Pierre Elliott Trudeau, homme politique, écrivain, avocat de droit constitutionnel, premier ministre du Canada de 1968 à 1979 et de 1980 à 1984 (Montréal, 18 oct. 1919  - Montréal, 28 sept. 2000). Issu d'une famille aisée, il est le fils d'un riche homme d'affaires canadien-français et d'une mère de descendance écossaise. Il fait ses études chez les jésuites au Collège Jean-de-Brébeuf, puis à l'Université de Montréal, à Harvard et à la London School of Economics. Il voyage beaucoup pendant sa jeunesse.


Les débuts de la carrière de Pierre Trudeau
De retour au Québec en 1949 après une année de voyages à l'étranger, il appuie les syndicats pendant la terrible GRÈVE DE L'AMIANTE, un événement marquant dans la formation de la société québécoise de l'après-guerre. En 1956, il dirige la publication d'un livre portant sur cette grève, dont il rédige l'introduction et la conclusion, dans lesquelles il critique les valeurs dominantes dans la province sur les plans social, économique et politique.

P.E. Trudeau travaille quelque temps à Ottawa à titre de conseiller auprès du Bureau du Conseil privé en 1950-1951. Il retourne ensuite à Montréal et applique toute son énergie à lutter contre le gouvernement de l'Union nationale dirigé par Maurice DUPLESSIS et à mener une campagne en faveur de changements politiques et sociaux. De concert avec d'autres jeunes intellectuels, il fonde la revue CITÉ LIBRE. Dans ses pages et dans d'autres forums, il cherche à soulever l'opposition contre ceux en qui il voit des élites réactionnaires et nombrilistes. Par le fait même, il est vite perçu comme un radical et un socialiste, bien que les valeurs qu'il défend se rapprochent plutôt du libéralisme et de la démocratie.


premiers ministres du canada
Trudeau, Pierre
Trudeau, Pierre
Trudeau, vainqueur de l’élection de 1980, est déterminé à rapatrier la Constitution au Canada (avec la permission de Canapress).


Les convictions fédéralistes de Pierre Trudeau
Après la victoire des libéraux aux élections provinciales de 1960, la RÉVOLUTION TRANQUILLE vient combler certains des espoirs de changements qu'entretenait Trudeau. En même temps, elle révèle un grand fossé entre lui et plusieurs de ses anciens collègues, qui se tournent vers l'idée d'un Québec souverain. Professeur de droit à l'Université de Montréal dans les années 60, il critique avec véhémence le nationalisme québécois contemporain et plaide pour un FÉDÉRALISME canadien dans lequel le Canada anglais et le Canada français obtiendraient une nouvelle égalité.


Pierre Trudeau
(avec la permission de la Société Radio-Canada)
En 1965, P.E.Trudeau, le dirigeant syndical Jean MARCHAND et le journaliste Gérard PELLETIER deviennent membres du PARTI LIBÉRAL fédéral, et Trudeau est élu au Parlement. Il est ensuite nommé secrétaire parlementaire du premier ministre Lester PEARSON, puis ministre de la Justice en 1967. Dans le cadre de cette dernière fonction, il retient l'attention sur la scène nationale lorsqu'il introduit une réforme de la loi sur le divorce et des modifications du Code criminel qui libéralisent les lois concernant l'avortement, l'homosexualité et les loteries. Il se taille aussi une réputation de défenseur d'un gouvernement fédéral fort devant les revendications nationalistes du Québec.


La trudeaumanie
En 1968, on le persuade de briguer la direction du Parti libéral, et il est élu au quatrième tour du scrutin. Le 20 avril 1968, il est assermenté premier ministre, le 15e dans l'histoire du Canada. Aux élections générales suivantes, où souffle un vent de « trudeaumanie », son gouvernement remporte une majorité, et Trudeau commence à diriger la destinée du pays pour plus longtemps que tout autre premier ministre canadien, mis à part Mackenzie KING et sir John A. MACDONALD.


Pierre Trudeau et la crise d'octobre
L'événement le plus marquant lors de son premier mandat est sans aucun doute la CRISE D'OCTOBRE 1970, déclenchée par l'enlèvement du diplomate britannique James Cross et du ministre du Cabinet québécois Pierre LAPORTE par des terroristes du FRONT DE LIBÉRATION DU QUÉBEC (FLQ). En riposte, Trudeau applique la LOI DES MESURES DE GUERRE, qui confère au gouvernement fédéral des pouvoirs extraordinaires en matière d'arrestations, de détentions et de censure. Peu après, Pierre Laporte est assassiné par ses ravisseurs. Aujourd'hui encore, le bien-fondé de ces mesures d'urgence et leurs effets sur la démocratie libérale canadienne et québécoise continuent de susciter la controverse.

Un autre événement important, moins fracassant mais de portée durable, est l'adoption en 1969 de la LOI SUR LES LANGUES OFFICIELLES, élément fondamental du nouveau fédéralisme que préconise Trudeau. Au même moment, il commence à améliorer la situation des francophones à Ottawa. Ces politiques ont toutefois pour effet de provoquer une levée de boucliers antibilinguiste au Canada anglais. Dès son premier mandat, Trudeau doit aussi faire face au sentiment croissant d'aliénation qu'éprouve l'Ouest canadien devant son apparent manque d'intérêt envers les problèmes économiques de cette région et les points de vue régionaux sur les questions d'ordre national.

Une initiative importante amorcée par le gouvernement Trudeau est la tentative de centraliser et de nationaliser la prise de décisions sous le contrôle indirect du CABINET DU PREMIER MINISTRE et d'ORGANISMES CENTRAUX tels que le BUREAU DU CONSEIL PRIVÉ et le CONSEIL DU TRÉSOR.

Bien que ces changements suivent dans une très large mesure les voies qu'emprunte la réorganisation administrative à Washington et dans d'autres capitales de l'Ouest, ils soulèvent la polémique, les critiques dénonçant leur inefficacité et l'affaiblissement du rôle du Parlement et du Cabinet. Aux élections de 1972, Trudeau vient près de perdre le pouvoir et doit former un GOUVERNEMENT MINORITAIRE avec l'appui du NPD.

En 1971, Trudeau, un célibataire endurci, épouse Margaret Sinclair, fille d'un ancien ministre libéral. Leur mariage orageux, troublé par plusieurs différends qui défraient les manchettes, se solde finalement par une séparation en 1977 et un divorce en 1984, au terme duquel Trudeau conserve la garde de leurs trois fils, Justin, Sasha et Michel.


Défaite et réélection de Pierre Trudeau
Après avoir reconquis la majorité en 1974, Trudeau est aux prises avec les effets de l'inflation. Dans un climat de crise économique, il recourt à divers expédients, y compris le CONTRÔLE DES SALAIRES ET DES PRIX en 1975. Cette crise est aggravée, en 1976, par l'élection du PARTI QUÉBÉCOIS de René LÉVESQUE, tous deux voués à l'indépendance du Québec.

Trudeau, Pierre
Trudeau, Pierre
L’année 1980 marque un point tournant dans le fédéralisme canadien, car Trudeau revient au pouvoir avec une mission unique (Duncan Cameron / Bibliothèque et Archives Canada / C-025002).
En 1979, Trudeau et les libéraux perdent par une faible marge lors du scrutin. Quelques mois plus tard, il annonce son intention de démissionner en tant que chef du Parti libéral et de quitter la vie publique. Trois semaines après cette déclaration, le Parti progressiste-conservateur de Joe CLARK est renversé aux Communes, ce qui force la tenue de nouvelles élections générales. Le caucus libéral convainc Trudeau de rester à la tête du Parti. Le 8 février 1980, moins de trois mois après s'être retiré, il devient à nouveau premier ministre avec une majorité parlementaire, réalisant ainsi un retour remarquable.

La dernière période de Trudeau au poste de premier ministre est fertile en événements. Son intervention personnelle produit un impact significatif dans la campagne du RÉFÉRENDUM DU QUÉBEC de 1980 sur la SOUVERAINETÉ-ASSOCIATION. La défaite de la proposition du Parti québécois marque une étape cruciale de sa croisade contre le séparatisme québécois. Dans le sillage de cette victoire, Trudeau s'emploie avec ardeur à promouvoir un accord sur le renouvellement de la Constitution canadienne.


Les luttes constitutionnelles de Pierre Trudeau
Incapable d'obtenir l'assentiment des provinces, il introduit au Parlement une mesure visant à « rapatrier » unilatéralement l'AANB au Canada et à y enchâsser une formule de modification et la CHARTE CANADIENNE DES DROITS ET LIBERTÉS. Il en résulte l'une des batailles les plus mouvementées de toute l'histoire canadienne entre le fédéral et les provinces, qui mène à un compromis final et à la proclamation de la LOI CONSTITUTIONNELLE DE 1982, le 17 avril 1982.

Avec l'enchâssement de droits pour les minorités officielles en matière de langue et d'éducation, ainsi que d'une charte des droits individuels, Trudeau atteint un but qu'il s'était fixé dès son entrée sur la scène politique (voir CONSTITUTION, RAPATRIEMENT DE LA).

Toutefois, dans d'autres domaines, son gouvernement de 1980 à 1984 n'a pas autant de succès. L'inflation constante et les taux de chômage élevés, sans compter les énormes déficits du fédéral, lui font perdre une bonne part de son appui populaire. Son Programme énergétique national, l'une des plus importantes interventions gouvernementales dans l'économie depuis la Deuxième Guerre mondiale, lui aliène davantage les régions productrices d'énergie de l'Ouest canadien.

Un problème persistant qui le poursuit durant tout son mandat est celui des RELATIONS CANADO-AMÉRICAINES. Trudeau adopte souvent une position ambiguë à l'égard des États-Unis, mais pendant sa dernière période en fonction, il affiche une attitude plus nationaliste dans les relations économiques avec les États-Unis et commence à critiquer plus ouvertement leur politique étrangère et leur politique de défense. Au même moment, les politiques de l'administration américaine sous le gouvernement Reagan deviennent de plus en plus lourdes de conséquences pour de nombreux intérêts économiques du Canada.

Pendant ces années, Trudeau consacre de plus en plus de temps à la scène internationale, d'abord en encourageant le dialogue « Nord-Sud » entre les riches nations industrielles et les pays en développement. Puis, en 1983-1984, il mène une initiative de paix auprès des dirigeants de plusieurs pays de l'Est et de l'Ouest pour les persuader de négocier la réduction des armes nucléaires et pour diminuer les tensions causées par la guerre froide. Cette initiative lui mérite le prix de la paix Albert-Einstein.

Par contre, au même moment, son gouvernement décide de permettre aux États-Unis de procéder à des essais de leur missile de croisière en territoire canadien, rencontrant une vive opposition de la part des Canadiens, préoccupés par l'intensification de la course aux armements nucléaires.


Départ de la scène politique
L'opinion publique au Canada demeure hostile à Trudeau et aux libéraux à compter de 1981. Sa personnalité, parfois charismatique, parfois méprisante envers l'Opposition, souvent d'humeur changeante et imprévisible, ne semble plus constituer un atout électoral en temps de crise économique. Le 29 février 1984, Trudeau annonce son intention de se retirer. Il quitte son poste le 30 juin, et son successeur, John TURNER, est assermenté. En 1985, il est fait compagnon de l'Ordre du Canada.

Il adopte une attitude discrète pendant sa retraite, sauf à deux occasions où il intervient dans les affaires publiques de façon fracassante. On considère que son opposition virulente à l'ACCORD DU LAC MEECH (voir ACCORD DU LAC MEECH : DOCUMENT) a été déterminante. De même, on estime que son discours contre l'ACCORD DE CHARLOTTETOWN (voir ACCORD DE CHARLOTTETOWN : DOCUMENT) à la Maison du Egg Roll, à Montréal, le 1er octobre 1992, a incité l'opinion publique au Canada anglais à retirer son appui à l'Accord au référendum de 1992. Toutefois, Trudeau n'intervient pas dans le RÉFÉRENDUM DU QUÉBEC de 1995 sur la souveraineté. En 1993, Trudeau publie Mémoires politiques, tirés d'une minisérie en cinq épisodes diffusée au réseau anglais de la Société Radio-Canada. En 1996, il publie un recueil de ses oeuvres parues entre 1939 et 1996, À contre-courant.

La carrière de Trudeau en tant que premier ministre en est une de succès électoral et n'a d'égale que celle de Mackenzie King. En outre, il est demeuré au pouvoir plus longtemps que tout autre chef d'État occidental de son époque, ce qui faisait de lui le vétéran de la politique en Occident. Parmi ses réalisations, on compte la défaite du référendum de 1980 au Québec, le bilinguisme officiel, le rapatriement de la Constitution et la Charte des droits.

Trudeau s'est cependant révélé impuissant à atténuer le sentiment d'aliénation régionale et à résoudre le conflit entre le fédéral et les provinces. À la fin des années 90, son plus grand legs, le maintien du Québec à l'intérieur de la Confédération, était beaucoup moins certain qu'au moment de sa démission. Il a quitté la vie politique de la même façon qu'il y était entré, comme un personnage controversé, encensé par ses partisans et décrié par les critiques. Quoi qu'il en soit, il ne fait aucun doute qu'il figure parmi les plus grands hommes politiques canadiens du XXe siècle. Peu avant son quatre-vingt-unième anniversaire, Pierre Elliott Trudeau s'éteint le 28 septembre 2000.

Voir aussi PREMIER MINISTRE FÉDÉRAL.

Auteur REG WHITAKER


Bibliographie
I. Head and P.E. Trudeau, The Canadian Way: Shaping Canada's Foreign Policy, 1968-1986 (1995); C. McCall et S. Clarkson, Trudeau And Our Times (vol. 1, 1990; vol. 2, 1994); P.E. Trudeau, Mémoires politiques (1993); R. Gwyn, The Northern Magus (1980); G. Radwanski, Trudeau (1978). Les oeuvres de Trudeau sont rassemblées dans Le fédéralisme et la société canadienne-française (1967), Les cheminements de la politique (1970), La grève de l'amiante (1970) et Pierre Elliot Trudeau: Lifting the Shadow of War (1987).


Liens supplémentaires
L'Institut Historica-Dominion
Le site Web de l'Institut Historica-Dominion, organisme de tutelle de l'Encyclopédie canadienne et l'Encyclopédie de la musique au Canada. Consultez leur guerre multimédia de 1812 option et beaucoup d'autres ressources interactives concernant l'histoire et la culture canadiennes.

Premier parmi ses pairs
Un site impressionnant d'information produit par Bibliothèque et Archives Canada sur la vie et la carrière politique des premiers ministres du Canada. Inclus des biographies, discours et autres documents historiques.

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Archives de Radio-Canada
Ce site web tiré des Archives de Radio-Canada nous offre des vidéo clips de la télévision et des entrevues radiophoniques sur des événements historiques et personnages d'importance du Québec et du Canada.

Pierre Elliott Trudeau, libre et provocateur
Un site Web dédié à l'ancien premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau. Par la Société Radio-Canada.

Un dernier dîner avec Trudeau
Une article de Pierre Elliott Trudeau par professeur William Tetley, Faculté de droit, Université McGill.

Le très honorable Pierre Elliott Trudeau
Une peinture de Le très honorable Pierre Elliott Trudeau par l’artiste Myfanwy Spencer Pavelic. Le site Web de la Chambre des communes - Collection patrimoniale.

Tête-à-tête – La salle des personnalités canadiennes
Tête-à-tête présente de Canadiens exceptionnels – des homes et des femmes don’t les idées et les contributions ont transformé le pays. Par le site web du Musée canadien des civilizations.

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