Campagne pour la reconnaissance des droits
Durant les années 1890, les Nishgas de la Colombie-Britannique commencent à faire campagne pour que le gouvernement reconnaisse leurs droits ancestraux sur les terres. En 1906, le chef de la bande de Capilano se rend en Angleterre pour présenter au roi Édouard VII une pétition sur les REVENDICATIONS TERRITORIALES. Une nouvelle organisation, les Allied Tribes of British Columbia, est fondée en 1915 avec l'intention, qui se révèle vaine, de contraindre le Conseil privé britannique à rendre un arrêt sur leurs revendications territoriales. Le gouvernement ayant rejeté ces revendications en 1927, l'organisation est dissoute et remplacée en 1931 par la Native Brotherhood of British Columbia, issue des activités ouvrières des autochtones employés dans l'industrie côtière.
Organisation politique des autochtones
Les premières tentatives visant à créer une organisation politique nationale des autochtones commencent en Ontario et au Québec durant la Première Guerre mondiale, au moment où le Conseil des tribus, qui siège aux États-Unis, entreprend une vigoureuse mais brève campagne pour étendre ses ramifications au Canada. En 1919, la League of Indians of Canada est fondée en Ontario par un ancien combattant de retour au pays, F.O. Loft, qui est membre de la réserve des Six-Nations et milite en faveur du règlement d'un ensemble de griefs communs à tous les autochtones du Canada : la perte des territoires des réserves et la non-reconnaissance des droits fonciers des autochtones; les restrictions imposées aux droits de chasse et de piégeage des autochtones; les politiques en matière d'enseignement et les pratiques administratives visant à éliminer les langues et coutumes autochtones; et les mauvaises conditions économiques et l'état de santé médiocre qui règnent dans les réserves.
Les efforts consentis par Loft au début des années 20 pour amener les autochtones de l'Ouest à se joindre à la ligue se révèlent étonnamment efficaces, malgré l'opposition des fonctionnaires du ministère des Affaires indiennes qui tentent, entre autres mesures, de dépouiller Loft de son statut d'INDIEN. Étant donné qu'il est bien difficile de réunir au sein d'une même organisation nationale indienne des bandes géographiquement éloignées et divisées sur les plans ethnique, linguistique et religieux, l'échec de la ligue est moins surprenant que ses succès initiaux.
À la fin des années 30 et pendant les années 40, l'organisation politique des autochtones progresse, surtout aux échelons régional et provincial, grâce à la fondation, par exemple, de l'Indian Association of Alberta et de la Saskatchewan Indian Association, en 1944. En 1945, Andrew PAULL, dirigeant indien de la Colombie-Britannique, crée la North American Indian Brotherhood dans l'espoir lui aussi de mettre sur pied une organisation nationale des autochtones du Canada, mais cette tentative échoue, en partie parce qu'on la soupçonne de vouloir représenter avant tout des autochtones catholiques.
L'inquiétude du public
L'inquiétude du public devant l'anomalie que constitue le statut social, juridique et économique des autochtones entraîne, entre 1946 et 1948 et entre 1959 et 1961, la tenue de deux enquêtes parlementaires spéciales sur l'administration des Affaires indiennes. Ces deux enquêtes débouchent sur la fondation d'un certain nombre d'associations qui tentent de se faire entendre au nom de groupes autochtones régionaux et provinciaux. En Saskatchewan, par exemple, on voit fusionner pendant les années 40 et 50 plusieurs petites associations, notamment la Protective Association for Indians and their Treaties, la Saskatchewan Indian Association, l'Union of Saskatchewan Indians et la Queen Victoria Treaty Protective Association. Cette fusion entraîne la formation de la Federation of Saskatchewan Indians qui devient plus tard la Federation of Saskatchewan Indian Nations et qui, depuis la fin des années 50, est le principal porte-parole des autochtones de cette province.
Attribution du droit de vote
Avec l'attribution du droit de vote aux élections fédérales aux autochtones en 1960 et celle du droit de vote aux élections provinciales aux autochtones de l'Alberta (1965) et du Québec (1969), on voit disparaître une distinction politique importante entre les autochtones et les autres Canadiens. Néanmoins, de nombreux autochtones hésitent alors et encore maintenant à exercer leur droit de vote, en partie par crainte de compromettre leur statut juridique et constitutionnel particulier. Depuis 1962, le nombre d'électeurs autochtones qui vont voter aux élections fédérales ne cesse de diminuer. Dès 1979, leur taux de participation aux élections fédérales est plus de deux fois moindre que celui des non-autochtones. Le taux de participation aux élections de bande demeure toutefois élevé, ce qui témoigne du peu de confiance que les autochtones accordent aux rouages et aux mécanismes politiques normaux des ordres fédéral et provincial pour défendre leurs intérêts.
Au-delà de l'ordre provincial, la Fraternité des Indiens du Canada (qui devient l'ASSEMBLÉE DES PREMIÈRES NATIONS, représentant 90 p. 100 de tous les chefs du Canada en 1980) et le CONSEIL NATIONAL DES AUTOCHTONES DU CANADA (représentant les Métis et les Indiens non inscrits) essaient de faire modifier les politiques gouvernementales, notamment en matière de DROITS ANCESTRAUX, de développement économique et d'éducation (voir AUTOCHTONES, PROGRAMMES GOUVERNEMENTAUX CONCERNANT LES). Entre 1978 et 1982, des organisations d'Indiens, de Métis et d'Indiens non inscrits, de même que l'INUIT TAPIRISAT DU CANADA, interviennent dans les discussions sur le rapatriement de la Constitution du Canada pour s'assurer que leurs droits ancestraux sont reconnus dans la constitution. Depuis les années 70, les dirigeants autochtones sont également devenus des acteurs de premier plan au sein des organisations internationales de minorités autochtones, telles que la Conférence circumpolaire inuite et le Conseil mondial des peuples indigènes, fondé lors d'une conférence tenue à Alberni, en Colombie-Britannique, en 1975, et dont le secrétariat international, d'abord situé à Lethbridge, en Alberta, est déplacé à Ottawa en 1984.
Groupes d'intérêts particuliers
En plus du rôle joué par les autochtones dans les organismes provinciaux, nationaux et internationaux qui les représentent, il faut souligner l'existence, courte parfois, d'un certain nombre d'autres groupes d'intérêts particuliers : 1e Canadian Indian Youth Council (années 60), le Saskatchewan Native Youth Movement (années 70), la Calgary Urban Indian Treaty Alliance (début des années 70), la Canadian Native Communications Society (années 60 et 70), Indian Rights for Indian Women (années 70), l'Association nationale des femmes autochtones du Canada (années 70). La National Alliance for Red Power (années 60, début des années 70) et l'American Indian Movement (années 70), organisations qui préconisent des programmes d'action plus radicaux que ceux des organisations provinciales et territoriales officiellement reconnues, reçoivent aussi un appui limité des peuples autochtones du Canada.
L'activisme politique dont font preuve les autochtones du Canada depuis la Deuxième Guerre mondiale leur a permis de participer, à divers niveaux, aux prises de décisions politiques et de modifier sensiblement certains aspects de leur situation. Par exemple, Elijah Harper, député provincial ojibwé du Manitoba, joue un rôle de premier plan en empêchant l'adoption de l'accord (constitutionnel) du lac Meech en 1990. Toutefois, si l'on trouve des autochtones parmi les députés fédéraux et provinciaux ou au sein des conseils territoriaux, l'activisme autochtone se manifeste surtout en dehors de la politique électorale. Depuis 1969, bien des efforts sont consentis afin de créer des voies de communication et des mécanismes de négociation propres à faciliter les discussions entre les autochtones et les gouvernements. Les dirigeants des organisations autochtones découvrent également plusieurs tactiques politiques efficaces, dont l'utilisation des médias de masse, pour faire part de leurs préoccupations à un public non autochtone éventuellement solidaire de leurs revendications, au Canada et dans le reste du monde, et susceptible d'exercer certaines pressions sur les dirigeants politiques canadiens.
Protestation symbolique
Si les dirigeants autochtones s'abstiennent généralement de faire des menaces de violence, ils sont toutefois devenus experts dans l'organisation de protestations symboliques. Un exemple est l'organisation de l'« Express constitutionnel », à bord duquel les autochtones sont venus en très grand nombre à Ottawa pendant les négociations sur la Constitution pour faire valoir personnellement leur opposition à la position du gouvernement. Mais même si les organisations politiques autochtones acquièrent une certaine importance dans le public et parviennent à forcer le gouvernement à modifier ses politiques dans plusieurs secteurs, leur dépendance financière à l'égard de ce dernier a pour effet indirect de limiter leur autonomie politique. De plus, les dirigeants et les organisations des premières nations se font voler la vedette plusieurs fois par des affrontements armés provoquées par des groupes autochtones militants. Des affrontements de ce genre opposent ces groupes et la police ou les forces armées pendant de longues périodes à Oka, au Québec, en 1990, et à Gustafsen Lake, en Colombie-Britannique, en 1995. En dépit de ces manifestations de militantisme, il n'en reste pas moins que la situation politique des peuples autochtones se caractérise par une autonomie limitée depuis plus de 100 ans.
Au cours des prochaines années, les organisations politiques autochtones devront relever des défis aussi bien internes qu'externes. Les autochtones ne représentent qu'une faible proportion de la population totale du Canada. L'influence politique que leurs dirigeants exercent depuis les trois dernières décennies afin de persuader les gouvernements d'améliorer le traitement qui leur est accordé est en grande partie fonction du niveau général d'abondance et de tolérance de la société canadienne. On ignore encore quel traitement les gouvernements vont réserver aux autochtones. Toute aussi importante, cependant, sera la détermination avec laquelle les autochtones, au palier local, insisteront pour que leurs organisations continuent à défendre les valeurs et les objectifs politiques qui guident depuis longtemps les organisations et l'activisme politiques des autochtones au Canada.
Auteur NOEL DYCK
Bibliographie
Olive Patricia Dickason, Canada's First Nations: A History of Founding Peoples from Earliest Times (1992); Noel Dyck, What is the Indian 'Problem': Tutelage and Resistance in Canadian Indian Administration (1990); A.L. Getty et A.S. Lussier, dir., As Long as the Sun Shines and Water Flows: A Reader in Canadian Native Studies (1983); G. Manuel et M. Posluns, The Fourth World: An Indian Reality (1974); A. Tanner, dir., The Politics of Indianness: Case Studies of Native Ethnopolitics in Canada (1983).
Liens supplémentaires
Le Concours canadien de rédaction pour Autochtones
Site Web du Concours canadien de rédaction & d’arts pour Autochtones. Par l'Institut Historica-Dominion.
Assemblée des Premières Nations
Le site Web officiel de l'Assemblée des Premières Nations.
Portail des Autochtones au Canada
Le Portail des Autochtones au Canada est votre guichet unique pour accéder à des ressources en direct ainsi qu'à des programmes et services gouvernementaux relatifs aux Premières nations, aux Métis et aux Inuits au Canada. Un site Web du Gouvernement du Canada.
Four Directions Teachings
Les aînés et les enseignants de la culture et de la tradition représentant différents peuples des Premières-Nations, soit les Pieds-Noirs, Cris, Ojibwés, Mohawks et Mi'kmaqs partagent leurs connaissances à propos de leur culture. Des graphiques virtuels donnent vie à la tradition orale. Ce site offre de plus les biographies des participants, leurs transcrits et des ressources exhaustives d'apprentissage pour les enseignants et les élèves. En anglais, avec sous-titres français.


L'annonce du gouvernement fédéral demande des volontaires « capables de lire et d'écrire en anglais ou en français », bons cavaliers et dotés de « bons antécédents »...
Contenu de LEC

