Certains ichtyologistes (les zoologistes qui étudient les poissons) utilisent le terme « Poisson » dans un sens plus restreint que dans le présent article. Certains n'y incluent que les formes avec des mâchoires. Pour notre part, nous définissons le terme « Poisson » de la façon suivante : Vertébré poïkilotherme (dont la température corporelle interne est semblable à celle de son environnement) qui possède des branchies à toutes les étapes de sa vie et dont les membres, s'il en a, sont des nageoires. La majorité portent des écailles et des nageoires paires. Toutefois, il y a des exceptions à ces règles, de nombreux groupes non apparentés n'ayant pas d'écailles (p. ex. les lamproies et les POISSONS-CHATS), n'ayant aucun ou seulement un ensemble de nageoires paires (p. ex. les lamproies, les ANGUILLES, et la plupart des lançons). Pour ce qui est de l'usage du pluriel ou du singulier, le pluriel réfère aux individus de plus d'une espèce alors que le singulier désigne un individu ou plus d'une seule espèce.
Écailles
Les requins et les raies ont des écailles placoïdes semblables à de petites dents. La plupart des espèces de Poissons osseux à écailles ont des écailles cycloïdes (à bordure lisse) ou cténoïdes (à bordure munie de spicules). Chez les Téléostéens, le groupe de Poissons osseux le plus grand et le plus récent sur l'échelle temporelle évolutive (on les considère comme étant une forme plus avancée ou modifiée par opposition à une forme ancestrale), on trouve les deux types de vraies écailles : les cycloïdes, qui caractérisent les Téléostéens assez primitifs (p. ex. les saumons et les FRETINS); et les cténoïdes, qui caractérisent les Téléostéens évolués (p. ex. les perches et les crapets).
Flottabilité et respiration
La majorité des Poissons osseux sont pourvus d'une vessie natatoire, ou vessie gazeuse, qui les aide à avoir une flottabilité neutre. De nombreux poissons de fond ne possèdent pas cette vessie, ce qui leur permet de rester au fond, même dans des cours d'eau assez rapides, en dépensant le moins d'énergie possible. Certaines espèces comme le Naseux de rapides peuvent faire varier le volume de leur vessie pendant de courtes périodes, l'augmentant dans un lac et le diminuant dans un cours d'eau.
Même si quelques espèces ont des poumons ou d'autres organes respiratoires, elles sont toutes munies de branchies. Au Canada, les poissons respirent presque uniquement dans l'eau, mais ailleurs dans le monde, certaines espèces respirent dans l'air et peuvent même faire de courtes incursions sur la terre ferme.
Formes et couleurs
Les poissons exhibent une grande diversité de formes, de tailles et de couleurs. Certains sont allongés comme une corde, d'autres sont globulaires. Ils peuvent aussi ressembler à une roche bosselée, à une feuille ou à un serpent. La plupart ont un corps fuselé, comprimé de manière variable avec des contours harmonieux, de forme semblable à une torpille, comme celui des TRUITES.
Les poissons affichent une large gamme de couleurs. Dans les Tropiques, plusieurs espèces dulcicoles et marines sont très colorées, mais celles du Canada et d'autres régions nordiques sont généralement de couleur terne. Il existe cependant quelques exceptions, et les mâles de plusieurs espèces exhibent quelquefois des couleurs éclatantes pendant la fraie. C'est le cas entre autres de l'OMBLE chevalier, du Saumon rouge, du Ventre rouge du nord, du CATOSTOME noir et de quelques espèces de dards. Les populations d'une même espèce ont des couleurs plus variables dans les eaux nordiques que dans les eaux tropicales. Les variations très marquées de couleur de la Truite arc-en-ciel et du Grand BROCHET convainquent certains pêcheurs sportifs qu'il en existe différentes espèces dans diverses localités.
Régime alimentaire
Les poissons se nourrissent d'une grande variété d'aliments. Les espèces nordiques ont une alimentation plus généralisée que les espèces tropicales et ont tendance à manger la nourriture disponible. La majorité sont carnivores. Certaines sont herbivores et mangent habituellement des ALGUES. Ces dernières ont souvent de plus longs intestins. Un grand nombre sont essentiellement des Poissons de fond (p. ex. les ESTURGEONS et les MEUNIERS), d'autres se nourrissent de PLANCTON en milieu pélagique (p. ex. les HARENGS, les ciscos). Les Poissons piscivores (p. ex. le GRAND BROCHET) se nourrissent principalement d'autres poissons. Les insectes et les crustacés constituent la plus grande partie du régime alimentaire des espèces dulcicoles non piscivores canadiennes. La Lamproie est le seul Poisson parasite proprement dit des eaux nordiques, quoique les adultes de plusieurs espèces se nourrissent du sang d'autres poissons.
Reproduction
Les habitudes reproductrices des poissons sont aussi très diversifiées. Les Chondrichtyens ont une fertilisation interne, tandis que la plupart des Actinoptérygiens ont une fertilisation externe. Au Canada, la majorité des Actinoptérygiens se reproduisent à une saison déterminée. Les oeufs pondus en eau douce l'automne éclosent généralement au printemps, et ceux pondus l'été éclosent quelques jours ou quelques semaines plus tard. Certaines espèces, comme les ÉPINOCHES et les crapets, construisent des nids dans lesquels ils déposent les oeufs qu'ils surveillent parfois.
Habitat
En eau douce comme en eau salée, plusieurs espèces peuvent être considérées comme des Poissons de fond (c'est-à-dire benthiques, p. ex. les Poissons de fond des PÊCHES commerciales) ou des Poissons d'eau libre (pélagiques dans l'océan, limnétiques dans les lacs). On trouve les Poissons des zones littorales près des côtes et, en milieu océanique, on les observe parfois dans les mares intertidales. Dans l'Arctique, que ce soit dans l'océan ou dans les lacs, les poissons peuvent passer la plus grande partie de leur vie sous la glace. Les eaux y sont très froides avec des températures qui descendent sous -1 o C.
Parmi les habitats diversifiés des Poissons dits d'eau douce, on compte des sources thermales, des torrents froids des montagnes, des lacs profonds et même des eaux salées. Dans le bassin hydrographique des sources d'eau chaude de Cave et Basin, près de Banff en Alberta, on trouve une variété de Naseux de rapides (qui vit normalement dans les lacs et les cours d'eau froids) dans des eaux à 26 o C à proximité de Poissons d'aquarium tropicaux introduits (p. ex. le Molly noir et le Gambusie qui vivent à des températures pouvant atteindre 30 o C et qui donnent naissance à des petits entièrement formés). Dans le PARC NATIONAL WOOD BUFFALO, les poissons vivent dans des lacs à dolines, formés par l'affaissement de la surface dû à la dissolution de la roche. Il arrive que les poissons se déplacent vers les petits étangs par des chenaux souterrains.
Évolution
Les poissons ont probablement évolué à partir de descendants des céphalocordés (petits animaux marins fouisseurs ressemblant à l'anguille), et ils sont à leur tour à l'origine de l'apparition des AMPHIBIENS. Leur origine remonte à environ 530 millions d'années. Au Canada, il existe une grande quantité de FOSSILES de poissons incluant des Agnathes, des Chondrichtyens et des Actinoptérygiens. Les Placodermes et les Acanthodiens sont deux autres grands groupes connus seulement par leurs fossiles.
Le Canada possède une faune vivante diversifiée qui inclut des représentants de toutes les classes. Cette faune compte un grand nombre d'individus, mais pas un grand nombre d'espèces, particulièrement si on tient compte des nombreux lacs et rivières d'eau douce ainsi que des longues côtes. On reconnaît environ 28 000 espèces vivantes de poissons appartenant à environ 515 familles dans le monde. Presque 43 p. 100 des espèces vivent en eau douce. Au Canada, il y a environ 1200 espèces de Poissons indigènes appartenant à 195 familles.
De ce nombre, environ 990 sont exclusivement marines (océans Pacifique, Arctique et Atlantique). Plusieurs espèces sont diadromes, c'est-à-dire qu'elles passent une partie de leur vie en eau salée et une partie en eau douce. Parmi celles-ci, certaines sont anadromes (le Saumon du Pacifique et plusieurs espèces de lamproies) et fraient en eau douce, tandis que l'Anguille d'Amérique de la Côte Atlantique est catadrome et se reproduit dans l'océan.
Les espèces indigènes d'eau douce (environ 180) vivent dans les bassins hydrographiques des océans Pacifique, Arctique et Atlantique, de la BAIE D'HUDSON et du golfe du Mexique. C'est dans les GRANDS LACS et dans le Sud de l'Ontario que l'on rencontre le plus grand nombre d'espèces. Le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut, l'Alberta et la Saskatchewan comptent relativement peu d'espèces si on considère l'étendue de leurs territoire et de leurs eaux.
Les périodes glaciaires influencent profondément la faune ichtyologique canadienne, et les différences dans le nombre d'espèces d'un bout à l'autre du Canada peuvent s'expliquer par les glaciations. Jusqu'à il y a environ 18 000 ans, la plus grande partie du Canada est recouverte de glace. Des poissons venus de régions libres de glace (refuges) se redistribuent ensuite, et la majorité des espèces dulcicoles actuelles du Canada proviennent du refuge du Mississippi-Missouri. La plupart des espèces de la Colombie-Britannique proviennent du refuge du fleuve Columbia. Les refuges du fleuve Yukon et de la Côte Atlantique jouent un rôle important dans d'autres régions du Canada. Lors de la fonte des glaciers, des espèces peuvent se déplacer d'un bassin hydrographique à l'autre, par exemple du FLEUVE COLUMBIA au FLEUVE FRASER. Seuls les poissons qui ont une certaine tolérance à l'eau salée peuvent atteindre le large des côtes (Terre-Neuve, ÎLE DE VANCOUVER et HAIDA GWAII).
Chaque année dans le monde, on décrit plus de nouvelles espèces de poissons que de tout autre groupe de Vertébrés. Il est peu probable que l'on découvre de nombreuses espèces inconnues des scientifiques dans les eaux canadiennes, mais on peut encore apprendre que certaines étendent leur répartition. Quelques espèces semblent n'habiter que les eaux canadiennes. On a entre autres décrit une espèce de CORÉGONE (Coregonus huntsmani, auparavant appelé Coregonus canadensis) qui habite exclusivement une partie de la Nouvelle-Écosse, mais sa survie est peut-être menacée par les PLUIES ACIDES.
Même si des biologistes d'organismes gouvernementaux provinciaux et fédéral, d'universités et d'entreprises d'experts-conseils étudient les poissons, nos connaissances sur ces animaux sont encore limitées, particulièrement celles portant sur l'histoire naturelle de plusieurs espèces commerciales importantes (p. ex., on en sait très peu sur les habitats des larves de harengs et de Grands Corégones). Des pêches expérimentales révèlent régulièrement la présence d'une espèce là où elle n'a jamais été observée auparavant que ce soit au niveau d'une province ou même du Canada. Ces nouvelles observations sont particulièrement fréquentes sur la côte du Pacifique. Les pêcheurs qui ont un bon sens de l'observation et qui s'intéressent à l'identification de leurs prises peuvent apporter des informations précieuses sur la répartition de ces animaux.
Voir aussi SAUMON DE L'ATLANTIQUE; BAR; CHIMÈRE; LÉPISOSTÉ; OMBRE; MAQUEREAU; MASKINONGÉ; BROCHETON; SCORPÈNE; ÉPERLAN; PÊCHE SPORTIVE.
Auteur JOSEPH S. NELSON
Bibliographie
Brian Coad, Italo Labignan et Henry Waszczuk,Encyclopedia of Canadian Fishes (1995); J.L. Hart, Pacific Fishes of Canada (1973); J.S. Nelson, E.J. Crossman, H. Espinosa-Perez, L.T. Findley, C.R. Gilbert, R.N. Lea et J.D. Williams, Common and Scientific Names of Fishes from the United States, Canada, and Mexico (2004); J.S. Nelson, Fishes of the World (2006); W.B. Scott et E.J. Crossman, Poissons d'eau douce du Canada(1973); W.B. Scott, et M.G. Scott, Atlantic Fishes of Canada (1988).
Liens supplémentaires
Pêche récréative au Canada
Ce site canadien propose des liens vers des sites fédéraux, provinciaux et territoriaux qui offrent des renseignements sur la pêche sportive et récréative.
Le monde sous-marin
Une source d'information complète sur l'histoire naturelle des animaux acquatic trouve dans les eaux canadiennes. De Pêches et Océans Canada.
Glossaire sur les poissons et la pollution
Un glossaire de la terminologie liée à l'écologie des poissons et la pollution. De Pêches et Océans Canada.
Le flétan de l'Atlantique
Site de Pêches et Océans Canada traitant de la situation de la pêche au flétan et du cycle biologique de ce poisson.
Le site web de la biodiversité canadienne
Le site Web sur la biodiversité canadienne. Par le musée Redpath.
Glossaire : Saumon
Un glossaire bilingue de termes associés à la pêche au saumon. De Pêches et Océans Canada.
Atlas d'aquaculture du Canada
Découvrez l'aquaculture, une industrie canadienne en pleine expansion dans les dix provinces et sur le Territoire du Yukon. Quelques espèces choisies sont présentées sur le site.
Système canadien d'information sur la biodiversité
Site Web du Partenariat fédéral en matière d'information sur la biodiversité. PFIB est un groupe informel constitué de représentants de ministères et d'organismes fédéraux engagés à accroître la valeur et l'utilisation des données sur la biodiversité dont dispose le gouvernement fédéral.
Biologie et identification des poissons
Biologie et identification des poissons. Par le site Web du gouvernement de l'Ontario.


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