Une plante menacée est une plante qui est susceptible de devenir en danger de disparition si les facteurs limitants auxquels elle est exposée ne sont pas supprimés. Le comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada (CSEMDC) reconnaît cinq statuts pour les espèces en péril : vulnérable, menacée, en danger de disparition, disparue du Canada et disparue. Une plante peut être menacée localement, à l'échelle nationale ou dans toute son aire de répartition. Le Cypripède soulier (Cypripedium calceolus, voir SABOT DE LA VIERGE), une espèce commune dans de nombreuses régions du Canada, est probablement la plante la plus rare en Grande-Bretagne où il ne reste plus que trois ou quatre spécimens à l'état sauvage. La lost Franklinia (Franklinia alatamaha), nommée en l'honneur de Benjamin Franklin, a disparu à l'état sauvage mais survit toujours en milieu cultivé.


Menaces à la survie
L'extinction, phénomène naturel qui se produit depuis le début de l'histoire du monde, survient lorsqu'un organisme est incapable de s'adapter aux modifications de son milieu ou de résister face à des espèces mieux adaptées. Aujourd'hui, les humains sont devenus la principale menace à la survie d'un grand nombre de plantes. L'évolution technologique des pays industrialisés et l'expansion des terres agricoles dans les pays en voie de développement ajoutés à l'exploitation des forêts, des minéraux et des autres RESSOURCES naturelles entraînent des changements environnementaux rapides. Ces facteurs touchent des ÉCOSYSTÈMES, entiers tels que les forêts humides des pays tropicaux ou les forêts côtières de la Colombie-Britannique et ils représentent une menace pour la survie de milliers d'espèces de plantes.

La destruction des habitats étant actuellement la principale cause de la disparition des espèces, la protection des habitats est le seul moyen efficace de sauver les plantes de l'extinction. Le fait que l'on cultive une plante dans un JARDIN BOTANIQUE ne veut pas dire que l'on ne doit pas assurer sa survie dans son habitat sauvage. Les jardins botaniques peuvent toutefois fournir des plantes qui permettront de reconstituer des populations sauvages de plantes menacées.




Protection
Au Canada, la législation assurant la protection des plantes rares est incomplète et a une portée limitée. En tant que ressource naturelle, la flore relève des gouvernements provinciaux plutôt que du gouvernement fédéral, chaque province doit donc adopter ses propres lois sur les espèces menacées. Le gouvernement fédéral, en tant que signataire de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES,1973), peut néanmoins assurer la protection de plantes figurant sur une liste d'espèces qui font l'objet d'une surveillance internationale.

Peu d'espèces canadiennes figurent sur cette liste qui inclut toutefois toutes les espèces d'ORCHIDÉES et de cactées (voir CACTUS). La protection offerte par le CITES vise seulement à contrôler le commerce et le déplacement des espèces listées d'un pays à l'autre, et la majorité des espèces de plantes canadiennes ne figurent pas dans cette réglementation. Par contre, le GINSENG (Panax quinquefolius), une espèce familière répertoriée sur cette liste, est une plante des forêts à feuilles caduques de l'Est et du centre du Canada dont les racines sont récoltées et vendues pour leurs propriétés médicinales.

Le Canada ratifie également la Convention internationale sur la diversité biologique en 1992, et ce faisant, s'engage entre autres à promulguer une législation qui protège les espèces menacées.

La plupart des provinces adoptent des lois sur les espèces menacées. Par exemple, la Loi sur les espèces en voie de disparition de l'Ontario établit que personne ne peut détruire volontairement l'habitat ou interférer avec l'habitat de quelque espèce faunique ou floristique considérée par la loi comme étant menacée d'extinction. Malheureusement, on inclut très peu d'espèces dans ces réglementations et, pour l'instant, les lois n'ont qu'un effet limité sur la protection des plantes rares. Toutefois, les pressions des botanistes et du public peuvent inciter les législateurs à étendre cette protection à d'autres espèces.

Des organismes dont les objectifs sont de protéger l'environnement naturel et la BIODIVERSITÉ des plantes et des animaux qui y vivent offrent une protection plus efficace. Les parcs nationaux offrent à la flore canadienne la protection la plus stricte, la plus efficace et la plus durable. De nombreux parcs sont situés dans des régions où croissent des plantes rares, et une partie du mandat du ministère de l'Environnement Service canadien des parcs est d'assurer la protection constante de ces plantes et de leurs habitats.

En matière de protection des espèces menacées, l'efficacité des parcs provinciaux et des organismes de conservation est très variable. Certains d'entre eux accordent plus d'importance à l'exploitation de l'environnement naturel à des fins récréatives plutôt qu'à la protection des habitats ou des plantes rares. De plus, toute forme de protection peut y être outrepassée sans consultation du Parlement. Toutefois, le public est de plus en plus sensibilisé à l'importance de conserver les plantes rares et contribue à stimuler ces organismes dans leur rôle de conservation. La majorité des provinces ont maintenant une législation qui leur permet de constituer des réserves naturelles ou écologiques dans des zones sensibles où il est possible d'offrir une protection à toute plante rare.

Plusieurs réserves de la biosphère sont créées au Canada sous l'égide de l'UNESCO grâce au Programme sur l'homme et la biosphère (PHB). L'objectif du programme est de développer une base pour permettre l'utilisation nationale et la préservation des ressources de la biosphère et accroître la capacité de l'Homme à gérer efficacement ces ressources. On y accorde beaucoup d'importance à l'intégration de la recherche en écologie et de la formation en environnement. Parmi les réserves de la biosphère au Canada, on compte celle du mont Saint-Hilaire au Québec et du PARC NATIONAL DES LACS-WATERTON en Alberta (avec le Glacier National Park aux États-Unis).

Les organismes non gouvernementaux tels que la Société canadienne pour la conservation de la nature et des sociétés d'histoire naturelle locales jouent également un rôle important dans la protection de l'habitat en achetant des terres et en établissant des ententes de gestion des terres privées par un régisseur.


Flore
La flore canadienne comprend quelque 3300 espèces de plantes vasculaires indigènes. Les musées nationaux du Canada, assistés de botanistes de diverses régions, établissent une liste de plantes rares. Des listes semblables sont élaborées pour chaque province ou territoire. Plus de 1000 espèces sont considérées comme rares au Canada et, parmi celles-ci, 214 sont considérées menacées ou en danger de disparition. Parmi les provinces, la Colombie-Britannique et l'Ontario ont, de loin, le plus grand nombre de plantes rares (426 et 355 respectivement). Cependant, plusieurs de ces espèces sont communes aux États-Unis et atteignent leur limite septentrionale au Canada.

Les plantes rares ou vulnérables peuvent être divisées en trois groupes : les espèces endémiques qui ne se trouvent qu'au Canada ou dans des endroits restreints traversés par les frontières nationales, les plantes de distribution large qui sont devenues si rares dans toute leur aire de répartition qu'elles sont en danger de disparition et les plantes répandues qui sont seulement menacées dans leur aire canadienne de répartition.

Les plantes endémiques canadiennes ont tendance à se concentrer à plusieurs endroits. De l'Ouest à l'Est, les zones importantes de concentration sont la région traversée par la frontière de l'Alaska et du Yukon où, parmi les espèces endémiques, on compte une espèce d'anémone (Anemone multiceps), deux espèces d'érigérons ou vergerettes (Erigeron mexiae et E. muiri) et une espèce de stellaire (Stellaria alaskana); les HAIDA GWAII où l'on trouve une espèce de séneçon (Senecio newcombei), une espèce de benoîte (Geum schofieldii) et une petite anémone (Enomium savilei); les dunes de sable, sur la rive sud du LAC ATHABASCA, où croissent une espèce de stellaire (Stellaria longipes ssp. arenicola), plusieurs espèces de saules nains et une armeria (Armeria maritima ssp. interior); les rives des Grands Lacs où se trouvent deux espèces de chardons (Cirsium pitcheri et C. pumilum), une espèce d'iris (Iris lacustris), la verge d'or de Houghton (Solidago houghtonii) et une espèce de marguerite jaune (Hymenoxys acaulis var. glabra); le golfe du Saint-Laurent (p. ex. les montagnes de la GASPÉSIE, l'ARCHIPEL DE MINGAN et l'ÎLE D'ANTICOSTI et les hauts plateaux de calcaire et de serpentine de Terre-Neuve) où croissent une sabline (Minuartia marcescens), une gentiane (Gentianella victorinii), deux espèces de roses et plusieurs espèces de saules.

Au Canada, plusieurs espèces sont actuellement si rares et ont une répartition si limitée que leur survie est menacée. Leur rareté est habituellement causée par la destruction de leurs habitats naturels. Par exemple, le cypripède blanc (Cypripedium candidum), une espèce de petite taille, qui est la première plante à être protégée par la législation ontarienne, se trouve maintenant seulement en petites colonies dans le Sud-Ouest de l'Ontario, en Saskatchewan et au Manitoba ainsi que dans plusieurs sites isolés aux États-Unis.

Les plantes qui atteignent la limite septentrionale de leur aire de répartition dans le Sud du Canada sont celles qui sont le plus exposées aux menaces importantes. Malheureusement, cette région présente une forte densité de population, et les activités agricoles et industrielles y sont concentrées. Il ne reste qu'une bien faible proportion des forêts décidues qui couvraient autrefois le Sud-Ouest de l'Ontario, mais ces forêts abritent une grande variété de plantes très spéciales que l'on ne rencontre nulle part ailleurs au Canada.

La plupart de ces plantes sont maintenant rares, certaines sont en danger de disparition et quelques-unes sont disparues. Plusieurs espèces d'arbres sont sur cette liste : le magnolier acuminé (Magnolia acuminata), deux espèces de caryers (Carya glabra et C. laciniosa), le frêne bleu (Fraxinus quadrangulata) et quatre espèces de chênes. S'ajoutent à cette liste plusieurs plantes herbacées, arbustes et plantes grimpantes, en particulier le magnifique bignone radicant (Campsis radicans), le gainier rouge (Cercis canadensis, disparu à l'état sauvage au Canada) et l'hydraste du Canada (Hydrastis canadensis) une plante importante pour ses propriétés médicinales.

La majorité survivent dans de petits terrains boisés et habitats associés, fragments des forêts presque continues qui couvrent cette région avant la colonisation. Heureusement au cours des dernières décennies, le Programme de la région carolinienne canadienne, mené conjointement par le gouvernement ontarien, les autorités environnementales locales et le secteur privé, permet de protéger plusieurs des plus importants de ces habitats ainsi que les plantes rares et les animaux qui y vivent. Cette protection est possible grâce à l'acquisition de terres et à des ententes de gestion des terres privées par un régisseur.

Il existe des problèmes semblables dans d'autres provinces. En Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick, de nombreuses espèces de plantes caractéristiques des rives de l'Atlantique et des forêts de l'Est sont menacées par la construction de chalets, l'agriculture, les exploitations forestières et la construction de barrages. Au nombre de ces espèces, on compte la lophiolie d'Amérique (Lophiola aurea), le céanothe d'Amérique (Lachnanthes tinctoria) et le pédiculaire de Furbish (Pedicularis furbishiae).

Dans les Prairies, presque toutes les prairies naturelles ont succombé aux labours ou sont intensément utilisées comme pâturage. Plusieurs plantes des prairies survivent présentement de façon précaire au bord des routes et des voies ferrées où elles échappent à l'agriculture, mais sont menacées par les herbicides, entre autres le prairie parsley (Lomatium orientale), une vernonie (Vernonia fasciculata) et des Légumineuses comme Astragalus kentrophyta, Oxytropis besseyi.

Les montagnes de l'Ouest ont une variété unique de fleurs alpines. Plusieurs espèces, bien qu'elles soient communes aux États-Unis, y atteignent leur limite septentrionale et y sont rares, par exemple le xérophylle vigoureux (Xerophyllum tenax), une petite espèce de sabline (Minuartia nuttallii) et une très belle townsendie (Townsendia condensata).


Pourquoi les conserver?
Pourquoi protéger des plantes de la disparition? Pourquoi ne pas laisser la nature suivre son cours et les plantes disparaître? Il y a de nombreuses raisons à cela. Les plantes sont une source de plaisir et de détente pour nombre de personnes et constituent une source d'inspiration pour les artistes de divers domaines : peinture, photographie, poésie et prose. La vie et la qualité de vie dépendent des plantes. Pourtant, on n'exploite qu'une trentaine d'espèces dans le monde pour la culture vivrière (p. ex. riz, blé, maïs et pomme de terre). Les possibilités de production de nouvelles cultures et d'amélioration des cultures existantes sont illimitées, mais nécessitent l'utilisation de la diversité génétique des plantes sauvages.

Les plantes varient selon l'endroit où elles poussent. Par exemple, les populations nordiques diffèrent souvent génétiquement des plantes méridionales. Chacune est adaptée à l'habitat et au climat où elle pousse. Pour que la survie d'une espèce soit assurée, il est essentiel de maintenir sa diversité génétique afin qu'elle puisse s'adapter aux petits changements continuels de l'environnement, aux changements climatiques, aux prédateurs, à la maladie, à la compétition et à d'autres facteurs. C'est pourquoi nous devons protéger les plantes qui atteignent la limite de leur répartition au Canada même si elles sont abondantes aux États-Unis. De plus, nous devons protéger les ancêtres sauvages des plantes cultivées et assurer la survie d'espèces qui pourraient devenir des plantes de culture, des variétés horticoles ou des sources de produits utiles.

Les plantes sont utilisées depuis les temps préhistoriques pour leurs propriétés médicinales. Les chercheurs actuels découvrent un nombre apparemment illimité de nouveaux produits chimiques dans les plantes sauvages, nombre de ces produits chimiques constituent la base de nouveaux médicaments ou d'autres produits utiles au bien-être et au développement humain. À l'origine, la cortisone est tirée des dioscorées (Dioscorea), et un arbuste peu connu du semi-désert de l'Arizona, le jojoba (Simmondsia chinensis) s'avère une source de cire liquide qui peut être utilisée dans la fabrication de plusieurs produits aussi variés que de l'huile à transmission, des cosmétiques et des lotions solaires.

On a récemment découvert que l'asiminier trilobé (Asimina triloba) qui croît dans les forêts de l'Est de l'Amérique du Nord, depuis le Sud de l'Ontario jusqu'au golfe du Mexique, contient une substance anticancéreuse puissante. De plus, une vigne peu connue (Ancistrocladus konepensis) qui pousse dans les forêts humides de l'Ouest de l'Afrique contient une substance qui inhibe le VIH (voir SIDA).

Les bénéfices économiques et matériels que l'on peut tirer des plantes sont illimités, et nous ne faisons que commencer à exploiter les bienfaits des produits contenus dans les plantes sauvages. À cette étape prématurée, nous ne pouvons nous permettre de laisser disparaître une plante car, une fois disparue, une espèce ne pourra jamais être recréée. Les plantes font partie de notre patrimoine naturel, un héritage que nous avons le devoir de protéger au profit des générations futures.

Auteur JOHN MORTON


Bibliographie
G. Argus et K. Pryor, Rare Vascular Plants of Canada (1990) et J.A. Burnett, On the Brink: Endangered Species in Canada (1989).


Liens supplémentaires
Registre public des espèces en péril
Une excellente source d'information sur les plantes et animaux du Canada, faisant partie des espèces à risque. Ce site d'environnement Canada offre aussi des informations sur différents programmes de protection, un index et plus encore.

Ontario : Espèces en péril
Une liste comporte les désignations officielles de statuts que le ministère des Richesses naturelles de l’Ontario a assignées à espèces indigènes de l’Ontario. Les désignations de statuts de l’Ontario: Disparue, Disparue de l'Ontario, En voie de disparition - réglementé, En voie de disparition – non réglementé, Menacée, Préoccupante, Non en péril, et Données insuffisantes.

Société de protection des plantes du Québec
Elle regroupe des chercheurs universitaires et gouvernementaux, des agronomes, des biologistes, des ingénieurs forestiers, des technologistes, des étudiants, ainsi que toute personne intéressée à la protection des plantes.

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