Riel, Louis
Louis Riel, chef métis, fondateur du Manitoba, personnage central de la RÉBELLION DU NORD-OUEST (colonie de la rivière Rouge [Man.], 22 oct. 1844 - Regina, 16 nov. 1885). Riel fait ses études à St Boniface, puis se prépare pour la prêtrise au Collège de Montréal. En 1865, il étudie le droit auprès de Rodolphe Laflamme et, à ce qu'on croit, travaille brièvement à Chicago, en Illinois, et à St. Paul, au Minnesota, avant de revenir à St Boniface en 1868.

En 1869, prévoyant le transfert des terres du Nord-Ouest, y compris la région de la colonie de la rivière Rouge, de la Compagnie de la baie d'Hudson à la nation canadienne, le gouvernement fédéral nomme William MCDOUGALL lieutenant-gouverneur du nouveau territoire et dépêche des équipes d'arpenteurs à la rivière Rouge. Les Métis, craignant les répercussions du transfert, méfiants envers les immigrants anglo-protestants agressifs venus de l'Ontario et subissant toujours les contrecoups économiques de l'invasion de sauterelles de 1867-1868, mettent sur pied un « comité national » dont Riel est le secrétaire. L'éducation de Riel et les antécédents de son père en font un chef tout désigné. Le Comité interrompt l'arpentage et empêche McDougall d'entrer dans la colonie de la rivière Rouge. Le 2 novembre, le fort Garry, quartier-général de la Compagnie de la baie d'Hudson, est capturé, les responsables de la Compagnie n'offrant d'ailleurs aucune résistance. Le Comité invite alors la population de la colonie, anglophones et francophones, à envoyer des délégués au fort Garry. Tandis qu'ils discutent d'une liste de droits dressée par Riel, un groupe de Canadiens, mené par John Christian SCHULTZ et John Stoughton DENNIS, organise une résistance armée. Entre-temps, le gouvernement fédéral reporte le transfert, qui était prévu pour le 1er décembre, et Dennis et McDougall retournent au Canada. Schultz et ses hommes capitulent devant Riel, qui les emprisonne au fort Garry, émet une « Déclaration des habitants de la Terre de Rupert et du Nord'Ouest » et, le 23 décembre, devient chef du gouvernement provisoire de la colonie de la rivière Rouge. Le gouvernement canadien envoie à la colonie des commissaires extraordinaires « de bonne volonté » : l'abbé J.B. Thibault, le colonel Charles de Salaberry et Donald A. SMITH, représentant principal de la Compagnie de la baie d'Hudson au Canada. Smith persuade Riel de convoquer une réunion générale, au cours de laquelle on décide de tenir un congrès réunissant 40 représentants de la colonie, autant de francophones que d'anglophones. La première assemblée a lieu le 26 janvier. Les délégués débattent d'une nouvelle liste des droits et manifestent leur appui envers le gouvernement provisoire de Riel. Les prisonniers canadiens capturés en décembre sont relâchés (certains s'étaient déjà échappés), et l'on décide d'envoyer trois délégués à Ottawa pour négocier l'entrée de la colonie de la rivière Rouge dans la CONFÉDÉRATION.

Pendant ce temps, une force composée de Canadiens qui se sont échappés, rassemblée par Schultz et l'arpenteur Thomas SCOTT et dirigée par Charles Boulton, un officier de la milice canadienne, se regroupe à Portage la Prairie, espérant gagner des appuis dans les paroisses écossaises de la colonie de la rivière Rouge. L'arrivée de ce groupe d'hommes armés alerte les Métis, qui s'empressent de les emprisonner à nouveau au fort Garry. Les Métis constituent une cour martiale devant laquelle ils traduisent Boulton. Celui-ci est condamné à mort, mais Smith intervient, et la sentence est remise. Par contre, une cour martiale présidée par l'associé de Riel, Ambroise Lépine, condamne le turbulent Scott. Cette fois-ci, les appels de Smith sont rejetés, et Scott est fusillé le 4 mars 1870.

Mgr A.A. TACHÉ, l'évêque de St Boniface, rappelé du concile oecuménique de Rome de 1870, arrive dans la région de la colonie de la rivière Rouge quatre jours après la mort de Scott. Il rapporte une copie de la proclamation fédérale d'amnistie qui, croit-il, pardonne toutes les actions commises jusque-là. Taché convainc le conseil réuni par Riel de libérer tous les prisonniers et d'envoyer des délégués à Ottawa. Malgré l'opposition des sections orangistes de l'Ontario, dont Thomas Scott avait fait partie, les délégués obtiennent un accord, contenu dans la LOI SUR LE MANITOBA, adoptée le 12 mai 1870, selon laquelle le transfert est prévu pour le 15 juillet. De plus, le gouvernement fédéral consent à céder 1 400 000 acres (566 580 ha) aux Métis et à assurer des services bilingues dans la nouvelle province. Outre des garanties verbales, il n'est toutefois pas fait mention de l'amnistie.

Pour rassurer l'Ontario et soutenir l'administration du nouveau lieutenant-gouverneur, A.G. ARCHIBALD, le gouvernement fédéral envoie, à l'été de 1870, une expédition militaire à la colonie de la rivière Rouge, sous le commandement du colonel Garnet WOLSELEY. Bien que l'EXPÉDITION DE LA RIVIÈRE ROUGE soit censée être une mission de paix, Riel a des raisons de craindre son arrivée et s'enfuit aux États-Unis. Il reviendra discrètement chez lui à Saint-Vital et, devant la menace d'une invasion des FENIANS des États-Unis à l'automne de 1871, il offre à Archibald une troupe de cavalerie métisse.

Par contre, en Ontario, Riel est dénoncé par tous comme le « meurtrier » de Thomas Scott, et sa tête est mise à prix pour 5 000 $. Au Québec, il est considéré comme un héros, un défenseur de la foi catholique et de la culture française au Manitoba. Soucieux d'éviter une confrontation politique avec les deux principales provinces canadiennes, sir John A. MACDONALD tente de convaincre Riel de poursuivre son exil volontaire aux États-Unis, allant même jusqu'à lui accorder des fonds. Cependant, encouragé par ses amis, Riel entre en politique fédérale. Il remporte une élection partielle en 1873, puis est élu aux élections générales de 1874. Riel se rend donc à Ottawa, où il signe le registre, mais il est expulsé de la Chambre sur une motion déposée par le chef orangiste ontarien Mackenzie BOWELL. Bien que réélu, Riel n'essaie pas d'occuper son siège. Entre-temps, Ambroise Lépine est arrêté, jugé et condamné à mort pour le « meurtre » de Thomas Scott. Sa sentence sera par la suite commuée en une peine d'emprisonnement de deux ans et la suppression de ses droits politiques. En février 1875, le gouvernement fédéral adopte finalement une résolution accordant l'amnistie à Riel et à Lépine, pourvu qu'ils s'exilent pendant cinq ans des dominions de Sa Majesté.

Peu après, Riel subit une dépression nerveuse et est admis à l'hôpital de Longue-Pointe (Montréal) sous le nom de « Louis R. David »; il est ensuite transféré à l'asile psychiatrique de Beauport, près de Québec, sous le nom de « Louis La Rochelle ». Depuis toujours enclin à l'introspection et très religieux, Riel devient obsédé par l'idée que sa mission est de nature religieuse : il doit établir un nouveau catholicisme nord-américain, ayant l'évêque de Montréal, MgrBOURGET, pour pape du Nouveau Monde. Il reçoit son congé en janvier 1878, passe quelque temps à Keeseville, dans l'État de New York, puis s'établit dans la région du haut Missouri, dans le territoire du Montana, où il fait du commerce, se joint au Parti républicain, devient citoyen américain et épouse Marguerite Monet, dite Bellehumeur, qui est métisse. En 1883, il devient instituteur à la mission de St. Peter sur la rivière Sun. En juin 1884, une délégation de Métis canadiens demandent son secours afin de revendiquer des droits juridiques pour les Métis de la vallée de la Saskatchewan.

Au début de juillet, Riel et sa famille arrivent à BATOCHE, principal foyer de peuplement métis en Saskatchewan. Il mène une campagne pacifique, prenant la parole partout dans le district et préparant une pétition qu'il transmet à Ottawa en décembre. Le gouvernement fédéral accepte de recevoir la pétition de Riel et promet de nommer une commission pour enquêter et faire rapport sur les problèmes de l'Ouest.

Au début de 1885, cependant, Riel se heurte à une certaine opposition en Saskatchewan en raison de ses convictions religieuses peu orthodoxes, des rancoeurs entourant l'exécution de Thomas Scott et de ses revendications personnelles répétées auprès du gouvernement fédéral (qu'il estime à 35 000 $), qui laissent croire que son activité politique est davantage motivée par son propre intérêt. De plus en plus exaspéré, il envisage l'action directe. Mais la situation en 1885 est bien différente de celle qui existait en 1870, lorsqu'il avait fallu plusieurs mois à Wolseley pour conduire ses troupes au fort Garry. En 1885, la Police à cheval du Nord-Ouest est en place, et le chemin de fer de l'Ouest est presque achevé. Néanmoins, se croyant investi d'une mission divine et se voyant comme le prophète du Nouveau Monde, Riel s'empare le 19 mars de l'église paroissiale de Batoche, arme ses hommes, forme un gouvernement provisoire et réclame la capitulation du fort Carlton. La bataille qui s'ensuit durera à peine deux mois avant que Riel ne se rende (voir la RÉBELLION DU NORD-OUEST).

Le 6 juillet 1885, Riel est officiellement accusé de trahison, et son procès débute à Regina le 20 juillet. Son avocat lui propose de plaider l'aliénation mentale, mais Riel refuse. Devant les déclarations accablantes de son cousin Charles Nolin, qui s'était opposé à lui en 1870 et qui l'avait déserté en 1885, Riel est reconnu coupable, mais le jury recommande la clémence. Il est interjeté appel du verdict devant la Cour du Banc de la Reine du Manitoba et du Comité judiciaire du Conseil privé. Les deux appels sont rejetés, mais le mouvement de pression populaire, en particulier au Québec, fait retarder l'exécution pour permettre une évaluation de l'état mental de Riel. Les trois médecins qui l'examinent déclarent que Riel est prompt à l'excitation, mais un seul juge qu'il est aliéné. La version officielle du rapport, qui a subi des suppressions suspectes, ne révèle aucune divergence d'opinions, et le Cabinet fédéral se prononce en faveur de la pendaison. Riel est exécuté à Regina le 16 novembre 1885. Sa dépouille est envoyée à St Boniface, où elle est enterrée dans le cimetière adjacent à la cathédrale.

Sur les plans politique et philosophique, l'exécution de Riel aura pendant longtemps des répercussions dans l'histoire du Canada. Dans l'Ouest, elle a pour effet immédiat de produire un profond abattement parmi les Métis. Au Canada central, elle fouette les ardeurs du NATIONALISME CANADIEN-FRANÇAIS, et Honoré MERCIER prend le pouvoir au Québec en 1886. À plus long terme, l'électorat québécois retire son appui traditionnel au Parti conservateur au profit du Parti libéral, dirigé par Wilfrid LAURIER. Plus d'un siècle après les événements, Riel et le sort qu'il a connu excitent toujours les passions politiques, en particulier au Québec et au Manitoba. L'exécution de Riel continue encore aujourd'hui à susciter la controverse, et certains réclament sa réhabilitation.

Voir aussi RÉBELLION DE LA RIVIÈRE ROUGE.

GEORGE F.G. STANLEY

Riel, Louis
Riel, Louis
Louis Riel, vers 1873 (avec la permission des Provincial Archives of Manitoba/N-5733).
Riel, Louis et le gouvernement provisoire
Riel, Louis et le gouvernement provisoire
Premier gouvernement provisoire de Louis Riel (au centre), en 1869 (avec la permission des Archives du Glenbow/NA-1039-1).
Monument de Louis Riel, Saskatchewan
Monument de Louis Riel, Saskatchewan
Monument de Louis Riel au Waskana Centre de Regina en Saskatchewan (avec la permission de Masterfile/Mike Dobel).


Louis Riel, écrivain
À l'image de sa vie de chef politique, l'oeuvre de Louis Riel a été reléguée au rang des « grands exilés de la littérature du Nouveau Monde », pour reprendre l'expression de l'écrivain québécois Jean Morisset, l'un de ses plus ardents défenseurs et qui lui a accordé de nombreux écrits en tant qu'écrivain américiain (Louis Riel, écrivain des Amériques, revue Nuit Blanche, printemps 1985) et comme étant le « poète 'québécois' de portée internationale ». Tout au long de sa courte vie, Riel s'est essayé à tous les genres, nous léguant une œuvre considérable.

Durant ses années de collège (1864-65), Riel découvre sa vocation de poète. Influencées par les grands classiques français, ses œuvres révèlent une nature passionnée . Ses historiens-biographes Gilles Martel, Thomas Flanagan et Glen Campbell les colligeront sous le titre Poésies de Jeunesse.

Dès son entrée officielle en politique (1869), Riel utilise le vers pour défendre les intérêts de son peuple et exhaler le trop-plein de son amertume, de ses désillusions et de sa colère. Au fur et à mesure que les événements s'enveniment, le ton de Riel se fait narquois, moqueur, puis véhément, virulent. Ses sarcasmes visent en priorité son ennemi mortel, le ministre John A. Macdonald, ainsi que tous les représentants de l'Angleterre impériale. Dans la même veine, son essai, L'Amnistie. Mémoire sur les causes des troubles du Nord-Ouest (1874), dénonce, sur le ton de la polémique, les exactions des dirigeants canadiens et le dépouillement dont son peuple à été victime. Le leader récidive dans un plaidoyer, Les Métis du Nord-Ouest (1885), qui réaffirme les droits des Autochtones et fustige d'une plume mordante l'attitude oppressive du gouvernement.

À partir de 1875, ses écrits atteignent une ferveur religieuse qui éclate en hymnes, prières, litanies, prophéties, méditations, apologies des membres du clergé. Elle s'épanche jusque dans le Journal de Batoche (1885), sorte de testament ou de rosaire poétique, foisonnant d'images, de symboles, de visions, d'allusions bibliques, de rêves, Mais jamais Riel n'apparaît aussi bouleversant d'humanité que dans le Journal de Regina (1885), écrit en prison, où il nous apparait, désespéré, qui lutte jour après jour contre la peur de la mort et qui implore le Ciel à son secours. L'écrivain manitobain Rossel Vien (1929-1992) le fera connaître au public en 1962 (Journal de Prison).

Dans la même veine, son essai, L'Amnistie. Mémoire sur les causes des troubles du Nord-Ouest (1874), dénonce, sur le ton de la polémique, les exactions des dirigeants canadiens et le dépouillement dont son peuple à été victime. Le leader récidive dans un plaidoyer, Les Métis du Nord-Ouest (1885), qui réaffirme les droits des Autochtones et fustige d'une plume mordante l'attitude tyrannique et hypocrite du gouvernement.

À partir de 1875, année de la « crise mystique » au cours de laquelle lui est révélée sa mission de « prophète du Nouveau Monde », ses écrits atteignent une ferveur religieuse rarement égalée, qui éclate en hymnes, prières, litanies, prophéties, méditations, apologies des membres du clergé, etc. Elle s'épanche jusque dans le Journal de Batoche (1885), sorte de testament ou de rosaire poétique, foisonnant d'images, de symboles, de visions, d'allusions bibliques, de rêves... qui, pareil à un chapelet, dévide toute la gamme des sentiments de l'homme qui dialoguait avec les anges. Mais jamais Riel n'apparaît aussi bouleversant d'humanité que dans le Journal de Regina (1885), écrit en prison, où l'on voit un homme-enfant désespéré lutter jour après jour contre la peur de la mort et implorer le Ciel à son secours. L'écrivain manitobain Rossel Vien (1929-1992) le fera connaître au public en 1962 (Journal de Prison).

Le 16 novembre 1885, l'exécution de Riel laisse son œuvre inachevée. Massinahican (1880-1881) - mot d'origine crie signifiant « Le Livre » -, sorte de bible « métissée » et de mythologie indienne, écrite « sous inspiration divine », réunissait la somme de ses croyances, de ses pensées religieuses, politiques, philosophiques, et proposait une nouvelle cosmogonie qui n'eût pas manqué de lui attirer les foudres de l'Église; seuls quelques fragments sont parvenus jusqu'à nous.

Auteur Ismène Toussaint


Bibliographie
P. Charlebois, The Life of Louis Riel (1975); W.M. Davidson, Louis Riel (1955); T.E. Flanagan, Louis "David" Riel: Prophet of the New World (1979) et Riel and the Rebellion, 1885 Reconsidered (1983); George F.G. Stanley et coll., éd., Les Éditions complètes de Louis Riel/The Collected Works of Louis Riel (5 vol., 1985); J.K. Howard, Strange Empire (1952); George F.G. Stanley, Louis Riel (1963); Thomas Flanagan ed., The Diaries of Louis Riel (1976); Jean Morrisset (transl), Louis Riel: poèmes amériquains (1997) ; Gilles Martel, et al, Louis Riel, poésies de jeunesse (1977) ; Glen Campbell ed, The Selected Poetry of Louis Riel (1993) ; Saskatchewan Archives Board, Riel's 1885 Diary (1985).


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Louis Riel
Voir la Patrimoine Minute sur le chef métis légendaire Louis Riel de l'Institut Historica-Dominion. Voir aussi les ressources pédagogiques en ligne.

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Lieu historique national de la Maison-Riel
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Lieu historique national du Canada du Batoche
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