Nommés autrefois Montagnais et Naskapi, les Innus sont un groupe indien d'Amérique du Nord vivant au Québec et à Terre-Neuve-et-Labrador. Leur population totale est de plus de 10 600 personnes (recensement de 2006), dont 80 % vivent au Québec dans les communautés de Betsiamites, Kawawachikamach, La Romaine, Les Escoumins, Maliotenam, Mashteuiatsh, Mingan, Natashquan, Pakuashipi (Sainte-Augustine), Schefferville, Uashat (Sept-Îles). Les deux plus grandes communautés du Labrador sont celles de Mushuau Innu à Natuashish et de Sheshatshiu Innu à Sheshatshiu. En 1976, les Innus forment une alliance politique sous le nom de Naskapi-Montagnais-Innu Association pour négocier les revendications territoriales, l'éducation, les soins de santé et d'autres services sociaux. En 1990, ils choisissent de se nommer la « Nation innue ».

Le terme « Innu » (personne), dans leur langue « Innu-aimun », est le nom par lequel ils se désignent, bien qu'ils soient communément connus des non-Innus sous le nom de « Montagnais » (peuple des montagnes) et de « Naskapis » (origine incertaine). Ces termes sont apparus pour la première fois dans les écrits des missionnaires au 17e siècle. Au fil des ans, les deux termes sont utilisés pour désigner différents groupes. À la fin du 19ee, le nom « Naskapi » prend la connotation de groupe non christianisé du Grand-Nord (le terme autochtone est « Mushuau Innuts » ou « peuple de la toundra »), alors que « Montagnais » est surtout utilisé pour les Innus de la forêt.

Manteau d'été du chasseur
Manteau d'été du chasseur
Manteau d'été fait de peau, porté par les chasseurs naskapis des terres intérieures de la péninsule Québec-Labrador (avec la permission des Archives nationales du Québec).
Naskapi, manteau
Naskapi, manteau
Le style élaboré de ce manteau reflète l'influence des textiles européens (avec la permission du Pitt Rivers Museum de Oxford).


Histoire
Les Innus descendent des populations venues s'installer au Québec et au Labrador il y a des milliers d'années. Même s'ils ont un moment combattu les INUITS, les IROQUOIS, les MICMACS et les ABÉNAKIS, ils n'étaient pas des guerriers. Leur relative hostilité était, du moins en partie, due à leur contact avec les Européens. Dans la région de TADOUSSAC, ils jouent un rôle important au début de l'histoire canadienne comme alliés militaires des Français dans leurs guerres contre les Britanniques et leurs alliés autochtones (voir GUERRES IROQUOISES). En 1608, CHAMPLAIN forme une alliance avec un groupe. Les Innus créent l'une des premières réserves de chasse et tentent, pendant quelques années, de garder les Européens, comme les autres groupes autochtones, loin de leur territoire.

Huttes à perches faîtières
Huttes à perches faîtières
Ces huttes construites par la population subarctique sont rapidement assemblées grâce à des perches faîtières sur lesquelles on tend de l'écorce ou des peaux (oeuvre de Gordon Miller).
Pendant deux siècles, la TRAITE DES FOURRURES est au centre de leurs rapports avec les Européens. Le commerce dans les postes de traite du Saint-Laurent est un monopole qui appartient à la Couronne, au départ à celle de la France, puis plus tard, à celle de la Grande-Bretagne. On l'accorde ensuite à des commerçants privés. Au milieu des années 1800, la plupart des secteurs subissent un piégeage excessif et les Innus du sud ont besoin de l'aide des missions et du gouvernement pour survivre. Bientôt, l'exploitation forestière commerciale vient accroître leurs difficultés. En outre, on les exclut des rivières à saumon, qui sont louées à des clubs et à des particuliers.

Avant le 19e siècle, la plupart des contacts entre le sous-groupe Innu Mushuau du Nord et les Européens sont indirects, limités à des échanges commerciaux par l'entremise des groupes CRIS voisins et des Innus du Sud. La subsistance de ces autochtones dépend alors des déplacements du CARIBOU de la toundra. Il existe un chef spécial pour la chasse au caribou (Atik Utshimau), mais son autorité ne dure que le temps de la chasse. À compter de 1830, la COMPAGNIE DE LA BAIE D'HUDSON ouvre des postes de traite dans cette région nordique qui, au départ, sont approvisionnés par Fort Chimo puis à partir de North West River au Labrador. La traite des fourrures a des effets désastreux, car le piégeage ne cadre pas avec l'aspect nomade de la chasse au caribou.

Comme dans beaucoup de Premières Nations aux premiers temps des contacts avec les Européens, les maladies telles que la variole, la grippe, la tuberculose, la syphilis, la scarlatine, la coqueluche et les oreillons font des ravages parmi la population innue. Et un grand nombre d'Innus sont morts de faim. Vers les années 1950, on trouve encore un groupe nomade de la toundra qui commerce à Fort Chimo. Les membres de ce groupe sont malades et affamés, et le gouvernement finit par les convaincre de s'établir à la nouvelle ville minière de SCHEFFERVILLE (QC).


Culture traditionnelle et vie contemporaine
Malgré les pressions exercées sur les Innus pour qu'ils renoncent à la vie nomade, certains d'entre eux passent encore une partie de l'hiver à chasser et, aujourd'hui, la pêche et la chasse demeurent des activités importantes pour eux. Ils chassent le caribou (à l'est et au nord), l'orignal (à l'ouest), le castor et l'ours, et pêchent les poissons d'eau douce et le saumon. À l'origine, ils se déplacent en CANOT D'ÉCORCE l'été et en RAQUETTES et en TOBOGGAN l'hiver, qu'ils ont aujourd'hui remplacé par des véhicules tout terrain et des MOTONEIGES.

Selon les techniques de chasse traditionnelles, chaque partie du caribou est utilisée : la peau, par exemple, est décorée de dessins peints ou de plumes et sert à fabriquer divers vêtements ainsi que des tambours qui accompagnent les chants sacrés. On croit que l'omoplate d'un caribou, brûlée lors d'un rituel précédant la chasse, permet de savoir où se trouve le gibier. Ainsi, la croyance aux esprits des animaux joue un rôle majeur dans la chasse. Le statut d'une personne est acquis principalement par sa capacité à offrir de la viande aux autres membres du groupe. Après la chasse, il y a un festin cérémonial de la moelle d'os et de la graisse du caribou, le « makushan ». Pendant la fête, on chante des chansons dédiées aux esprits des animaux et on joue du tambour. Les légendes et les chansons sont les principaux véhicules de la religion ancestrale. La langue des Innus, l'Innu-aimun, fait partie de la famille linguistique algonquienne et est l'une des premières en Amérique du Nord dans lesquelles des textes chrétiens sont traduits.

Au début des années 1970, les Innus se dotent d'organisations politiques : le Conseil Attikameg-Montagnais au Québec, la Naskapi-Montagnais-Innu Association au Labrador. En 1975, la Nation innue est exclue de l'entente de principe devant mener à la CONVENTION DE LA BAIE JAMES, mais négocie une entente distincte lui permettant d'obtenir un nouveau village, Kawawachikamach. Aujourd'hui, les Innus du Labrador sont représentés par la Nation innue, alors que ceux du Québec le sont par la Mamuitun et la Mammit Innuat. Ces groupes font pression sur le gouvernement pour qu'il règle leurs REVENDICATIONS TERRITORIALES et les protège contre les effets de l'exploitation forestière, des barrages hydroélectriques, des constructions de routes, des vols militaires à basse altitude et de l'exploitation minière, comme celle de Voisey's Bay (Labrador).

Les communautés isolées connaissent des taux élevés d'alcoolisme, d'abus de drogues et de suicide. En 1993, les Innus de Davis Inlet (Utshimassits) attirent l'attention de la presse mondiale sur le problème d'inhalation massive d'essence. Les enfants touchés par ce phénomène se rétablissent, mais l'incident finit par représenter les conditions de vie des communautés autochtones au Canada. En 2001, le gouvernement du Canada, celui de Terre-Neuve-et-Labrador et les Innus du Labrador élaborent une stratégie innue globale visant à régler certains problèmes des communautés innues. Un an plus tard, 680 personnes de Davis Inlet sont déplacées à Natuashish, à l'ouest de la communauté originale. Et les résidents de cette localité votent, en 2008, l'interdiction de l'alcool dans leur réserve.

En 2002, la Nation innue parvient à faire accorder à ses membres, par le gouvernement fédéral, le statut d'Indiens inscrits, leur permettant ainsi d'avoir accès aux divers programmes et services découlant de la LOI SUR LES INDIENS. Les communautés de Natuashish et de Sheshatshiu, situées toutes deux à Terre-Neuve-et-Labrador, obtiennent le statut de réserve en 2003 et en 2006 respectivement.

Récemment, de nouvelles formes d'expression artistique apparaissent, comme la parution des livres de la première écrivaine montagnaise, An Antane Kapesh, et les disques en langue innue enregistrés par le groupe très populaire Kashtin, ce qui montre que la culture continue de s'adapter.

Voir aussi AUTOCHTONES : LA RÉGION SUBARCTIQUE et des articles généraux à la rubrique AUTOCHTONES.

Auteur ADRIAN TANNER


Bibliographie
P. Armitage, The Innu (Montagnais-Naskapi) (1991); G. Henriksen, Hunters in the Barrens: The Naskapi on the Edge of the White Man's World (1973); An Antane Kapesh, Eukuan Nin Matshimanitu Innu-Iskueu [Je suis une maudite sauvagesse] (en montagnais et en français; 1976); F. G. Speck, Naskapi, the Savage Hunters of the Labrador Peninsula (1977); Marie Wadden, Nitassinan: The Innu Struggle to Reclaim Their Homeland (1991).


Liens supplémentaires
Le Concours canadien de rédaction pour Autochtones
Site Web du Concours canadien de rédaction & d’arts pour Autochtones. Par l'Institut Historica-Dominion.

Tipatshimuna
Découvrez le patrimoine et les traditions des Innus à travers leurs histories et leur culture matérielle. Par le Musée virtuel du Canada.

Danses Indigènes
Le projet internet Danses Indigènes est un vaste dialogue sur la culture, l'histoire et les connaissances traditionnelles des Autochtones.

Lexique naskapi
La base de données Lexique naskapi permet aux utilisateurs de consulter un dictionnaire trilingue de termes traduits en naskapi, en anglais et en français. Un site Web de Bibliothèque et Archives Canada.

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