La Banque du Canada n'a pas de pouvoir direct sur la masse monétaire, parce que les dépôts sont assujettis à des décisions prises par le système bancaire privé (voir ACTIVITÉ BANCAIRE). En se servant des dépôts des entreprises et des ménages canadiens pour effectuer des prêts, les banques commerciales créent de l'argent, en quelque sorte, parce qu'en théorie les intérêts générés seront injectés dans le système bancaire. Cependant, ce pouvoir de création d'argent détenu par les banques commerciales est restreint par deux facteurs. Dans un premier temps, lorsque les taux d'INTÉRÊT provenant d'autres actifs financiers sont à la hausse, les Canadiens choisissent de ne conserver qu'une partie relativement faible de leurs actifs en monnaie, billets de banque et dépôts bancaires (qui ne produisent habituellement qu'un faible taux d'intérêt). Deuxièmement, les banques ne peuvent prêter la totalité des sommes qui leur sont confiées, car elles doivent conserver une certaine réserve (essentiellement sous forme d'argent liquide dans leurs coffres-forts ou de dépôts auprès de la Banque du Canada) pour répondre aux demandes de retrait de leurs clients. En faisant fluctuer les taux d'intérêt et les réserves bancaires, ou les deux, la Banque du Canada peut manipuler indirectement la masse monétaire avec une grande précision, particulièrement sur des périodes de trois à six mois, ou plus.
Une méthode employée pour manipuler la masse monétaire, appelée opération sur le marché libre, consiste à mettre en marché les titres d'État canadiens sur les marchés secondaires des bons du Trésor et des obligations. L'achat d'obligations d'État par la Banque du Canada se traduit par une augmentation immédiate de la masse monétaire du grand public et une hausse des réserves du système bancaire, ce qui multiplie indirectement la masse monétaire totale. En outre, l'accroissement de la demande de bons du Trésor allège aussi les exigences à l'égard du rendement de ces bons, ce qui se traduit par une diminution globale des taux d'intérêt. À l'opposé, lorsque la Banque du Canada vend des bons du Trésor, la masse monétaire diminue et les taux d'intérêt augmentent.
Le contrôle de la masse monétaire est un outil puissant qui permet d'influencer le comportement général de l'ÉCONOMIE canadienne. Par exemple, une politique monétaire stimulante (c'est-à-dire un taux plus élevé de mise en valeur de la masse monétaire) provoque une baisse des taux d'intérêt et stimule les investissements commerciaux et le marché du logement, ce qui a pour effet de hausser la demande. Dans les périodes de ralentissement cyclique, qui se caractérisent par un taux de chômage élevé et une stagnation de la production, cette hausse de la demande devrait, en principe, se traduire par une augmentation de la production et du niveau d'emploi. Par contre, le ralentissement de la croissance monétaire freine la croissance de l'économie, provoquant une hausse des taux d'intérêt et réduisant à la fois le niveau des investissements et la demande totale. En période de forte INFLATION, ces facteurs contribuent à réduire le prix des biens de consommation et les augmentations de salaire.
En raison de l'étroitesse des liens qui unissent les marchés financiers canadien et américain, la politique monétaire a aussi des conséquences considérables sur le TAUX DE CHANGE des devises de ces deux pays. Lorsque la politique monétaire canadienne est sensiblement plus expansionniste que celle des États-Unis, la valeur du dollar canadien tend à diminuer par rapport au dollar américain. Par contre, des mesures de contraction monétaire au Canada auront l'effet contraire. Par conséquent, la politique monétaire du Canada joue essentiellement sur deux volets, celui des taux d'intérêt et celui du taux de change. La Banque du Canada tente de mesurer l'effet combiné de ces deux facteurs par son indicateur de la conjoncture monétaire, selon lequel une diminution de 1 p. 100 des taux d'intérêt à court terme correspond à une baisse de 3 p. 100 de la valeur du dollar canadien.
Malgré son pouvoir appréciable, la politique monétaire a aussi des limites. Elle ne peut, par exemple, à la fois stimuler la demande économique pour réduire le chômage et la restreindre pour lutter contre l'inflation. La Banque du Canada ne peut non plus stimuler les taux de croissance de la valeur du dollar pour faire baisser les taux d'intérêt sous le niveau américain tout en stabilisant avec succès la valeur du taux de change entre le dollar américain et le dollar canadien. Les décisions afférentes à la politique monétaire exigent, par conséquent, souvent de choix difficiles et de compromis douloureux. Ces compromis engendrent parfois des incompatibilités entre les effets à court terme et les effets à long terme d'une politique particulière. Ainsi, une augmentation importante de la croissance de la masse monétaire pourra d'abord se traduire par une reprise du marché de l'emploi et du volume de production, mais elle mènera éventuellement à une hausse correspondante du taux d'inflation ayant peu ou pas d'effet permanent sur l'emploi et la production.
De même, une réduction substantielle du taux de croissance de la masse monétaire pourra faire échec à l'inflation la plus récalcitrante en bout de ligne, mais au coût de nombreuses années au cours desquelles le volume de production et le marché de l'emploi national connaîtront des heures pour le moins difficiles. Ces conflits qui s'imbriquent dans le temps peuvent être accompagnés d'un troisième facteur, l'ignorance de l'avenir, du fait que nombre de questions demeurent encore en suspens au sujet des répercussions des mécanismes de modification de la masse monétaire sur l'économie, de la nature des rapports entre les variables financières hypothétiques et réelles et des véritables facteurs sur lesquels on s'appuie pour fixer les salaires et le prix des produits.
Enfin, la politique monétaire est restreinte par les conséquences d'autres mesures gouvernementales, notamment par la POLITIQUE BUDGÉTAIRE, c'est-à-dire les décisions qui ont trait aux dépenses publiques et au régime d'imposition. La politique budgétaire influence aussi l'ensemble du marché de la demande et, à moins d'en coordonner les objectifs, les politiques budgétaire et monétaire d'un gouvernement peuvent évoluer à contresens. Au Canada, le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque du Canada se consultent régulièrement. De plus, depuis 1961, une entente explicite stipule qu'en cas de conflit irrémédiable entre ces deux politiques, le gouverneur doit soit se rendre à la ligne directrice (de notoriété publique) écrite du ministre des Finances, soit démissionner de son poste. Dans le budget fédéral de 1991, le gouvernement progressiste-conservateur de l'époque et la Banque nationale avaient convenu d'articuler la politique monétaire et la politique budgétaire autour d'un objectif précis de réduction du taux d'inflation. Cet objectif, de 1 p 100 à 3 p. 100 de 1995 à 1998, a été reconduit par la Banque du Canada et le gouvernement libéral élu en 1993. Pourtant, malgré ce souci de collaboration, il existe aussi une tradition fermement ancrée qui permet à la Banque du Canada d'établir, sauf dans des circonstances aussi difficiles, une politique monétaire à l'abri des pressions politiques. Par conséquent, il est possible que ces politiques visent des objectifs contradictoires.
L'élaboration de la politique monétaire est souvent un exercice très délicat. Elle peut parfois donner lieu à des différends soulevés par diverses interprétations de la conjoncture économique (à savoir, si le pays est ou non en période de récession) ou par des jugements de valeur conflictuels (à savoir, par exemple, lorsqu'on doit choisir entre une inflation qui fera chuter la valeur des rentes fixes et une récession qui se traduira par une hausse du taux de chômage). Il arrive cependant fréquemment que le débat reflète les vastes différences conceptuelles au sujet de la stratégie qu'il convient d'appliquer à la politique monétaire. Bien qu'il existe plusieurs points de vue contrastants ou mitigés à ce sujet, deux grandes écoles ont fait leur marque.
Théories keynésiennes
Bien que considérablement modifiées et raffinées au fil des ans, les conceptions de l'économiste britannique John Maynard Keynes en matière de mise en oeuvre des politiques monétaire et budgétaire, élaborées pendant la CRISE DES ANNÉES 30, demeurent aujourd'hui encore très pertinentes (voir ÉCONOMIE KEYNÉSIENNE). Les keynésiens accordent beaucoup d'importance aux nombreux facteurs susceptibles de déstabiliser l'économie, comme les fluctuations des affaires et du niveau de confiance des consommateurs, les cycles d'investissement dynamique et les soubresauts du commerce international, du secteur financier et de l'indice des prix à la consommation. La politique keynésienne tend par conséquent à être très active ou discrétionnaire, compte tenu du fait que la politique monétaire (ou budgétaire) différera sensiblement selon l'évolution observée ou prévue de la conjoncture économique globale.
Les économistes keynésiens reconnaissent que la politique retenue s'accompagne parfois de conséquences néfastes pour l'économie. Par conséquent, certains font prudemment valoir que, bien qu'il soit possible de remédier aux grandes fluctuations cycliques en adoptant des politiques opportunes, il vaut mieux ne pas du tout tenir compte des fluctuations de moindre importance. Toutefois, dans l'ensemble, les keynésiens se soucient particulièrement du fait que l'inaction totale en cas de ralentissement de l'activité économique pourrait engendrer de longues périodes de stagnation économique grave, qui se caractérisent par une diminution du volume de production et un taux de chômage très élevé, ce que l'on peut et doit éviter.
Monétarisme
Le trait distinctif le plus important des monétaristes tient à leur scepticisme marqué face à l'utilisation de la politique monétaire discrétionnaire pour pallier aux fluctuations du marché financier. Ils préconisent plutôt l'instauration d'une politique neutre, aux termes de laquelle le taux de croissance de la masse monétaire serait fixé et maintenu à de bas niveaux, sauf dans des circonstances économiques extrêmes. Les monétaristes estiment que, en pratique, la politique monétaire keynésienne est trop agressive, ne témoignant que du souci de stimuler le marché de l'emploi et de la production à court terme sans tenir compte des conséquences inflationnistes à long terme.
Durant les années 60 et au début des années 70, l'école keynésienne était prédominante et le rendement économique soutenu de l'ensemble du Canada, et de bien d'autres pays, était redevable à l'adoption des politiques budgétaires et monétaires keynésiennes. Toutefois, les nombreux soubresauts de l'économie qui ont marqué le milieu des années 70 et le début des années 80, associés à la nouvelle analyse théorique de plusieurs monétaristes, ont vivement contribué à la montée des préceptes monétaristes chez les économistes universitaires et les banquiers des banques centrales, y compris la Banque du Canada. La politique anti-inflationniste dont s'est dotée la Banque du Canada dans les années 90 a relancé le débat entre keynésiens et monétaristes. Ces derniers étaient satisfaits du taux d'inflation, qui oscillait autour des 2 p. 100, affirmant qu'il était garant d'un avenir financier prometteur pour le Canada. Les keynésiens se disaient, quant à eux, inquiets des conséquences à long terme d'une telle situation, déplorant le coût élevé du CHÔMAGE qu'avait entraîné cette politique anti-inflationniste.
Auteur RONALD G. WIRICK
Liens supplémentaires
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Le site d'information sur l'histoire de la monnaie, les éléments de sécurité des billets de banque canadiens et les rôles et fonctions de la Banque du Canada.
La feuille de calcul de l'inflation
Découvrez la feuille de calcul de l’inflation de la Banque du Canada. Ce programme utilise les données mensuelles de l’indice des prix à la consommation de 1914 jusqu’à maintenant pour déterminer les variations du coût d'un « panier » fixe de produits de consommation. On appelle inflation l'augmentation de ce coût. Par exemple, 100 $ de 1920 valaient
812,14 $ en 2000. Les "Notes d'information" fournissent de plus amples détails sur les sujets connexes.
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Le ministère des Finances Canada recueille et analyse constamment les renseignements sur l'économie et les finances publiques au Canada, notamment sur l'économie des régions et la situation financière des provinces. Par le site Web du gouvernement du Canada.
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L'annonce du gouvernement fédéral demande des volontaires « capables de lire et d'écrire en anglais ou en français », bons cavaliers et dotés de « bons antécédents »...
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