Maintien de la paix est le terme usuel désignant les opérations militaires de l'ORGANISATION DES NATIONS UNIES (ONU). En raison du rôle joué par L.B. PEARSON lors de la CRISE DU CANAL DE SUEZ, en 1956, et de l'engagement du Canada dans la Force d'urgence de l'ONU qu'il contribue à créer, les Canadiens ont tendance à considérer le maintien de la paix comme leur propriété. Quand la Charte de l'ONU est rédigée en 1945, elle comprend des dispositions détaillées ayant trait au maintien de la sécurité collective. Mais la GUERRE FROIDE freine toute tentative d'institutionnalisation d'une force de l'ONU, et celle-ci doit compter sur l'improvisation. Cela est évident pour la première fois en avril 1948, quand l'ONU autorise l'emploi d'observateurs militaires au Cachemire et quand elle réitère ce geste le mois suivant le long des frontières israélo-arabes. Des observateurs militaires peuvent surveiller les mouvements des armées, superviser les cessez-le-feu et la population et, de façon générale, assurer la paix dans une région. Telle est la théorie qui, en général, s'avère applicable. Le Canada fournit huit officiers à la force de l'ONU au Cachemire et, après 1953, envoie quatre officiers rejoindre la force palestinienne, ainsi que le général E.L.M. BURNS, qui prend le commandement en février 1954.

Ce type de maintien de la paix de l'ONU est nettement différent de celui qui est pratiqué dans la GUERRE DE CORÉE. Dans ce cas, le boycott fortuit du Conseil de sécurité par l'URSS au moment où la crise éclate, fin juin 1950, permet aux États-Unis d'organiser une « action policière » pour résister à l'invasion nord-coréenne. Un fait encore plus typique, même s'il est sans rapport avec l'ONU, est le rôle du Canada au sein des Commissions internationales de surveillance et de contrôle au Viêt-nam, au Laos et au Cambodge. Ces dernières (généralement appelées Commissions internationales de contrôle, ou CIC) sont mises sur pied par la Conférence de Genève de 1954 sur un modèle dit « troïka », c'est-à-dire qu'elles sont composées d'un État communiste (Pologne), d'un État occidental (Canada) et d'un État neutre (Inde).

La tâche des CIC est importante puisqu'elles ont la responsabilité de réinstaller les populations, de superviser les élections et de surveiller les nouvelles frontières. Mais cette tâche, qui se révèle particulièrement ingrate, nécessite des effectifs relativement imposants, soit une centaine d'officiers bilingues et un nombre important d'agents des Affaires extérieures. Les CIC enregistrent au début quelques succès au Cambodge et au Laos, mais la CIC du Viêt-nam s'enlise dans l'inutilité à mesure que la guerre s'étend de façon incontrôlable, dans les années 60.

Cependant, quand la crise du canal de Suez éclate, en 1956, les Canadiens s'empressent de saisir l'occasion de jouer un rôle au sein de l'ONU. Lorsque la Grande-Bretagne et la France coopèrent avec Israël dans un assaut contre l'Égypte, l'ONU intervient rapidement. L'intérêt du Canada est de minimiser les torts causés à l'alliance occidentale par l'agression anglo-française. Pearson, secrétaire d'État canadien aux Affaires extérieures, en collaboration avec le secrétaire général de l'ONU, Dag Hammarskjöld, conçoit l'idée d'une force de maintien de la paix dans le but de stabiliser la situation et de permettre le retrait des agresseurs. Comme aide, Pearson offre un bataillon des Queen's Own Rifles. La force d'urgence des Nations Unies (FUNU) est rapidement mise sur pied et le général canadien E.L.M. Burns, commandant de l'Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve en Palestine, est nommé commandant de la FUNU.

Les Égyptiens, à la surprise du Canada, s'opposent à la présence des Canadiens. Les uniformes, le nom du régiment et les drapeaux canadiens ressemblent fort à ceux des envahisseurs britanniques et les Égyptiens soutiennent que la population ne comprendrait pas. On en arrive finalement à un compromis : les troupes de service et de ravitaillement canadiennes, essentielles au succès de la force onusienne, remplaceraient l'infanterie. Cette expérience contribue à convaincre Pearson que le Canada doit avoir ses propres symboles, ce qui lui vaut également de recevoir le Prix Nobel de la paix.

Après la crise du canal de Suez, les Canadiens en viennent à considérer que le maintien de la paix est leur métier. Cela ne laisse aucun doute en juillet 1960, quand la violence éclate au Congo, qui vient d'accéder à l'indépendance. Le gouvernement Diefenbaker hésite à répondre à l'appel de l'ONU qui demande des transmetteurs et d'autres troupes, mais l'opinion publique lui force la main. La popularité de la force de maintien de la paix est dès lors établie et, en 1962, le Canada n'hésite pas à envoyer un petit groupe d'hommes en Nouvelle-Guinée occidentale (Irian Jaya), non plus que l'année suivante lorsque des militaires vont se joindre à une mission d'observation de l'ONU au Yemen. Un engagement beaucoup plus important s'ensuit en 1964 quand l'ONU intervient à Chypre dans le conflit entre les Grecs et les Turcs. Le secrétaire d'État canadien aux Affaires extérieures, Paul MARTIN, joue un rôle de premier plan dans la création d'une force de l'ONU à Chypre.

Toutefois, les beaux jours du maintien de la paix tirent à leur fin. Certains critiques soutiennent déjà que le maintien de la paix ne sert qu'à paralyser les conflits et ne fait rien pour les résoudre. D'autres s'inquiètent des coûts et des pertes de vie et se plaignent des mandats souvent obscurs. En 1967, le président Nasser lui porte un sérieux coup quand il ordonne que la FUNU quitte l'Égypte, puis oblige la force canadienne à se retirer. S'ensuit un autre conflit israélo-arabe. L'expulsion des Canadiens équivaut presque à une humiliation nationale, réaction que n'apaisent guère les accusations d'espionnage pour le compte des États-Unis portées contre des Canadiens membres de la CIC. Le concept du maintien de la paix contribue à renforcer le mythe voulant que le Canada soit un observateur impartial et acceptable, mais il connaît une baisse de popularité au Canada pendant un certain temps.

Dès les années 80, cependant, les gouvernements Trudeau et Mulroney semblent prêts à considérer d'un oeil plus favorable de nouvelles demandes de troupes mais, pour les militaires canadiens, les missions de maintien de la paix sont devenues une corvée plutôt qu'un privilège. De plus, l'attitude du public à l'égard de ces interventions demeure confuse.

Au début des années 90, la fin de la Guerre froide et de l'influence soviétique dans les affaires internationales crée partout dans le monde des vides politiques. L'autorité militaire soviétique n'exerçant plus de cohésion, plusieurs États de l'ex-Union soviétique, dont la Yougoslavie, se désintègrent dans des conflits ethniques. L'ONU réagit, avec plus ou moins de succès, en apportant une certaine forme de paix militaire ainsi qu'une aide humanitaire aux populations éprouvées. De 1990 à 1992, l'ONU amorce pas moins de 13 opérations distinctes, soit plus que durant toute son histoire. Le Canada joue un rôle majeur dans ces opérations et, à la fin de 1992, 4300 Canadiens, soit 10 p. 100 de toutes les forces d'intervention pacifique du monde, sont engagés dans 15 opérations différentes.

Soldat canadien à Chypre
Soldat canadien à Chypre
Soldat canadien patrouillant la Ligne Verte à Nicosie. Il porte une carabine C-7 (avec la permission du Quartier général de la Défense).
Maintien de la paix à Chypre
Maintien de la paix à Chypre
Soldats canadiens en convoi de véhicules de combat légers Iltis, patrouillant la Ligne Verte près de Nicosie (avec la permission du Quartier général de la Défense).
Un CH-146 Griffon en Bosnie-Herzegovine
Un CH-146 Griffon en Bosnie-Herzegovine
Avec la permission du ministère de la Défense nationale, photo du sergent Vince Streimer.

Auteur J.L. GRANATSTEIN


Bibliographie
L.B. Pearson, Mike, vol. 2 (1973); A. Taylor et coll., Peacekeeping (1968); J.L. Granatstein et coll., Shadows of War, Faces of Peace: Canada's Peacekeepers (1992).


Liens supplémentaires
Ministère de la Défense nationale et des Forces canadiennes
Le site officiel du ministère de la Défense nationale et des Forces canadiennes.

Le Centre Pearson pour le maintien de la paix
Cliquez sur le lien pour visiter le site Web de le Centre Pearson pour le maintien de la paix, un établissement de formation sur les opérations de paix reconnu à l’échelle internationale qui appuie la contribution du Canada à la paix et à la sécurité internationales.

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