Smallwood, Joseph Roberts
Joseph Roberts Smallwood, journaliste, homme politique et premier ministre de Terre-Neuve de 1949 à 1972 (Gambo, T.-N., 24 déc. 1900 -- St. John's, 17 déc. 1991). Jeune homme brillant, il devient journaliste et couvre les vols transatlantiques de 1919. À New York, il travaille de 1920 à 1925 pour un quotidien de gauche, fait campagne pour le Parti progressiste et, par la suite, se définit comme « socialiste ».

De retour à Terre-Neuve, il devient organisateur syndical, présentateur radiophonique et candidat défait aux élections de 1932. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il gère une porcherie à la base aérienne de GANDER. En politique, la chance lui sourit quand le nouveau gouvernement travailliste d'Angleterre annonce que les Terre-Neuviens, alors dirigés par une COMMISSION DE GOUVERNEMENT dont les membres sont nommés, pourront élire des représentants à une convention. Celle-ci conseillera le gouvernement sur le choix à présenter aux électeurs dans un référendum sur leur avenir politique. Smallwood, partisan de la CONFÉDÉRATION avec le Canada, est élu à la convention en 1946.

Au cours des trois années suivantes, il démontre toute sa volonté, son courage, son ardeur et sa maîtrise de la propagande populiste, qui font de lui l'un des politiciens les plus remarquables de son époque. En dépit de l'opposition des grands commerçants de St. John's, qui l'accusent de trahir Terre-Neuve en soutenant qu'elle ne doit pas demeurer indépendante, il domine les débats de la convention où, dans son plus beau discours, il énonce la dure vérité aux Terre-Neuviens : « Nous ne sommes pas une nation. Nous sommes une municipalité de taille moyenne [...] laissée loin derrière dans la marche du temps. »

Le 22 juillet 1948, il gagne le second de deux référendums âprement disputés et aux résultats serrés, en faisant miroiter les allocations familiales (octroyées au sein de la Fédération canadienne), un revenu garanti fort apprécié par bon nombre de Terre-Neuviens. Il est nommé premier ministre du gouvernement intérimaire le 1er avril 1949, est élu chef du Parti libéral, gagne les premières élections provinciales en mai 1949 et demeure incontesté pendant 20 ans.

Ses premières années au pouvoir alternent entre la farce et la tragédie. Une tentative d'industrialisation forcée se termine par la banqueroute de la plupart de ses usines de fabrication et par l'emprisonnement pour malversation de son conseiller économique, le mystérieux Latvian Alfred A. Valdmanis. La tragédie a lieu en mars 1959 dans la petite ville de Badger, où les bûcherons en grève affrontent la police. Dans la mêlée, un membre de la force constabulaire de Terre-Neuve meurt après avoir été matraqué. Smallwood, qui s'était opposé à la grève et avait révoqué l'accréditation du syndicat quelques jours plus tôt, en fait un martyr.

Smallwood n'est plus socialiste, sauf dans sa rhétorique, et fraie désormais avec des magnats de l'industrie tels que John C. Doyle et John Shaheen. Il se consacre à de grandes entreprises industrielles comme le projet hydroélectrique des CHUTES CHURCHILL et encourage les Terre-Neuviens à quitter les petits ports isolés au profit de nouvelles communautés de « réinstallation ». Il reste au pouvoir durant toutes les années 60 parce qu'il bénéficie, de même que les Terre-Neuviens, de la prodigalité des nouveaux plans de dépenses fédérales.

Le progrès cause sa perte à mesure que la nouvelle génération, éduquée et relativement aisée, atteint la majorité. Au congrès à la direction du Parti libéral en 1969, il surmonte la première tentative visant à le destituer, en l'emportant sur le candidat rebelle, le ministre John CROSBIE. Cependant, aux élections d'octobre 1971, les conservateurs, dirigés par Frank MOORES, remportent 21 sièges, Smallwood 20 et le New Labrador Party un. Au bout de trois mois de tensions et d'intrigues, il démissionne le 18 janvier 1972.

Fidèle à lui-même, il refuse de jeter l'éponge. En 1974, il tente en effet de reprendre la direction du Parti libéral et de former un nouveau parti, le Liberal Reform Party. Ce n'est qu'après l'échec de ses deux tentatives qu'il se résigne à se retirer de la politique. Il démissionne comme député en 1977 pour entrer dans son nouveau rôle de vétéran de la politique et retourner à l'écriture, commençant la rédaction de l'Encyclopedia of Newfoundland and Labrador en cinq volumes (vol. 1, 1981; vol. 2, 1984). Les trois derniers volumes ont été publiés après son décès par la Joseph R. Smallwood Heritage Foundation Inc. (vol. 3, 1991; vol. 4, 1993; vol. 5, 1994). Il est fait Compagnon de l'Ordre du Canada en 1986.


Smallwood, Joseph (extrait vidéo)
L'ancien premier ministre de Terre-Neuve, Joey Smallwood, décrit son patriotisme au cours d'un épisode de la série « Telescope » intitulé « What Canada Means to Me », présentée au réseau anglais de Radio-Canada, le 1er juillet 1963 (avec la permission du réseau de télévision de la Société Radio-Canada).
Joseph Smallwood
Joseph Smallwood
Smallwood signant l'entente qui fait entrer Terre-Neuve au sein du Canada (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/PA-1280).

Auteur RICHARD J. GWYN


Bibliographie
Richard J. Gwyn, Smallwood: the Unlikely Revolutionary (1968).


Liens supplémentaires
Joseph (« Joey ») Smallwood
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