Oscar Emmanuel Peterson

TABLE DES MATIÉRES:  |  Bibliographie  |  Liens supplémentaires

Peterson, Oscar Emmanuel
Oscar Emmanuel Peterson, pianiste de jazz et compositeur (Montréal, Qc, 15 août 1925 - Mississauga, Ont, 23 déc 2007). Avant-dernier d'une famille de cinq enfants, il est élevé dans le quartier pauvre de Saint-Henri à Montréal. Son père, Daniel, porteur pour le Canadien Pacifique et organiste amateur, insiste pour que tous les enfants Peterson apprennent la musique, chacun d'eux enseignant à son tour au plus jeune. Le premier instructeur de Peterson est donc sa soeur Daisy, qui va en fait devenir un professeur de piano respecté dans la collectivité noire de Montréal. Parmi ses élèves, on trouvera les musiciens de jazz Oliver JONES, Joe Sealy et Reg Wilson.

Par la suite, pendant sa jeunesse et son adolescence, Peterson étudie avec deux professeurs dont les formations sont radicalement différentes : Louis Hooper, un Canadien de formation classique qui a appartenu au monde du jazz de Harlem pendant les années 1920, et Paul de Marky, un pianiste de concert hongrois dans la tradition du XIXe siècle de Franz Liszt. La maîtrise grandissante du clavier dont fait preuve Peterson témoigne de sa formation classique; cependant, son avenir se trouve dans le JAZZ avec lequel, sous l'influence des pianistes populaires américains Nat King Cole, Art Tatum et Teddy Wilson, il devient une célébrité à Montréal au début des années 1940, alors qu'il joue à la radio locale et qu'il est en vedette comme soliste avec le Johnny Holmes Orchestra, un orchestre de danse populaire - et par ailleurs blanc - de 1943 à 1947.

Peterson fait ses premiers enregistrements pour RCA Victor en mars 1945. Bien que ces productions des débuts, notamment I Got Rythm, misent sur ses aptitudes pour le style boogie-woogie, qui est populaire à l'époque, elles révèlent aussi, sous une forme naissante, l'extraordinaire technique pianistique qui va caractériser son jeu pendant toute sa carrière. Leur popularité, ajoutée à l'intérêt créé par ses prestations lors de ses spectacles de variété pour la radio de la SRC, comme « Light Up and Listen » et « The Happy Gang », de même que deux tournées dans l'ouest en 1946, font de Peterson la première vedette de jazz que le Canada peut véritablement considérer comme sienne.

Après avoir quitté le Johnny Holmes Orchestra, Peterson forme son propre trio et s'installe à demeure à l'Alberta Lounge, à Montréal, de 1947 à 1949. Il continue à se produire à la radio et à enregistrer. Les 32 morceaux qu'il enregistre à Montréal pour RCA Victor sont rassemblés sur un CD produit par BMG France en 1994, et présentés à nouveau par BMG Canada en 1996 sous le titre Beginnings, 1945-1949.

À la fin des années 1940, cependant, Peterson a pratiquement épuisé les possibilités du marché limité du jazz au Canada. En septembre 1949, sur la suggestion de l'imprésario américain Norman Granz, il fait ses débuts aux États-Unis en tant qu'invité « surprise » lors d'un concert du Jazz at the Philharmonic au Carnegie Hall, à New York. La brève prestation de Peterson fait sensation, lançant le pianiste, qui est alors âgé de 24 ans, dans une carrière internationale remarquablement productive et d'une grande qualité. Il va cependant conserver son domicile au Canada, déménageant de Montréal à Toronto en 1958, et plus tard aux environs de Mississauga.

Avec Grantz pour gérant, Peterson entreprend en 1950 des tournées avec le Jazz at the Philharmonic, une troupe de musiciens américains réunissant des célébrités. Ses prestations marquées par la bravoure, à la fois en concert et sur disque, fascinent immédiatement le public américain, comme en témoigne sa première place dans les sondages d'opinion des lecteurs effectués par le magazine de jazz de Chicago Down Beat, au début des années 1950. Il fait son premier enregistrement américain pour l'étiquette de Granz, Verve, en 1950, avec Ray Brown à la contrebasse, qui sera un pilier du trio du pianiste pendant les quinze années suivantes. Un guitariste - Barney Kessel ou Herb Ellis -complétera le trio jusqu'en 1958, et un batteur, Ed Thigpen, s'ajoutera par la suite.

Le trio Peterson de cette période est acclamé pour son sens apparemment télépathique du jeu interactif et pour sa virtuosité d'ensemble, comme en font foi les nombreux enregistrements pour Verve, en concert et dans les clubs, et peut-être surtout Night Train (1962). Peterson travaille par la suite avec divers contrebassistes, guitaristes et batteurs. Dans les années 1970, il joue presque exclusivement en tant que pianiste soliste avant de retourner à la formule du petit ensemble. Il conserve un rigoureux échéancier de tournées internationales pendant une bonne partie des années 1980, mais réduit son itinéraire de façon spectaculaire après qu'une attaque a affecté l'usage de sa main gauche en 1993.

Peterson continue à enregistrer, cependant, et, en 2001, on dénombre plus de 130 albums enregistrés sous son nom propre, surtout pour Verve (1950-1964), MPS (1967-1971), Pablo (1972-1986) et Telarc (à partir de 1990). Dans les années 1950 et 1960, il enregistre aussi pour Verve en tant qu'accompagnateur de Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Lester Young et d'autres. Beaucoup de ses propres enregistrements des années 1970 pour Pablo témoignent de sa collaboration avec Fitzgerald, et avec d'autres grands noms comme Count Basie, Roy Eldridge, Dizzy Gillespie et Stéphane Grapelli. Inévitablement, sa sensibilité dans ces rôles de soutien a été éclipsée par sa virtuosité comme soliste.

Les autres activités musicales de Peterson ont également été sous-évaluées en raison de sa prééminence comme pianiste. On sait, par exemple, qu'il chante dans un style doux et décontracté comparable à celui de Nat King Cole. En tant que compositeur, il a écrit et enregistré divers thèmes de jazz qui lui sont propres, dont le populaire Hymn to Freedom, qui célèbre le mouvement américain pour les droits civils des années 1960. Son oeuvre la plus importante est The Canadiana Suite (1963), un tour d'horizon programmatique en huit parties des traits distinctifs du pays, avec par exemple Wheatland (les prairies) et Land of the Misty Giants (les montagnes Rocheuses). En plus de l'enregistrement du trio de Peterson pour Limelight, en 1964, des arrangements de la suite ont été faits pour grand orchestre, à la fois par Phil NIMMONS et par Ron COLLIER, et pour orchestre par Rick Wilkins. Peterson a aussi composé The African Suite (1979), A Royal Wedding Suite (1981), Trail of Dreams: A Canadian Suite (2000) et la bande originale du long métrage canadien The Silent Partner (1977).

Dans le domaine de l'éducation, Peterson dirige l'Advanced School of Contemporary Music à Toronto, de 1960 à 1962, avec Nimmons, Ray Brown et Ed Thigpen. Plusieurs pianistes canadiens étudient avec lui à cette époque, y compris Brian Browne, Wray Downes et Bill King. Il est aussi présent au lancement du Banff Jazz Workshop (au Centre for the Arts) en 1974 et il enseigne à l'occasion en tant que professeur adjoint de musique à l'U. York à la fin des années 1980.

Il est difficile d'évaluer l'influence de Peterson sur ses confrères musiciens de façon plus générale. Tout en étant une première source d'inspiration pour beaucoup de pianistes, son niveau technique extraordinaire rend son jeu trop difficile pour qu'il puisse constituer directement un modèle. De plus, son approche du piano jazz a été formée par une période de transition dans l'histoire de la musique, les années 1940, plutôt que par un style en particulier. De façon paradoxale, sa plus grande force, sa technique, lui a valu les plus grandes critiques, on reproche à ses prestations - malgré toute leur facilité - de manquer d'une certaine chaleur émotionnelle.

Peterson est néanmoins l'un des musiciens canadiens les plus honorés. Il a été nommé Officier de l'ORDRE DU CANADA en 1972 (élevé au rang de Compagnon en 1984) et fait Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres en France en 1989. Il a aussi reçu des doctorats honorifiques de plusieurs universités canadiennes et américaines et a été chancelier de l'U. York de 1991 à 1994. Le FESTIVAL INTERNATIONAL DE JAZZ DE MONTRÉAL a fondé en 1990 un Prix Oscar-Peterson qui est décerné annuellement aux musiciens canadiens remarquables, et l'U. Concordia a nommé une salle de concert en son honneur en 1998.

Peterson est accueilli au Hall d'honneur canadien en 1978 et, en 1997, il reçoit le prix de « l'oeuvre de toute une vie » qui lui est décerné par la National Academy of Recording Arts and Sciences, un prix apparenté aux Grammy Awards (É.-U.). Plusieurs de ses enregistrements ont remporté des prix Grammy à titre individuel pour des prestations solistes ou des prestations de groupe. The Trio, en 1975, The Giants, en 1978, Oscar Peterson Jam at Montreux 77 en 1979, Jousts en 1980 et Live at the Blue Note en 1991. Il a aussi reçu un prix Juno en 1987 pour l'album If You Could See Me Now. En 1993, Peterson se voit décerner le prix Glenn GOULD, dont le nom pourrait être considéré comme son seul rival parmi les pianistes canadiens de renommée internationale.


Peterson, Oscar (extrait vidéo)
Le grand musicien de jazz, Oscar Peterson, interprète « Back Home Again in Indiana » au cours de l'émission spéciale « Oscar Peterson : Very Special », télédiffusée au réseau anglais de Radio-Canada, le 14 novembre 1976 (avec la permission du réseau de télévision de la Société Radio-Canada).
Oscar Peterson
Oscar Peterson
Peterson a une approche du jazz joyeuse et très légère (avec la permission de Regal Recording Ltd).

Auteur MARK MILLER


Bibliographie
G. Lees, Oscar Peterson: The Will to Swing (2000).


Liens supplémentaires
La dernière note
Une article de Oscar Peterson, mort chez lui à l'âge de 82 ans. Par Radio-Canada.

Oscar Peterson - Une sensation jazz
Site multimédia interactif sur Oscar Peterson, présentant des notes biographiques, des articles, des photos et des pièces musicales.

Fonds Oscar-Peterson
Site Web du fonds Oscar-Peterson. Par Bibliothèque et Archives Canada.

Oscar Peterson, le roi du jazz
Oscar Peterson, le roi du jazz, dans les archives de Radio-Canada.

Panthéon des Auteurs et Compositeurs Canadiens
Le mandat du Panthéon est d'honorer et de célébrer les réalisations exceptionnelles des auteurs-compositeurs de la scène musicale populaire canadienne. Ce site présente des profils des lauréats du Panthéon des Auteurs et Compositeurs Canadiens.

Oliver Jones et Oscar Peterson
Visionnez un extrait vidéo mettant en vedette Oscar Peterson et Oliver Jones performant "Hymn to Freedom." From YouTube.

0
0
Avec plus de 40 000 articles en français et en anglais, l'Encyclopédie canadienne est l'ultime ressource en ligne, entièrement gratuite. Vous y retrouverez tous les thèmes couvrant l'histoire du Canada, sports, arts, sciences, technologie et plus encore. Venez nous découvrir à: www.TheCanadianEncyclopedia.com
Articles de fond
Maisonneuve et la fondation de Montréal

Le récit de la fondation de Montréal est peut-être unique dans l'histoire....

Contenu de LEC

Galeries
Consultez les innombrables ressources visuelles de L'Encyclopédie canadienne en vous promenant dans les galeries thématiques : peinture, histoire, nature, population, sciences et techniques du Canada.
Ressources interactives
Des illustrations, des textes motivants, des animations, des extraits sonores et des jeux permettent au lecteur d'approfondir ses connaissances de l'histoire, de la peinture, de la géographie, de l'architecture du Canada, et d'une foule d'autres sujets tous aussi amusants qu'instructifs.
Jeu de canecdotes
Le jeu idéal pour vérifier vos connaissances anecdotiques ou non du Canada. Vous pouvez choisir un des 60 questionnaires rangés par niveau de difficulté. Votre résultat dépendra de la vitesse à laquelle vous répondez et du nombre d'indices demandés. Vous recevrez vos résultats par courriel et les meilleurs seront affichés sur le site.
Chronologie de l'histoire canadienne
Cette ressource exceptionnelle couvre plus de 6000 faits et événements qui ont marqué l'histoire du Canada et du monde. La recherche peut s'effectuer selon l'époque, le sujet, un mot clé ou une date. Voulez-vous savoir ce qui s'est passé le jour de votre anniversaire? Entrez l'année, le mois et le jour de votre naissance.
Cent événements marquants
James H. Marsh, rédacteur en chef, a choisi les cent événements les plus marquants de l'histoire du Canada parmi ceux qui ont eu des répercussions importantes sur les générations qui les ont suivis.