable que sa bande au lac La Grenouille, au nord d'où se trouve maintenant Lloydminster, recoure à la violence contre le gouvernement. La nuit du 1er avril, ses guerriers capturent plusieurs Blancs et Métis. Peu après l'office religieux du dimanche 2 avril, le chef guerrier Wandering Spirit abat l'agent des Affaires indiennes Thomas Quinn. Big Bear tente d'arrêter la violence, mais les guerriers obéissent aux ordres de leur chef de guerre et tuent deux prêtres, l'instructeur agricole du gouvernement, un marchand indépendant, un meunier et trois autres hommes. Ils épargnent plusieurs personnes, dont les veuves de deux des hommes abattus.
Le premier plan du major-général Middleton est simple. Il entend faire avancer ses troupes au pas depuis la tête de rail à Qu'appelle jusqu'à Batoche au nord. Or, les tueries au lac La Grenouille et le « siège » de Battleford le forcent à dépêcher vers le nord, depuis une autre tête de rail à Swift Current, un important détachement sous le commandement du lieutenant-colonel William OTTER pour prêter main forte à Battleford. Les pressions exercées en Alberta mènent à la création d'une troisième colonne à Calgary sous la direction du major-général Thomas Bland STRANGE.
Le 14 avril, les Cris du lac La Grenouille assiègent Fort Pitt, sur la rivière Saskatchewan Nord, à l'est de la frontière actuelle entre l'Alberta et la Saskatchewan. Le 15 avril, après la mort d'un policier dans une petite escarmouche, les Cris permettent au détachement de la Police à cheval du Nord-Ouest de fuir en aval de la rivière.
Le 23 avril, Middleton et ses troupes partent à pied de Clarke's Crossing sur la rivière Saskatchewan Sud et se dirigent vers Batoche, à 50 km de là. Environ 900 hommes, y compris deux batteries d'artillerie, sont divisés en deux groupes avançant de chaque côté de la rivière. Les Métis sont décidés à se battre, mais ils ne s'entendent pas sur l'endroit où doit s'établir la résistance. Riel veut concentrer tous les efforts à la défense de Batoche, tandis que Dumont est en faveur d'une position plus avancée. Dumont l'emporte et, le 12 avril, avec 150 Métis et autochtones, prépare une embuscade à la Coulée des Tourond, que les soldats du gouvernement appellent Fish Creek, à 20 km au sud de Batoche, sur la rive est de la rivière Saskatchewan Sud. À l'arrivée des éclaireurs de Middleton à la Coulée, tôt le matin du 24 avril, les rebelles ouvrent le feu. Jusqu'au milieu de l'après-midi, les troupes de Middleton tentent en vain de chasser les hommes de Dumont hors du ravin et subissent de lourdes pertes : 6 morts et 49 blessés. Les rebelles ne perdent que quatre hommes. Pour les hommes de Middleton sur la rive ouest de la rivière, le gros de la journée passe à traverser la rivière sur un radeau de fortune, et ils arrivent trop tard pour prendre part à la bataille. À la fin du jour, les deux commandants décident de se retirer. Les Métis ont tenu le terrain et arrêté l'avance de Middleton.
Le 1er mai, le colonel Otter avance depuis l'ouest de Battleford avec 300 hommes. Tôt le matin du 2 mai, ils affrontent les troupes cries et assiniboines juste à l'ouest de CUT KNIFE CREEK, à 40 km de Battleford. Les autochtones ont l'énorme avantage du terrain, une plaine triangulaire en pente où ils encerclent littéralement les troupes d'Otter. Fine Day, le chef de guerre cri, déploie ses hommes dans un ravin boisé, stratégie qui s'avère fort fructueuse. Après environ six heures de combat, Otter bat en retraite. Il aurait subi des pertes beaucoup plus élevées tandis que ses miliciens retraversaient le ruisseau si le chef POUNDMAKER n'avait persuadé les autochtones de ne pas les pourchasser. Otter a perdu huit hommes. Cinq ou six autochtones ont été tués. L'incursion d'Otter a violé l'esprit des ordres du général Middleton, et l'échec pousse ce dernier à attendre des renforts pendant deux semaines avant de reprendre sa marche sur Batoche. Le matin du 9 mai, ses forces attaquent les défenses soigneusement érigées à l'extrémité sud du village de Batoche. Le bateau à vapeur Northcote, transformé en canonnière, tente d'attaquer le village depuis la rivière, mais les Métis l'en empêchent en abaissant le câble du traversier. Après un combat court et intense au cours de la matinée, le prudent Middleton retient ses attaquants à une distance respectueuse des positions ennemies. Dans l'après-midi, après avoir tenté sans succès d'avancer sur les retranchements de l'ennemi, les troupes construisent une fortification juste au sud de Batoche.
Le lendemain et le surlendemain, soit les 10 et 11 mai, on répète les mêmes opérations que celles du premier jour. Les troupes sortent le matin, attaquent les lignes des Métis sans grand succès et se retirent, le soir venu. Le 12 mai, Middleton essaie de coordonner une action depuis l'est et le sud, mais le groupe au sud, qui n'entend pas le canon de signal, n'attaque pas. L'après-midi, deux colonels impétueux, apparemment sans en avoir reçu l'ordre, mènent une charge avec plusieurs unités de la milice. Les rebelles, épuisés et à court de munitions, sont vaincus. Huit hommes de la force de Middleton meurent dans la bataille de Batoche. Le général rapporte plus tard que 51 rebelles ont péri, mais ce nombre semble élevé. Riel se rend le 15 mai, Dumont s'enfuit au Montana.
Pendant la bataille de Batoche, l'Alberta Field Force dirigée par le général Strange se repose, à Edmonton, de sa longue marche depuis Calgary. La colonne quitte Edmonton le 14 mai et, le 28, rattrape les autochtones du lac La Grenouille, retranchés au sommet d'une colline escarpée, près d'un point de repère important connu sous le nom de FRENCHMAN'S BUTTE, à 18 km au nord-ouest de Fort Pitt. Il aurait été très difficile d'avancer directement sur les autochtones retranchés, et les éclaireurs de Strange ne trouvent aucune voie permettant de les contourner. Il y a échange de coups de feu à distance pendant plusieurs heures avant que les deux côtés se retirent.
Le dernier affrontement de la rébellion a lieu le 3 juin au lac Loon, à 40 km au nord de Frenchman's Butte, dans une escarmouche entre quelques cavaliers de la Police à cheval du Nord-Ouest, sous le commandement du surintendant Sam STEELE, et les Cris du lac La Grenouille qui battent en retraite. Aucun des hommes de Steele n'est tué, mais quatre Indiens meurent, dont un chef cri des bois.
Le 26 mai, le chef Poundmaker et les autochtones de la région de Battleford capitulent devant le général Middleton à Battleford. À la fin de mai, Big Bear est le seul rebelle important encore en liberté, et Middleton se lance à sa poursuite de façon si maladroite que les soldats ne le retrouvent jamais. Le 21 juin, les autochtones du lac La Grenouille libèrent leurs prisonniers blancs, et le 2 juillet, Gros Ours se rend à la Police à cheval du Nord-Ouest à Fort Carlton. Presque tous les miliciens sont repartis avant le 1er août.
La rébellion n'est pas un effort concerté de tous les groupes du Nord-Ouest. Même la plupart des communautés métisses n'y participent pas. Les principaux combattants sont les groupes de la Saskatchewan-du-Sud, dont le centre était Batoche. Les Cris des Plaines de la bande de Big Bear y prennent part, mais non les Cris des bois, leurs voisins. Quelques Cris de la région de Batoche combattent aux côtés des Métis, tout comme les Dakotas d'une réserve au sud de l'endroit où se trouve maintenant Saskatoon. Les Pieds-Noirs demeurent neutres et les Gens-du-Sang refusent d'oublier leur animosité traditionnelle envers les Cris. Presque tous les colons blancs se rallient au gouvernement, même si leur agitation verbale avant que la violence n'éclate contribue à créer un climat propice à la rébellion.
Tandis que les soldats quittent l'Ouest, le procès de Louis Riel, accusé de haute trahison, s'ouvre à Regina. Riel réclame un procès politique. Si ses avocats ne réussissent pas à convaincre le jury que les chimères religieuses et politiques de Riel l'ont rendu inconscient de la nature de ses actes, c'est surtout en raison de l'éloquence avec laquelle l'accusé s'adresse au jury, le 31 juillet. La loi ne prévoit aucune autre sentence que la peine capitale, et, le 18 septembre, Riel est condamné à être pendu.
Le gouvernement arrête de nombreuses personnes sous l'accusation moins grave de trahison. W.H. JACKSON, le secrétaire personnel de Riel, est acquitté pour raison d'aliénation mentale. La plupart des membres du conseil du gouvernement provisoire plaident coupables et reçoivent des peines allant de la libération conditionnelle à sept années d'emprisonnement. Les chefs Poundmaker et Big Bear sont jugés et condamnés à trois années d'incarcération. Plusieurs autres autochtones de Batoche, du lac La Grenouille et de Battleford accusés de trahison reçoivent diverses sentences. Le seul à être acquitté de cette accusation est le chef dakota White Cap. Onze autochtones sont reconnus coupables de meurtre à la suite du « massacre » du lac La Grenouille et d'autres tueries au cours de la rébellion.
On reporte trois fois l'exécution de Riel : deux fois pour permettre de porter la cause en appel devant des tribunaux supérieurs et une troisième fois afin de procéder à un examen médical plus complet, en raison de sa présumée aliénation mentale. Les appels échouent, et le rapport du comité médical est ambigu. Le gouvernement fédéral aurait pu commuer la peine de mort. Sa décision de « laisser la loi suivre son cours » est purement politique. Riel est pendu à Regina le 16 novembre 1885.
Les Canadiens français appuient la campagne pour contrer la rébellion, mais l'exécution de Riel provoque au Québec un intense sentiment d'indignation qui ne s'apaise pas avec le temps. En dénonçant avec passion les actes du gouvernement, Wilfrid Laurier marque un pas en avant dans sa carrière. Le 27 novembre, six guerriers cris et deux Assiniboines, dont Wandering Spirit, chef du soulèvement du lac La Grenouille, sont pendus à Battleford. Trois autres accusés trouvés coupables de meurtre voient leur peine commuée. Tous les rebelles condamnés à l'emprisonnement sont bientôt libérés. Gabriel Dumont, entre autres, revient des États-Unis grâce à une amnistie générale.
La Rébellion du Nord-Ouest a de profonds effets dans l'Ouest canadien. Elle constitue le point culminant des efforts que déploie le gouvernement fédéral pour maîtriser les autochtones et les colons de l'Ouest. Les Indiens, qui se considéraient déjà opprimés après les traités des années 1870, se retrouvent maintenant assujettis. Les dirigeants métis les plus fervents se sont enfuis au Montana ou ont été emprisonnés. Les autochtones de l'Ouest canadien prendront plusieurs décennies à se remettre politiquement et psychologiquement de la défaite de 1885.

Auteur BOB BEAL et ROD MACLEOD
Bibliographie
Bob Beal et Rod Macleod, Prairie Fire (1984); George F.G. Stanley, The Birth of Western Canada (1936); Desmond Morton, The Last War Drum (1972).
Liens supplémentaires
L'Institut Historica-Dominion
Le site Web de l'Institut Historica-Dominion, organisme de tutelle de l'Encyclopédie canadienne et l'Encyclopédie de la musique au Canada. Consultez leur guerre multimédia de 1812 option et beaucoup d'autres ressources interactives concernant l'histoire et la culture canadiennes.
Le Concours canadien de rédaction pour Autochtones
Site Web du Concours canadien de rédaction & d’arts pour Autochtones. Par l'Institut Historica-Dominion.
Louis Riel
Voir la Patrimoine Minute sur le chef métis légendaire Louis Riel de l'Institut Historica-Dominion. Voir aussi les ressources pédagogiques en ligne.
Lieu historique national du Fort-Battleford
Ce site de Parcs Canada commémore le quartier général de la Police à cheval du Nord-Ouest établi en 1876 à Battleford, en Saskatchewan. Le site comporte des notes détaillées sur Big Bear, Poundmaker, les Cris, Sir Frederick Dobson Middleton, la rébellion du Nord-Ouest, la bataille de la colline Cut Knife, et autres sujets connexes.
Lieu historique national du Canada du Batoche
Site présenté par Parcs Canada, et qui offre une brève revue de l'historique de la Bataille de Batoche, dernier champ de bataille de la Rébellion du Nord-Ouest de 1885.
Louis Riel
Le site web de La Confédération canadienne de la Bibliothèque nationale présente les personnes qui ont joué un rôle marquant dans la naissance du Canada. Découvrez-les à travers les notices biographiques, les photos historiques et d’autres documents d’archives.
La Rébellion du Nord-Ouest
Ce site décrit le rôle joué par le chemin de fer du Canadien Pacifique dans la Rébellion du Nord-Ouest. À l'affiche, des photos et autres documents d’archives.
L'inventaire national des mémoriaux militaires canadiens
Rechercher un mémorial dans l'Inventaire national des monuments commémoratifs militaires canadiens. Un site Web de la Direction - Histoire et patrimoine.
Le mémorial de la campagne du Nord-Ouest
Le mémorial de la campagne du Nord-Ouest a été créé par Walter S. Allward (1876-1955) et construit en 1895. Un site Web de la Direction - Histoire et patrimoine.


Le déclenchement des élections peut se comparer à la visite de Boucle d’or aux trois ours : dans quelle marmite trouvera-t-on la recette idéale, ni trop tôt, ni trop tard…mais juste à point ?
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