Michaëlle Jean, militante sociale, journaliste, documentariste, gouverneure générale (Port-au-Prince, Haïti, 6 septembre 1957). Jean passe son enfance dans un quartier de la classe moyenne de la capitale d'Haïti, Port-au-Prince, où son père est directeur d'école et professeur de philosophie dans un lycée protestant privé. Elle poursuit ses études à la maison parce que ses parents, Roger et Luce, ne veulent pas qu'elle fréquente l'école où elle devrait prêter serment d'allégeance au dictateur François « Papa Doc » Duvalier. En 1965, son père est arrêté et torturé. En 1967, il s'enfuit au Canada, et sa famille le rejoint l'année suivante.

La famille s'installe à THETFORD MINES, une ville minière du Québec, où Roger enseigne au collège local. Plus tard, Jean se rappelle que son père est, à ce moment-là, un « homme brisé », de plus en plus enclin à la violence. Le mariage de ses parents se désintègre, et elle déménage à Montréal avec sa mère et sa sœur. Elle y vit dans un logement situé dans le sous-sol d'un immeuble pendant que sa mère subvient à leurs besoins en travaillant d'abord dans une fabrique de vêtements, puis comme préposée aux soins de nuit dans un hôpital psychiatrique.

Jean étudie à l'UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL, où elle obtient un baccalauréat en langues et littératures hispaniques et italiennes. Elle y poursuit ses études supérieures en vue d'une maîtrise en littérature comparée, y enseigne l'italien et gagne des bourses d'études qui lui permettent de faire plusieurs voyages en Italie pour étudier dans les universités de Pérouse, de Florence et de Milan. Elle parle couramment cinq langues (le français, l'anglais, l'italien, l'espagnol et le créole haïtien). Parallèlement à ses études, elle se bat contre la violence familiale, travaille dans des refuges pour femmes victimes de violence conjugale et coordonne une étude subventionnée par le gouvernement sur les agressions sexuelles signalées par les femmes violentées par leur conjoint.

En 1986, Jean retourne en Haïti, en compagnie d'une amie, afin d'y effectuer une recherche pour un article sur les femmes de l'île. Les deux amies arrivent juste à temps pour être témoins de la destitution du dictateur Jean-Claude « Baby Doc » Duvalier, le fils du dictateur que sa famille a fui. Son travail attire l'attention d'un producteur de l'OFFICE NATIONAL DU FILM, qui l'invite à retourner en Haïti en tant que recherchiste et intervieweuse pour un film sur les élections haïtiennes de 1987, qui est diffusé à l'émission Le Point, magazine d'actualités télévisé de la SOCIÉTÉ RADIO-CANADA.

Quand, par la suite, Radio-Canada l'embauche, elle devient la première personne de race noire à travailler à un service des nouvelles de la télévision française au Canada. Elle travaille en tant que journaliste ou présentatrice pour plusieurs émissions du réseau, dont Actuel, Montréal ce soir et Virages. Vers 1995, elle passe à RDI, la chaîne d'information continue de Radio-Canada, et devient la présentatrice du Journal RDI et d'autres émissions et remporte de nombreuses récompenses au fil du temps, incluant un prix Gémeaux. En 2004, elle est suffisamment connue des Canadiens francophones pour lancer sur RDI sa propre émission d'actualités intitulée Michaëlle. Au Canada anglais, elle est bien connue des spectateurs des émissions documentaires de CBC Newsworld, The Passionate Eye et Rough Cuts, qu'elle présente depuis 1999.

Avec son conjoint, le cinéaste Jean-Daniel Lafond, Jean réalise plusieurs documentaires durant les années 1990, dont Tropique Nord (Tropic North), qui traite de l'expérience d'être un Noir vivant au Québec, Haïti dans tous nos rêves (Haïti in All Our Dreams), qui est primé, et L'heure de Cuba, ayant comme thème le 40e anniversaire de la révolution cubaine.

En août 2005, le premier ministre Paul MARTIN annonce la nomination de Jean au poste de gouverneur général, nomination qui soulève la controverse. En effet, une publication souverainiste québécoise laisse entendre que son mari et elle ont soutenu la cause séparatiste au Québec. Jean refuse d'abord de répondre, mais publie ensuite une brève mise au point insistant sur le fait qu'elle n'a jamais appartenu au mouvement séparatiste. Le débat sur sa double citoyenneté (elle est devenue française en épousant Lafond, qui est né en France) cesse après sa renonciation à sa citoyenneté française peu de temps avant d'entrer en fonction.

Assermentée le 27 septembre 2005, elle succède à Adrienne CLARKSON et devient la première personne de race noire à occuper le poste de gouverneur général. Descendante d'esclaves, elle utilise sa fonction pour démontrer avec passion que la liberté est ce qui définit le mieux le cœur de l'identité canadienne. S'inspirant de son expérience d'immigrante, Jean prétend qu'il est temps d'« éliminer le spectre » des deux solitudes, la française et l'anglaise, qui ont longtemps marqué l'histoire du pays.

Au poste de gouverneur général, elle s'avère une oratrice passionnée et photogénique. Elle utilise sa fonction pour faire progresser les droits humains, soutenir les arts, attirer l'attention sur les problèmes socio-économiques du Nord canadien et promouvoir le Canada à l'étranger, en particulier en Afrique et en Haïti, sa terre natale.

En décembre 2008, elle accepte, à la demande du premier ministre Stephen Harper, de proroger le parlement pour sept semaines. Cette décision controversée permet à Harper d'éviter d'être défait aux Communes, où les partis d'opposition se sont entendus pour remplacer son gouvernement par une coalition de libéraux et de néo-démocrates dirigée par Stéphane Dion. Suivant la tradition parlementaire canadienne, le gouverneur général ne s'explique pas publiquement à ce sujet.

Remplacée par David JOHNSTON au poste de gouverneur général le 1er octobre 2010, elle devient envoyée spéciale de l'UNESCO en Haïti et crée la Fondation Michaëlle Jean, dont le but est d'aider les jeunes défavorisés des milieux ruraux et nordiques du Canada.

Michaëlle Jean
Michaëlle Jean
La très honorable Michaëlle Jean, gouverneure genérale du Canada, 2005 - 2010 (photo du sergent Éric Jolin, avec la permission de Rideau Hall).

Auteur STEPHEN AZZI


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