Les mennonites forment un groupe religieux et culturel fondé au XVIe siècle pendant la Réforme protestante, au moment où quelques chrétiens se séparent de l'ÉGLISE CATHOLIQUE ROMAINE. Les mennonites font remonter leur séparation de l'identité chrétienne au mouvement ANABAPTISTE de la Réforme du début du XVIe siècle. L'ordination des anabaptistes (qui veut dire « rebaptisés ») et des mennonites diffère de celle des catholiques en ce sens que, pour eux, le baptême est un choix fait par le fidèle à l'âge adulte (pas lorsqu'il est enfant) et que la communion inclut parfois le lavement des pieds comme symbole d'humilité et de service.

Pendant le XVIe siècle, le mouvement anabaptiste se répand en Europe et connaît plusieurs chefs. Dans les États d'Allemagne du Nord et les Pays-Bas, Menno Simons est un chef influent. À l'origine, il est prêtre de l'Église catholique romaine, mais a des doutes quant au baptême des enfants. En 1536, il quitte l'Église catholique et prend la tête des anabaptistes de la région. Les fidèles de sa communauté se font connaître en tant que mennistes et, plus tard, mennonites. Bourreau de travail, il écrit beaucoup, prêche et organise le mouvement; la communauté devient plus solide. Lorsque les paisibles mennistes se font persécuter, ils s'éparpillent en Europe et en Amérique du Nord. Les mennonites allemands du sud de la Suisse se déplacent vers l'ouest et s'installent en Alsace et au Palatinat et, à la fin du XVIIe siècle, ils sont plusieurs à s'être installés en Pennsylvanie. Les mennonites allemands du nord des Pays-Bas, eux, se déplacent principalement vers l'est et s'installent dans ce qui est aujourd'hui la Pologne puis, à la fin du XVIIIe siècle, en Russie. Le relatif isolement des mennonites et l'autosuffisance des communautés, combinés à leur conviction que la religion est un mode de vie, produisent une culture socioreligieuse unique.

Les mennonites commencent à arriver dans le Haut-Canada vers 1776. Originaires de pays d'expression allemande, ils partagent la langue et la culture allemande, ce qui les distingue. Ainsi, au début, les mennonites qui s'installent au Canada, parlant tous des dialectes germaniques, sont perçus comme un groupe minoritaire présentant des caractéristiques à la fois religieuses et ethniques.

Mennonite, église
Mennonite, église
Église mennonite, à Kitchener, en Ontario (avec la permission de Malak, Ottawa).
Les Mennonites
Les Mennonites
Certificat d’exemption du service militaire d’un jeune Mennonite du sud du Manitoba (avec la permission des Mennonite Heritage Centre Archives).


Migration au Canada
La première vague migratoire au Canada, pendant et après la Révolution américaine, amène quelque 2000 mennonites suisses de la Pennsylvanie vers le Haut-Canada. Ils acquièrent des terres de propriétaires privés dans la péninsule de Niagara ainsi que dans les comtés de York et de Waterloo. Ils sont suivis par les mennonites amish (ainsi nommés en l'honneur de l'évêque Jacob Ammon, un chef conservateur de la fin du XVIIe siècle). De 1825 au milieu des années 1870, ils sont près de 750 à s'installer sur les terres de la Couronne dans le comté de Waterloo et les alentours.

Dans les années 1870, les politiques de russification du gouvernement russe forcent 18 000 mennonites hollandais, un tiers des mennonites de la Russie, à émigrer en Amérique du Nord. La promesse d'une terre, de l'autonomie culturelle et éducative ainsi que la garantie d'exemption du service militaire attirent quelque 7000 d'entre eux dans le Sud-Est du Manitoba. La concession de lots de colonisation (voir PEUPLEMENT DES TERRES) dans les Territoires du Nord-Ouest attire, de 1890 à la PREMIÈRE GUERRE MONDIALE, des mennonites de Prusse, de Russie et des États-Unis. Beaucoup de nouveaux immigrants déménagent au Manitoba et dans les Prairies et fondent des communautés mennonites en Saskatchewan; d'autres fondent des congrégations en Ontario.

En 1917, LA CONSCRIPTION aux États-Unis attire plus de mennonites vers les Prairies canadiennes. La plus grosse vague migratoire se produit dans les années 1920, lorsque 20 000 mennonites saisissent l'occasion de fuir les effets de la Révolution bolchévique. La plupart s'installent alors dans les Prairies. La DEUXIÈME GUERRE MONDIALE force plus de 12 000 mennonites à émigrer de l'Union soviétique et de l'Allemagne. La plupart d'entre eux s'installent dans les zones urbaines. Après la Deuxième Guerre mondiale, la troisième vague importante amène environ 8000 mennonites au Canada. Depuis quelques dizaines d'années, un grand nombre de mennonites immigrent des États-Unis, du Mexique et du Paraguay.


Organisation des mennonites
En 1903, les congrégations mennonites du Manitoba et de la Saskatchewan fondent la Conférence des mennonites du Canada. À mesure que les congrégations s'y joignent, la conférence change de nom et devient la Conférence générale des mennonites du Canada (1932) puis la Conférence des mennonites du Canada.

En 2000, elle est encore renommée et devient l'Église mennonite du Canada et réunit le plus grand nombre de mennonites au Canada. L'église centrale est située à Winnipeg, et les autres membres sont l'Église mennonite de l'Est du Canada, l'Église mennonite du Manitoba, l'Église mennonite de la Saskatchewan, l'Église mennonite de l'Alberta et l'Église mennonite de la Colombie-Britannique. Les congrégations s'organisent en conférences provinciales et nationales; cependant, chaque congrégation est autonome au sein de la conférence en ce qui concerne les politiques.

Il y a environ 1,5 million de membres à travers le monde, mais comme les mennonites ne font pas baptiser leurs enfants, les jeunes fidèles ne sont pas comptés en tant que membres. L'unité fondamentale de la vie institutionnelle des mennonites est la congrégation.

Beaucoup de conférences mennonites se réorganisent pour relever de nouveaux défis tels que l'évangélisme et la fondation d'églises, la direction pastorale et la prise de position sur divers sujets, entre autres les problèmes sociaux, l'action sociale auprès des Autochtones, les menaces à la paix, l'ordination des femmes, les relations œcuméniques, les périodiques et l'éducation postsecondaire. La plupart des familles de congrégations sont membres de comités centraux provinciaux, nationaux et continentaux.


Service et action sociale
Les persécutions du XVIe siècle forcent les mennonites hollandais à partir de la Hollande. Ils s'installent en Pologne, en Ukraine et en Amérique du Nord. Vers 1920, ceux qui vivent dans les régions ukrainiennes de la Russie sont menacés par la révolution communiste, et des mennonites d'Amérique du Nord, Canadiens et Américains leur envoient des représentants et de l'aide sous forme de vêtements et de nourriture. Les mennonites s'isolent de plus en plus pour former des communautés exclusives préoccupées par la survie et la conservation de leur identité anabaptiste et mennonite.

Pendant les deux guerres mondiales, des mennonites s'installent au Paraguay, au Canada, aux États-Unis et dans beaucoup d'autres pays. Au cours du dernier siècle, leurs services s'élargissent, évoluant de l'aide humanitaire à la formation du Comité central mennonite (CCM). Né lors du sauvetage des mennonites d'Ukraine, le CCM devient une occasion d'action sociale par l'intermédiaire du travail missionnaire et du service. De nos jours, le CCM offre aussi des services d'aide à l'émigration et à l'immigration, à l'agriculture, de soutien en santé mentale, d'orientation professionnelle, de secours en cas de catastrophe et autres. Il est devenu une agence mondiale de services sociaux dans 60 pays qui sert non seulement des mennonites, mais aussi des gens d'autres groupes religieux.

En 1950, la Mennonite Service Organization est créée en réponse aux tornades qui frappent l'Oklahoma et aux inondations du Manitoba. Aujourd'hui, sous le nom de Mennonite Disaster Services (MDS), en plus de fournir de l'aide en cas de catastrophe, l'organisme s'occupe aussi de projets communautaires comme la construction de logements abordables. Le CCM apporte son aide sur le plan international et le MDS le fait au Canada et aux États-Unis.


Urbanisation, éducation et formation
Le recensement de 2001 indique la présence de 191 000 mennonites au Canada. Plus de la moitié d'entre eux habitent des villes, et la transition des communautés rurales à la vie urbaine reflète celle du reste de la population. En 2010, les plus grandes concentrations urbaines de mennonites se trouvent à Winnipeg, Vancouver, Saskatoon et Waterloo-Kitchener, elles sont toutes tributaires de grandes communautés mennonites rurales. C'est Winnipeg qui abrite une des populations mennonites les plus nombreuses au monde, soit plus de 20 000 personnes et 45 églises.

En tant que groupe religieux qui met l'accent sur la séparation d'avec le monde et la non-conformité sociale, les mennonites résistent souvent aux écoles publiques gérées par l'État. Outre les nombreuses écoles élémentaires, les mennonites canadiens gèrent des écoles secondaires privées, des collèges et un centre théologique universitaire. Les étudiants désireux de poursuivre une formation pastorale fréquentent un séminaire mennonite aux États-Unis ou participent à l'un des séminaires au Canada dans lesquels les mennonites collaborent avec d'autres regroupements chrétiens.

L'Université mennonite canadienne (UMC) comprend trois collèges situés à Winnipeg : Mennonite Brethren Bible College (créé en 1944), Canadian Mennonite Bible College (créé en 1947) et Menno Simons College (créé en 1989), qui a ses activités sur le campus de l'Université de Winnipeg. L'UMC décerne des diplômes depuis 1998. Par l'entremise de l'Université de Waterloo, en Ontario, le Conrad Grebel University College offre des études de premier et de deuxième cycle dans la foi mennonite et établit le Centre for the Study of Religion and Peace.

Des programmes canadiens et étrangers offrent de l'aide financière, soutiennent le développement et les projets pacifistes et appuient une grande variété de missions et de projets du ministère, tant au Canada que partout dans le monde (Voir PACIFISME; MOUVEMENT PACIFISTE). Jusqu'à récemment, leurs publications portent surtout sur la culture et la vie rurale. Cependant, au XXIe siècle, elles traitent d'action sociale et d'engagement, notamment Mennonites in the Global Village (2000). Parmi les périodiques canadiens mennonites, nommons les périodiques de langue allemande, tels que Mennonite Rundschau, Der Bote, Die Mennonitische Post, et ceux de langue anglaise, tels que Mennonite Brethren Herald et Canadian Mennonite. Deux revues érudites sont aussi publiées : Journal of Mennonite Studies et Conrad Grebel Review.


Engagement et innovation
Les mennonites et leurs nombreuses congrégations réagissent différemment à l'innovation dans la vie religieuse et culturelle. Certains croient qu'une vie de discipline dans une communauté séparée du monde est essentielle et tentent toujours de contrôler le changement. D'autres soutiennent que l'assimilation, l'adaptation et la participation au mouvement mondial sont essentielles au mandat chrétien. Parmi les Suisses et les Hollandais, des groupements conservateurs ont su perpétuer les traditions des modes de vie ruraux et maintenir la mode vestimentaire d'une époque plus ancienne ainsi que la langue et les formes liturgiques allemandes. Les anciennes congrégations amish et les anciennes congrégations mennonites rejettent l'utilisation de la technologie moderne telle que l'électricité et le transport motorisé et ont su préserver l'agriculture traditionnelle.

La vie politique est problématique pour les mennonites. D'un côté, ils découragent toute participation à un monde diabolique où la force et la violence sont des instruments de l'État. D'un autre côté, ils encouragent l'application de l'éthique de Jésus : amour, paix, justice dans toutes les sphères de la vie, y compris dans la participation à l'État. Aujourd'hui, la plupart des mennonites votent. Certains travaillent dans des bureaux de vote et d'autres, plus nombreux, sont fonctionnaires ou enseignants dans les écoles publiques. Dans leur passé rural, les mennonites se voyaient comme les « silencieux du pays », mais James Urry (2006) suggère qu'ils sont devenus les « bruyants du pays ».

Les mennonites ne sont plus limités par leurs traditions suisses ou hollandaises et leur appartenance ethnique. On compte de nombreux mennonites canadiens de souche française, chinoise, indienne et anglo-saxonne, et un nombre grandissant de mariages mixtes. Les mennonites du Canada sont en train de changer rapidement. L'accent mis sur la famille et le rôle de la religion, les programmes visant à maintenir l'engagement des jeunes (organisations de jeunes, camps, chorales, programmes de services), les écoles spéciales et la vie religieuse dynamique minimisent les pertes face à une communauté laïque bien plus nombreuse.

Auteur LEO DRIEDGER, FRANK H. EPP


Bibliographie
Frank Epp, Mennonites in Canada, 1786-1920 (1974) et Mennonites in Canada, 1920-1940 (1982); Winfield J. Fretz, The Waterloo Mennonites: A Community in Paradox (1989); Howard Kauffman et Leo Driedger, The Mennonite Mosaic: Identity and Modernization (1991); T.D. Regehr, Mennonites in Canada,1939-1970 (1996); Leo Driedger, Mennonites in the Global Village (2000); Adolf Ens, Becoming a National Church (2004); James Urry, Mennonites, Politics, and Peoplehood (2006); Conrad Kanagy, Road Signs for the Journey (2007); Building Communities; The Changing Face of Manitoba Mennonites (2007); Marlene Epp, Mennonite Women in Canada (2008); Leo Driedger, At the Forks: Mennonites in Winnipeg (2010).


Liens supplémentaires
Conférence canadienne des Églises des Frères mennonites
Le site Web officiel de la Conférence canadienne des Églises des Frères mennonites.

Les Religions au Canada
Information sur les diverses pratiques religieuses et spirituelles pratiquées au Canada. Par Radio Canada International.

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