Joseph-Adélard Godbout


Godbout, Joseph-Adélard
Adélard Godbout, premier ministre du Québec (1936, 1939-1944), (Saint-Éloi, Qc, 24 sept. 1892-18 sept. 1956). Après ses études classiques au collège de Rimouski, ses brillantes études en agronomie à l'U. Laval lui valent d'être embauché dans cette institution comme professeur. Il se perfectionne à Amherst (Mass.), puis s'adonne à l'enseignement (1918-1930). Ses préoccupations professionnelles l'amènent à gérer l'exposition annuelle de chevaux à Sainte-Anne-de-la-Pocatière, à jouer le rôle d'agronome dans L'Islet et à conseiller des cultivateurs pour la formation de troupeaux de race. Il participe également à la vie politique locale, en particulier lorsque son père devient député (1921-1923). Le Premier ministre et chef du Parti libéral Louis-Alexandre TASCHEREAU apprécie le jeune politicien et le fait élire député de L'Islet en 1929. L'année suivante, Godbout devient ministre de l'Agriculture. À 38 ans, il est le plus jeune membre du cabinet. Après l'élection générale de 1931, le parti ministériel décline et, en 1934, de jeunes libéraux éminents fondent un nouveau parti, l'ACTION LIBÉRALE NATIONALE. Ils firent élire 26 députés en 1935. La session qui suivit fut désastreuse pour les libéraux. Des scandales éclatèrent. En juin, Taschereau démissionnait. Godbout fut élu à l'unanimité chef du parti libéral.

DUPLESSIS remporte toutefois les élections de l'été 1936. Godbout, défait dans son comté, consacre les années 1936-1939 à réorganiser son parti. De son côté, Duplessis s'aliène les travailleurs syndiqués et provoque la bisbille dans son parti en ne réalisant pas certaines promesses concernant l'électricité. La Seconde guerre mondiale ayant éclaté et le Canada s'y étant engagé, Duplessis profite de la conjoncture pour lancer, à l'improviste, une élection générale qu'il perd.

Au pouvoir, Godbout va accomplir une uvre impressionnante. D'abord, malgré l'opposition ouverte du cardinal Villeneuve, il accorde le droit de vote et d'éligibilité aux femmes, droits qu'elles réclamaient depuis 20 ans et qu'elles exerçaient sur la scène fédérale et dans les autres provinces. Godbout s'attaque également au problème de la fréquentation scolaire. Une loi sur l'instruction obligatoire menaçait de soulever l'opposition du clergé catholique. Aussi, son gouvernement fit obstacle à ce danger par une enquête qui révéla un abandon scolaire massif après la quatrième année primaire. Devant cette situation, le clergé accepta que le gouvernement impose la fréquentation scolaire jusqu'à l'âge de 14 ans.

Un autre problème se pose chez les travailleurs syndiqués: les patrons ne sont pas tenus de négocier avec le syndicat majoritaire. Aussi, en 1943, dans les papeteries du Price Brothers à Kénogami et Alma, les syndicats catholiques frustrés déclenchent une grève générale sur ce problème. Une commission d'enquête instituée par Godbout conclut à l'absence de liberté syndicale. Le gouvernement oblige les patrons à négocier avec le syndicat majoritaire.

Depuis plus de dix ans, des apôtres de la municipalisation de l'électricité et de la création d'une entreprise hydroélectrique d'État faisaient campagne pour déplorer notamment les tarifs élevés, l'électrification déficiente des régions rurales et l'absence des francophones dans les cadres supérieurs des entreprises. Dès 1940, Godbout dénonce la situation. En 1944, après étude, il étatise la puissante Montreal Light Heat and Power et sa filiale, la Beauharnois Power. Il crée l'Hydro-Québec, pour administrer ces entreprises et vote dix millions de dollars pour l'électrification rurale, ce qui provoque l'ire des financiers anglophones. L'entreprise d'État grandit et bâtit de nouvelles centrales. À l'heure de la RÉVOLUTION TRANQUILLE, en 1960, elle valait un milliard de dollars.

Dans ses relations avec Ottawa, Godbout permit au fédéral d'amender la constitution et d'établir l'assurance-chômage réclamée par les syndiqués depuis le début du siècle et suggérée par la Commission des affaires sociales de Québec au début des années 30.

Ses troupes sont défaites contre l'UNION NATIONALE de Duplessis en 1944 et il quitte la politique provinciale après l'élection en 1948. En 1950, il devient sénateur. Par la suite, il participera peu à la vie politique. Il décède accidentellement le 18 septembre 1956.

Auteur Jean-Guy Genest

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