Né de parents paysans, il fréquente l'école du village et fait ses études classiques au séminaire de Sainte-Thérèse. Son éducation très religieuse, tant à la maison qu'à l'école, le conduit à la prêtrise et à l'enseignement. En qualité d'étudiant, puis de prêtre, il enseigne la littérature et l'histoire au collège de Valleyfield (aujourd'hui, Salaberry-de-Valleyfield) de 1900 à 1915. Il s'interrompt de 1906 à 1909 afin de poursuivre des études supérieures en théologie et en linguistique en Europe.
De grands idéaux religieux et sociaux
Durant ses premières années d'enseignement, Groulx développe les deux passions de sa vie : son engagement envers les jeunes et l'étude de l'histoire. Il crée l'Association catholique de la jeunesse canadienne-française, un organisme provincial regroupant des étudiants dans toute la province, qui incite ses membres à cultiver et à mettre en pratique de grands idéaux religieux et sociaux. Historien autodidacte, il tire des enseignements du passé pour ses étudiants et met au point un cours et un livre d'histoire du Canada. Inspiré par François-Xavier GARNEAU, pour qui la CONQUÊTE est un désastre et l'histoire une lutte, il se penche plus particulièrement sur la période qui suit la conquête (voir HISTORIOGRAPHIE). Il est difficile de comprendre combien cette approche est nouvelle. En effet, elle remet complètement en question la conviction selon laquelle la présence anglaise au Québec est bénéfique et la soumission des Canadiens français naturelle. En 1915, Groulx est nommé titulaire de la première chaire d'histoire du Canada à l'U. de Montréal, poste qu'il occupe jusqu'en 1949.
Philosophie nationaliste
Groulx voit la politique avec les yeux d'Henri Bourassa. La QUESTION DES ÉCOLES DE L'ONTARIO et la participation du Canada à la Première Guerre mondiale le rendent amère et malheureux. Avec des amis de la Ligue des droits du français, il se préoccupe de l'affaiblissement du statut de la langue française dans le monde florissant du commerce et de l'industrie. Dans ses cours d'histoire, publiés annuellement de 1916 à 1921, il continue de s'attaquer à l'inconnu et aux idées préconçues. En 1917, l'année de la CONSCRIPTION, ses leçons d'histoire attaquent la Confédération. De 1920 à 1928, il dirige une revue mensuelle, l'ACTION FRANÇAISE, et anime le mouvement nationaliste du même nom. Dans l'Action française, Groulx revient sans cesse sur la question de la survie du français et du catholicisme dans un environnement urbain et industriel anglo-saxon. Il caresse même l'idée d'un État autonome pour le Canada français. Il prend soin d'éviter le mot SÉPARATISME et nie toute sa vie l'avoir préconisé. L'idée y est néanmoins, ne serait-ce que comme idéal. Les Canadiens français pourraient organiser à leur façon les volets sociaux, économiques et politiques de leur existence, en puisant leur inspiration et leur génie dans leur religion, leur passé et leur culture.
Groulx nourrit cet idéal tout au long des épisodes les plus sombres de l'histoire du Québec moderne. Pendant la Crise des années 30, il s'engage dans une autre organisation nationaliste, l'ACTION NATIONALE, selon laquelle la crise résulte d'une industrialisation excessive encouragée par les capitalistes américains et soutenue par un gouvernement provincial par trop généreux. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, Groulx blâme ouvertement les Canadiens anglophones de diviser le pays sur la question de la conscription. Mais il est en général plus sévère à l'endroit de ses compatriotes Canadiens français, qu'il pousse à réclamer les mêmes droits et le même statut que les Canadiens anglais. Dans les années 50, il reproche à la nouvelle génération de vouloir se débarrasser de son héritage religieux.
Groulx perd sa prudence d'homme d'Église
Alors que le Québec est de plus en plus séculier, Groulx insiste sur cet héritage dans son oeuvre majeure Histoire du Canada français (1950-1951) et dans la revue d'histoire qu'il fonde en 1947 et dirige pendant 20 ans : la REVUE D'HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE FRANÇAISE. Il partage toutefois avec la jeune génération son dégoût pour Maurice DUPLESSIS et son enthousiasme pour les débuts de la RÉVOLUTION TRANQUILLE. Groulx s'affranchit de sa prudence d'homme d'Église le temps de voter aux élections de 1962, dont l'enjeu est la nationalisation de l'électricité. Le petit peuple prend enfin en main une part de son destin.
Il conserve sa ferveur jusqu'au jour de sa mort. Deux semaines avant son décès, il discute encore d'histoire au pavillon de la Jeunesse d'Expo 67 et, le jour même de sa mort, a lieu le lancement du dernier de ses 30 ouvrages, au titre significatif : Constantes de vie.
Auteur SUSAN MANN TROFIMENKOFF
Bibliographie
Lionel Groulx, Mes mémoires (1970-74), et Abbé Groulx: Variations on a Nationalist Theme, éd. Susan Mann Trofimenkoff (1973); Susan Mann Trofimenkoff, Action française: French Canadian Nationalism in the 1920s (1975), et Visions nationales : une histoire du Québec(1986).


Le récit de la fondation de Montréal est peut-être unique dans l'histoire....
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