Les débuts : de 1500 à 1763
Au XVIe siècle, les Européens - Anglais, Français, Espagnols, Portugais et Basques - commencent à pêcher au large de Terre-Neuve. La MORUE, abondante et facile à prendre, est la denrée la plus précieuse. Salée ou séchée, elle peut être transportée sur de longues distances et être conservée pendant plusieurs mois. Les pêcheurs arrivent au printemps et repartent tôt à l'automne. Ils pêchent directement du bateau, à l'aide de lignes et d'hameçons. Certains Européens, particulièrement les Basques, pêchent également les BALEINES, qui se raréfient rapidement.
Vers la fin du XVIe siècle, Anglais et Français rivalisent. La pêche favorise la croissance de leurs empires parce que la pêche, la construction navale, le transport maritime et le commerce s'appuient économiquement les uns les autres. Les pêcheurs anglais concentrent d'abord leur activité dans des campements de pêche semi-permanents établis dans des havres protégés de la côte sud-est de Terre-Neuve. Le capitaine du premier bateau arrivé au port devient l'AMIRAL DE LA PÊCHE et dirige le campement. Ils pêchent le poisson près de la rive dans de petites embarcations qu'ils apportent d'Angleterre. La prise du jour est déchargée directement sur le quai (stage), où on vide, coupe et sale légèrement le poisson. Il est ensuite séché sur des étendoirs à claire-voie permettant la libre circulation maximale de l'air (flakes). Ce traitement, nommé sécherie (voir PÊCHE « SÈCHE »), produit une morue séchée à cœur qui se prête bien au commerce avec des marchés éloignés et devient, pour l'Angleterre, le fondement de ses revendications territoriales à Terre-Neuve. Au XVIIe siècle, des navires de pêche britanniques commencent à emmener des passagers qui pêchent dans de petites embarcations à Terre-Neuve (voir BYE-BOAT) et qui s'y établissent ou retournent en Europe. Certains navires britanniques rapportent du poisson traité par les colons (appelés PLANTERS à Terre-Neuve). Au fil du temps, d'autres navires apportent des marchandises plutôt que des pêcheurs et repartent avec du poisson salé. La technologie basée sur les flakes exige beaucoup d'espace sur la côte; cette exigence et la distribution naturelle du poisson encourageraient, au fil du temps, une chaîne de villages tout le long de la côte de l'Atlantique.
De leur côté, les pêcheurs français, en provenance de ports de diverses régions, ne pêchent pas seulement le long de la côte, mais aussi, plus souvent que les Anglais, au large des GRANDS BANCS DE TERRE-NEUVE et dans d'autres bancs. Ils disposent de plus grandes quantités de sel que les Anglais et la plupart d'entre eux traitent leurs prises à bord de leurs bateaux. Ce poisson salé « en vert » (voir PÊCHE « VERTE ») se conserve moins longtemps et supporte donc moins bien les voyages sur de longues distances, mais cette méthode de traitement permet aux pêcheurs français de livrer le poisson sur les marchés plus rapidement que les Anglais et de retourner sur les bancs plus d'une fois par saison. Après que les Anglais ont délogé les Français de la presqu'île Avalon, PLACENTIA, à Terre-Neuve, sert de port d'attache aux Français jusqu'au TRAITÉ D'UTRECHT, en 1713, en vertu duquel ils renoncent à leurs revendications territoriales à Terre-Neuve et dans la partie continentale de la Nouvelle-Écosse. Les pêcheurs français se dispersent alors davantage, certains vers le Cap-Breton et d'autres régions. Ils perdent le Cap-Breton lors de la chute de la Nouvelle-France en vertu du TRAITÉ DE PARIS (1763), mais ils peuvent continuer à pêcher sur la côte ouest et sur une partie de la côte nord-est de Terre-Neuve (voir CÔTE FRANÇAISE).
Entre-temps, les pêcheurs de la Nouvelle-Angleterre développent la pêche en Nouvelle-Écosse et dans la baie de Fundy. La présence des Britanniques dans ces régions augmente après 1750 environ, et ils se répandent ailleurs après 1763. Si on s'intéresse de plus en plus au SAUMON et à d'autres espèces dans les régions de l'Atlantique, la morue domine encore le marché. Vers la fin des années 1700, la chasse au MORSE dans le golfe du Saint-Laurent disparaît pratiquement sous la pression continue des navires de la Nouvelle-Angleterre.
De 1763 à 1867
Parallèlement à la pêche dans de petites embarcations, on construit une grande flotte de goélettes pour la pêche dans l'Atlantique du Nord-Ouest, l'impulsion initiale provenant de la Nouvelle-Angleterre. Les goélettes (vaisseaux à deux mâts comme le BLUENOSE) longent la côte à la recherche de morue, de flétan, d'aiglefin et de maquereau. Au milieu du XIXe siècle, les goélettes élargissent leur rayon d'action en transportant des doris pour envoyer les pêcheurs à la mer. Elles permettent une meilleure pêche avec des palangres, une innovation des Français; il s'agit de longues lignes de fond qui sont ancrées près du fond auxquelles pendent de nombreuses cordelettes munies d'hameçons. Cette innovation multiplie le nombre d'hameçons dans l'eau. Les pêcheurs partent dans ces petits bateaux à rames et ramènent les poissons à bord des goélettes, où ils sont tranchés à plat et salés.
Une grande flotte de goélettes, particulièrement des goélettes américaines, pêche sur les bancs du large et dans le golfe du Saint-Laurent. Des navires de la Nouvelle-Angleterre, des Maritimes et du Québec se joignent à la flotte grandissante de goélettes de Terre-Neuve qui pêchent à Terre-Neuve et sur la côte du Labrador. Au Labrador, les liveyers (« habitants d'ici ») sont des résidents permanents, des floaters qui se déplacent le long de la côte, et les stationers dressent des campements de pêche sur la côte où ils salent le poisson. Depuis les années 1700, les goélettes de la baie de la Conception, suivies par d'autres, se lancent aussi dans la chasse au phoque, facteur important de la croissance de Terre-Neuve.
La GUERRE DE L'INDÉPENDANCE AMÉRICAINE et les GUERRES NAPOLÉONIENNES accroissent la dépendance de l'Angleterre à l'égard du poisson et du bois de l'Amérique du Nord britannique. La pêche, l'industrie du bois et le commerce s'appuient mutuellement, et ces activités fortifient si bien l'économie de la côte de l'Atlantique que, même aujourd'hui, on considère cette période comme un âge d'or. Il semble cependant que la plupart des pêcheurs aient été pauvres. La majorité d'entre eux ont de petites embarcations au lieu de goélettes, et beaucoup, surtout dans les régions plus au sud, vivent à la fois de la pêche et du transport maritime. Le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse et les côtes de la baie de Fundy au Nouveau-Brunswick sont au premier rang des régions de pêche de l'Atlantique en raison de leurs atouts : une bonne réserve de bois et un commerce vigoureux, une abondance de poissons, une bonne variété d'espèces, une longue saison de pêche sans glace, la proximité des marchés américains et antillais et des emplois de substitution aux États-Unis. Pendant la Guerre de l'Indépendance américaine, lors des conflits suivants et pendant la guerre de 1812, des désaccords dans le domaine de la pêche interviennent avec les Américains. Ils ne sont résolus qu'en partie par la CONVENTION DE 1818 en vertu de laquelle les pêcheurs de la Nouvelle-Angleterre ne peuvent, en général, utiliser les eaux de l'Amérique du Nord britannique qu'à des fins de mouillage et de réparation ou pour s'approvisionner en bois et en eau. Cependant, les Américains peuvent pêcher à l'intérieur de la zone de trois milles aux ÎLES DE LA MADELEINE, au sud-ouest et à l'ouest de Terre-Neuve et au Labrador, à l'est de Natashquan environ. En outre, ils peuvent sécher leurs poissons sur les rives du Labrador et des baies non colonisées de la côte sud-ouest de Terre-Neuve. De 1854 à 1866, un traité de RÉCIPROCITÉ conclu avec les États-Unis permet aux pêcheurs relevant de chaque territoire de pêcher dans les eaux territoriales de l'autre pays et prévoit une certaine mesure de libre-échange pour l'économie générale. Le traité favorise l'économie nord-américaine britannique. La fin de la réciprocité coïncide avec une période de misère économique pour les pêcheurs dans les eaux côtières.
De la Confédération à la Première Guerre mondiale (1867 à 1918)
La Confédération de 1867 confère au gouvernement fédéral la compétence sur la pêche et permet de mettre en place le ministère des Pêches et des Océans. Lors de conflits de pêche survenus après le Traité de réciprocité, les autorités canadiennes confisquent plusieurs navires américains. On règle le conflit par le TRAITÉ DE WASHINGTON (1871) qui restaure la pêche libre et le libre-échange pour les pêcheries seulement, et selon des dispositions supplémentaires, consolide le statut du Canada comme nation indépendante. En 1885, les États-Unis abrogent les dispositions concernant la pêche qui figurent dans le traité. Le Canada augmente encore une fois sa flotte de patrouilles alors que plusieurs incidents se produisent, jusqu'à ce qu'un accord préliminaire permette un accès limité aux Américains dans les ports canadiens à des fins de ravitaillement en carburant ou autres, bien que cet accès ne soit pas autorisé pour la pêche dans un rayon de trois milles. Dans le Pacifique, les conflits entre les chasseurs de phoque américains et canadiens dans la mer de Béring sont réglés par un tribunal international en 1893 et un accord international (voir BÉRING, CONTROVERSE DE LA MER DE). À Terre-Neuve, où les navires de pêche étrangers achètent des appâts de pêcheurs locaux, les autorités coloniales adoptent les LOIS SUR LES APPÂTS dans une tentative de contrôler le commerce. Terre-Neuve, grâce à ses efforts obstinés et en partie fructueux pour réglementer les pêcheurs étrangers, gagne davantage le respect des États-Unis et du Canada et devient plus indépendante à l'égard de l'Angleterre (voir BOND-BLAINE, ACCORD).
Avant la Confédération, les lois dans la province du Canada comprennent un système de permis restrictif conçu principalement en vue de protéger la propriété privée des postes de pêche au saumon. Reflétées dans la Loi des pêcheries de 1868, ce pouvoir offre le potentiel d'équilibrer l'effort de pêche avec une abondance de ressources. Mais, à la fin du XIXe siècle, les décisions du COMITÉ JUDICIAIRE DU CONSEIL PRIVÉ de Londres affaiblissent l'autorité du gouvernement fédéral sur les pêches de poissons d'eau douce au profit des provinces. Il en résulte un relâchement dans les procédures d'octroi des permis de pêche en eau douce. Dans les pêcheries maritimes, les autorités fédérales ne tiennent pas compte en règle générale des permis et laissent les pêcheurs pêcher librement, à l'exception de la pêche au saumon en Colombie-Britannique.
Le Service des pêches cherche à trouver d'autres moyens de conservation. Plusieurs commissions royales d'enquête font valoir le bien-fondé d'une réglementation, et les restrictions qui en découlent portent généralement sur les temps et les saisons de pêche, sur la taille du poisson, sur l'équipement de pêche (par exemple, l'utilisation de la senne coulissante est bannie pendant plusieurs années de la pêche en Atlantique). La Loi des pêcheries prévoit aussi des dispositions interdisant d'introduire dans les eaux des substances nocives pour les poissons. L'octroi des permis, la pollution, ainsi que d'autres clauses de la loi sur les permis demeurent les fondements de la gestion canadienne de la pêche.
Au cours des 50 années suivant la Confédération, le Service des pêches développe un important programme d'écloserie (voir AQUACULTURE). Si les autorités des pêches parlent d'excellents résultats, le succès du programme est minime, et, au milieu des années 1930, la plupart des écloseries sont déjà fermées, particulièrement en Colombie-Britannique. Un certain nombre d'entre elles demeurent sur la Côte est, en grande partie pour approvisionner les rivières pour la pêche sportive. Entre-temps, en 1898, le gouvernement fédéral lance la recherche scientifique en créant la première de plusieurs stations de recherche biologique et technique sous l'autorité de l'Office de biologie du Canada (plus tard, l'OFFICE DES RECHERCHES SUR LES PÊCHERIES).
Immédiatement après la Confédération, les dirigeants des Maritimes essaient de profiter de nouvelles possibilités du côté des chemins de fer et de l'industrie manufacturière et font peu d'efforts pour promouvoir l'économie maritime fondée sur l'exploitation forestière, la pêche et l'exportation, activités qui s'appuient mutuellement. Alors que les industries connexes régressent, quand la Première Guerre mondiale éclate, la pêche est le seul grand secteur d'emplois. Plus de mille communautés dispersées dépendent de la pêche et ont souvent de la difficulté à mener une vie décente. Entre-temps, l'évolution de l'économie, qui est de plus en plus urbaine, industrielle et continentale entraîne des changements dans l'industrie de la pêche côtière. Les bateaux en fer, plus fiables, plus sûrs et plus grands, commencent à remplacer les navires marchands en bois. À Terre-Neuve, les bateaux à voile de la chasse au phoque sont remplacés par des navires à vapeur dans les années 1860, ce qui génère du chômage. Les nouvelles techniques de conserverie favorisent la création de l'industrie de la sardine de la baie de Fundy et une expansion énorme de l'industrie du homard, avec des centaines de petites usines. Pendant la Première Guerre mondiale, les chalutiers (gros bateaux puissants à moteur traînant un grand filet conique sur le fond de l'océan) sont importants pour la pêche du poisson de fond. Les autorités des pêches fédérales leur permettent de pêcher à au moins 12 milles marins au large.
Ailleurs au Canada, au XIXe siècle, la pêche en Ontario dispose de marchés locaux pour le poisson frais et dépend moins de la salaison et de la mise en conserve. La pêche abusive dans les Grands Lacs entraîne une raréfaction des espèces les plus en demande, et celles de moindre valeur les remplacent. En même temps, l'augmentation de la population modifie l'environnement et provoque la disparition, dans le lac Ontario, du SAUMON DE L'ATLANTIQUE. Dans les Provinces des Prairies, la pêche lacustre est d'abord entre les mains de compagnies qui louent de petites embarcations à des pêcheurs, souvent des Autochtones. On développe en même temps une importante pêche d'hiver, dans le cadre de laquelle on tend des filets sous la glace.
Sur la côte du Pacifique, Autochtones, marchands de fourrures et mineurs se nourrissent de poisson salé et séché. Après les années 1870, on construit de nombreuses conserveries de saumon. En raison des techniques de conserverie et des types de colonisation, l'industrie de la pêche de la Colombie-Britannique est beaucoup plus concentrée que celle de l'Atlantique, car, même dans les endroits isolés, l'industrie doit pouvoir rassembler de nombreux travailleurs d'usines à poissons et de nombreux bateaux afin de profiter des migrations saisonnières du SAUMON DU PACIFIQUE. Les chemins de fer assurent à la pêche croissante du saumon et, plus tard, du flétan un moyen de transport vers de plus grands marchés. Pour ce type de pêche, on utilisait au cours des premières années des goélettes, puis des navires à vapeur. Les besoins sans cesse croissants d'appâts encouragent la pêche au hareng qui développe également des marchés alimentaires.
La Première Guerre mondiale interrompt les livraisons de poissons en Europe, entraînant une énorme période de prospérité pour la pêche au Canada. Dans les années 1920, au fur et à mesure que les prix et les revenus augmentent, les moteurs diesel deviennent courants sur les grands navires. Le gouvernement fédéral abandonne le système national de subvention pour le transport du poisson établi avant la guerre. Il semble que la pêche puisse réussir se suffire à elle-même.
Prospérité et Crise des années 30, 1919-1939
Dans les Maritimes, après la Première Guerre mondiale, le poisson de fond salé occupe encore le premier rang, mais le commerce du poisson frais devient plus important qu'auparavant. Les pétoncles et l'espadon sont autant pêchés que le hareng, le homard et d'autres pêches. La pêche de l'Atlantique souffre très tôt de la CRISE DES ANNÉES 30, accélérée par des facteurs technologiques et commerciaux. Tandis que les pêcheurs de Terre-Neuve et du golfe du Saint-Laurent utilisent les bateaux désuets de la Nouvelle-Écosse, les flottes européennes se servent de chalutiers qui sont beaucoup plus fiables. Dans les années 1920, après avoir perdu une partie de son marché aux mains des fournisseurs européens, Terre-Neuve livre une concurrence plus vigoureuse sur les marchés antillais de l'Ouest, traditionnellement approvisionnés par les Maritimes, et provoque une chute des prix. Celle-ci force beaucoup de pêcheurs œuvrant dans d'autres pêcheries à subir une nouvelle chute des prix par un effet de ricochet. Entre-temps, des entreprises de la Nouvelle-Angleterre développent des procédés de filetage et de congélation rapide qui leur permettent de vendre des filets emballés, frais ou congelés, plutôt que du poisson entier, sur de plus vastes marchés.
Les difficultés économiques croissantes suscitent la création d'une commission royale d'enquête, vers 1927, dont les conclusions ont deux effets majeurs. Premièrement, la flotte de chalutiers est réduite à trois ou quatre vaisseaux pendant les années 1930. Cette restriction, doublée du déclin des marchés et des investissements, prolonge le retard technologique existant et freine tout développement pendant plusieurs années. En outre, bien que la flotte de LUNENBERG, en particulier, se lance dans la pêche d'hiver pour alimenter le marché de poisson frais, cette restriction freine aussi la croissance des pêcheries de poisson frais et congelé ainsi que celle de la pêche à longueur d'année.
Deuxièmement, la commission incite le gouvernement fédéral à favoriser la création de coopératives de pêcheurs (voir MOUVEMENT COOPÉRATIF), ce qui entraîne la formation de la United Maritimes Fishermen's Co-operative et de la Coopérative des pêcheurs unis du Québec. Entre-temps, à Terre-Neuve, un remarquable mouvement de pêcheurs voit le jour avant la Première Guerre mondiale, lorsque William COAKER fait de la Fishermen's Protective Union (FPU) une véritable force industrielle et politique. Ses efforts visant à réformer la commercialisation de la pêche échouent cependant, et la FPU disparaît graduellement pendant les années 1930. Les exportateurs de Terre-Neuve demeurent en position de faiblesse et enclins à la destruction plutôt qu'à la concurrence.
Pendant la Crise des années 1930, la pauvreté est courante dans les Maritimes et au Québec, et surtout à Terre-Neuve. La « plus vieille colonie », comme on l'appelle souvent, est confrontée à un effondrement financier au début des années 1930 et perd son autonomie en 1934. Les autorités britanniques désignent une Commission du Gouvernement qui dirige les affaires jusqu'après la Deuxième Guerre mondiale, et prend certaines mesures pour réglementer le commerce d'exportation. Dans les Provinces des Prairies, la surpêche, le trop grand nombre de pêcheurs, le manque d'organisation et une faible commercialisation font de la pêche une industrie instable et à faible revenu. Les gouvernements mettent à l'essai divers plans d'amélioration en instaurant, par exemple, des contingents par bateau et par lac et en limitant les flottes de pêche, mais sans les appliquer de façon rigoureuse et efficace.
En Colombie-Britannique après la Première Guerre mondiale, le fait que les anciens combattants recherchent des emplois met fin à l'« accès limité » (restriction des permis) à la pêche au saumon, au moins pour celui à chair blanche. Les restrictions demeurent en vigueur pendant un certain temps pour les Autochtones et les Canadiens japonais; à cette époque, les pêcheurs de poisson à chair blanche finissent par dominer clairement l'industrie de la pêche. Alors que le filet maillant est encore résistant, la pêche à la senne coulissante et la pêche à la traîne prennent une importance croissante. L'industrie du saumon, qui dispose de plus de 70 usines au début du siècle, commence à se consolider à la fin des années 1920 (comme elle le fait de nouveau dans les années 1950 et à la fin des années 1970). En 1923, le TRAITÉ DU FLÉTAN conclu avec les États-Unis constitue le premier traité signé par le Canada de façon indépendante. Sous l'égide de ce traité, la Commission internationale du flétan du Pacifique, une initiative d'avant-garde dans la gestion internationale, réglemente et améliore la pêche au flétan dans le Pacifique, en partie grâce aux quotas sur la conservation.
La pêche à la senne et la pêche de réduction, qui transforme la chair et les arêtes en engrais ou en farine de poisson, conviennent bien à la pêche à la sardine (SARDINE de Californie) qui se développe à la fin des années 1920 et connaît un accroissement dans les années 1930, mais qui cesse dans les années 1940 après l'épuisement de l'espèce. Les pêcheurs de la Colombie-Britannique s'organisent mieux que leurs confrères de la côte de l'Atlantique, et leurs organisations exercent une grande influence. L'une d'entre elles, la Prince Rupert Fishermen's Association, fondée dans les années 1930, devient l'une des coopératives de pêcheurs connaissant le plus de succès au monde. Elle domine la pêche du nord de la Colombie-Britannique pendant plusieurs décennies.
Entre les guerres, bien que les autorités fédérales appliquent une réglementation continue et poussée relative à la conservation, elles démontrent peu de vigueur et font preuve de peu d'innovation. En 1922, le gouvernement fédéral permet au Québec de gérer la pêche à engin fixe sur son territoire. En 1928, à la suite d'une décision judiciaire, il cède le contrôle des usines de transformation aux provinces et, en 1930, délègue la gestion de la pêche aux Provinces des Prairies et sépare le ministère des Pêcheries de celui de la Marine.
Plus tard dans les années 1930, il crée aussi l'Office canadien du poisson de conserve, chargé de réglementer et de subventionner les exportateurs, un changement dépassé par les événements. Comme la Deuxième Guerre mondiale augmente les prix et les revenus, l'Office disparaît dans le système de contrôle général du temps de guerre. Le ministère des Pêcheries lève l'interdiction sur la pêche à la senne coulissante dans les années 1930, et commence à enlever les restrictions sur les chalutiers, puisque la guerre entraîne une nouvelle priorité sur la productivité et le développement.
L'âge du développement : 1945-1968
Pendant et après la Deuxième Guerre mondiale, les flottes de pêche adoptent de nouvelles technologies (radio, radar, sonar, filets en nylon) et des engins de pêche hydrauliques. Des navires de plus en plus puissants peuvent repérer et attraper plus de poissons et les transporter sur des distances plus longues. Le gouvernement encourage les développements, technologiques et autres. Le gouvernement fédéral distribue des subventions pour soutenir la construction de bateaux pour de nombreux pêcheurs. Il met également sur pied l'Office des prix des produits de la pêche (1947) et, dans les années 1950, étend le programme d'assurance-chômage aux pêcheurs indépendants et celui de prêts et d'assurance des bateaux pour les pêcheurs.
Les explorations mises en œuvre par le gouvernement en matière de ressources ichtyques, notamment par Wilfred Templeman, et les démonstrations de techniques contribuent au démarrage d'un certain nombre de pêches, toutes (à l'exception de la pêche à l'éperlan des Grands Lacs) sur la côte de l'Atlantique : sébaste, flet et autres POISSON PLAT, CRABE, CREVETTE et la pêche hauturière du pétoncle. Les bureaux de prêt provinciaux de l'Atlantique offrent des taux d'intérêt avantageux aux pêcheurs, ce qui leur permet de moderniser leurs flottes et contribuent au développement des usines de transformation. À Terre-Neuve, dans les années 1950 et 1960, le premier ministre Joey SMALLWOOD est le promoteur de la réinstallation des petites communautés en « centres d'élevage » tels que Trepassey.
Le développement des pêcheries s'accélère au fur et à mesure que la prospérité augmente grâce à l'avènement de la réfrigération dans les résidences, les magasins, ainsi que le transport et les entrepôts, ce qui augmente la demande de poisson congelé et modifie en profondeur l'industrie du poisson de fond. Quelques compagnies à intégration verticale (pêche, traitement et mise en marché) exploitent de grandes usines de transformation et de congélation dont chacune peut employer des centaines de personnes à des postes stables, souvent toute l'année. Ces compagnies plus grandes s'équipent d'une flotte d'environ 150 chalutiers, qui parviennent à capturer presque autant de poisson de fond que les milliers d'embarcations plus petites, et dominent la production et la mise en marché. Les principales entreprises, environ une demi-douzaine au fil du temps, exploitent de grandes usines pour le poisson de fond dans plus de 20 ports tels que Lunenberg, Canso, Grand Bank et Marystown, et étendent aussi cette domination à la pêche au HOMARD, au PÉTONCLE et au HARENG.
Cependant, la poussée du développement engendre des crises causées par la surpêche et la capacité de production excédentaire. À titre d'exemple, dans les années 1940 et 1950, les pêcheurs de la baie de Fundy développent la pêche au hareng à la senne coulissante. Pendant les années 1960, les gouvernements fédéral et provinciaux encouragent davantage la pêche à la senne dans l'Atlantique, en dépit de la surpêche des bancs de harengs sur la côte du Pacifique, où la pêche au hareng à la senne coulissante est interdite de 1967 à 1972. Pour la pêche au poisson de fond dans l'Atlantique, avant la guerre, le problème majeur de la grande pêche est sa trop faible capacité. Par contre, après la guerre, c'est sa trop grande capacité qui pose problème. De 1959 à 1974, la flotte de navires de l'Atlantique de 50 tonnes et plus quintuple sa capacité, et la prise de la morue au Canada diminue sous les pressions exercées par les flottes canadiennes et étrangères, ces dernières utilisant d'énormes chalutiers congélateurs d'usine, ce qui ajoute de la pression. Non seulement les grands chalutiers, mais les navires de tous les secteurs multiplient leur capacité de pêche. L'expansion excessive dans certains secteurs, alors que les pêcheurs font la course pour attraper le poisson avant leurs concurrents, commence à épuiser les populations et à amplifier les problèmes chroniques de l'industrie reliés aux revenus faibles et à l'instabilité. Peu de voix se font entendre au gouvernement pour mettre en garde contre les conséquences de la surpêche jusqu'à la fin des années 1960. L'Organisation des pêches de l'Atlantique Nord-Ouest (OPANO, 1949) effectue de modestes tentatives pour gérer la pêche internationale qui capture surtout du poisson de fond. L'OPANO recueille des données détaillées sur l'abondance et l'emplacement du poisson et établit des contrôles modérés tels que des restrictions sur la taille de la maille du filet. Toutefois, son objectif est le rendement équilibré maximal, mais elle n'a pas les pouvoirs de le faire appliquer, ni la volonté politique de prendre des mesures de conservation efficaces.
En Colombie-Britannique, toutefois, les autorités fédérales de la pêche forment un remarquable corps de gestionnaires de la pêche au saumon après la guerre qui réussit à en maintenir les populations relativement stables et ce, en dépit des pressions croissantes des flottes de pêche et malgré l'empiétement de la société urbaine et industrielle sur les habitats de poissons. Le ministère mobilise l'opinion publique dans un combat contre les dommages que peuvent causer les barrages hydroélectriques aux populations de saumons. Les associations de pêcheurs de la Colombie-Britannique, comme la United Fishermen and Allied Workers Union (UFAWU), et les associations d'apprêteurs influencent plus activement la gestion de la pêche. L'UFAWU essaie d'imposer les contrôles de permis pour améliorer les perspectives de conservation et de revenus; cela se produit environ à la fin des années 1960. Entre-temps, les apprêteurs de la Colombie-Britannique possèdent de moins en moins de navires de pêche. La flotte y devient plus indépendante, et l'industrie de conserverie du saumon s'affermit de plus en plus. Encore concentrée sur le saumon, le hareng et le flétan, la pêche de la Colombie-Britannique a moins de ressources et une flotte beaucoup plus petite que celle de l'Atlantique. Mais ses pêcheurs ont tendance à être mieux instruits et gagnent plus d'argent. Sur les côtes et à l'intérieur, de nombreux pêcheurs à temps partiel augmentent leurs revenus grâce à un autre travail.
Début de la gestion globale : de 1968 à 1984
Au cours de cette période, les principales pêches sur les deux côtes traversent des phases d'expansion et de crises, ces dernières découlant généralement de l'expansion excessive d'une industrie où les ressources fluctuent autant que les marchés. Notons parmi les mesures clés, les limites sur le nombre et la taille des navires, plus particulièrement sur l'Atlantique, l'utilisation de quotas et de zones de pêche, l'incitation à former des associations de pêcheurs et la mise sur pied de nombreux comités consultatifs gouvernementaux sur l'industrie. En 1979, le gouvernement crée le ministère des Pêches et des Océans (MPO), ministère autonome responsable de la gestion des pêches et de la recherche, de l'océanographie, de l'hydrographie et des ports pour petits bateaux.
On reconnaît de plus en plus que les pêcheries ouvertes ont tendance à attirer plus de pêcheurs et de capacité de pêche qu'elles ne peuvent en accueillir. La limitation des permis visant à maintenir les populations et à assurer des revenus, à partir de 1967-1968, touche toutes les pêcheries importantes vers la fin des années 1970. Désormais, personne ne peut acheter un bateau ou pêcher sans s'être procuré un permis, et leur nombre est limité. Un pêcheur peut détenir des permis pour plusieurs pêcheries. Bien que les permis demeurent un privilège et la propriété du gouvernement, les pêcheurs peuvent en effet acheter des permis et les vendre et il n'y a aucun contrôle direct sur le nombre de pêcheurs. Les critères régissant l'émission des permis restreignent la propriété étrangère et, dans l'Atlantique, protègent les pêcheurs indépendants par une règle qui s'applique au propriétaire exploitant et par l'interdiction aux entreprises de prendre le contrôle des permis (la règle concernant la flotte distincte).
Notamment dans l'Atlantique, le ministère fédéral des pêches fait de plus en plus usage des quotas de conservation et des zones de pêche pour limiter et diviser la prise. Les associations de pêcheurs y gagnent en force et celles de Terre-Neuve sont en tête. Pêcheurs et apprêteurs siègent maintenant aux comités consultatifs du gouvernement pour chaque pêche principale et aident à répartir les quotas entre les secteurs de la flottille.
Pendant que des modifications réglementaires s'installent, les défis continuent. Le commerce du poisson salé, qui était en baisse et sujet à des problèmes, se stabilise à Terre-Neuve et sur la Côte-Nord du Québec après qu'une corporation fédérale de la Couronne, l'Office canadien du poisson salé, reprend la mise en marché. Au milieu des années 1970, la pêche étrangère devient un problème national. Le Canada étend les limites de la pêche à 200 milles nautiques (environ 370 km), le 1er janvier 1977. Et le 31 janvier 1997, la région devient une zone économique exclusive (voir DROIT DE LA MER). Le Canada influence les dispositions sur la pêche de la Convention des Nations Unies sur le Droit de la mer, qui reçoit une approbation internationale en 1982 et entre en vigueur en 1994.
La majorité des bateaux étrangers quitte la zone Atlantique et le ministère fédéral des Pêches et des Océans s'emploie à appliquer davantage la loi et la recherche dans la nouvelle zone est deux fois plus importante. Grâce aux stricts quotas, les populations de poissons commencent à se reconstituer. Les scientifiques prédisent une forte croissance de la population de la morue du Nord sur la côte est de Terre-Neuve et du Labrador. On pense que le maintien d'une flotte stable et l'augmentation des populations de poisson pourrait bénéficier à tout le monde. La nouvelle zone génère un vibrant optimisme et, à la fin des années 1970 et au début des années 1980, on assiste à une croissance et à une prospérité relative dans les pêches de l'Atlantique. Le ministère des Pêches et des Océans appelle à la prudence, alors qu'il procède à des compressions dans son travail de développement industriel pour les secteurs de la pêche et de la transformation. Cependant, les gouvernements des Provinces de l'Atlantique, et à l'occasion aussi le gouvernement fédéral, encouragent une expansion.
La capacité de capture du poisson continue de se multiplier. On a beau avoir limité la longueur et le nombre de navires, les règlements autorisent souvent les propriétaires de navires à regrouper des permis pour avoir une embarcation plus grande, souvent subventionnée. Les navires plus larges deviennent plus courants et sont munis d'appareils électroniques modernes offrant une plus grande capacité pour détecter le poisson. Malgré l'augmentation des prises, les coûts et les composantes de la conjoncture du marché au début des années 1980 régissent les quatre apprêteurs de poisson de fond les plus importants qui contrôlent la flotte de chalutiers au large des côtes et influencent bien d'autres pêches, près de la faillite. En dépit des efforts déployés pour fermer ou consolider certaines grandes usines, les communautés réussissent à combattre les fermetures, et presque toutes les usines demeurent en activité pour le moment.
Dans l'ensemble, les débarquements dans l'Atlantique chutent, en grande partie en raison de la diminution du hareng après la période de prospérité des années 1960, mais la valeur augmente bien au-delà du taux d'inflation. Les débarquements de poisson de fond augmentent de manière significative après la mise en place de la limite des 200 milles nautiques. Alors que la crise du poisson de fond est en apparence résolue et qu'aucun problème important n'existe ailleurs, le gouvernement et l'industrie espèrent encore une fois clarifier la question de la navigation.
À l'intérieur, la pêche dans les Provinces des Prairies, plus sujette aux problèmes que celle des Grands Lacs, se stabilise lorsqu'en 1969, le gouvernement fédéral met sur pied l'Office de commercialisation du poisson d'eau douce, une corporation de la Couronne qui assure la mise en marché du poisson des Provinces des Prairies et du Nord de l'Ontario. Sur le Pacifique, la limitation des permis de pêche au saumon commence en 1968 et s'étend à d'autres pêches. La prospérité précipite un déplacement vers des bateaux plus coûteux et plus puissants, rendu possible par les règlements concernant les permis, et le gigantesque Programme de mise en valeur des salmonidés, lancés par les gouvernements fédéral et provinciaux en 1977, promet une double abondance de saumon.
Au début des années 1980, peu de changements surviennent et le sort de l'industrie s'améliore. Malgré les fréquents conflits et la rivalité croissante entre pêcheurs autochtones et amateurs de pêche, les pêches commerciales dans le Pacifique vont plutôt bien vers 1984.
À la recherche de stabilité : de 1984 à aujourd'hui
Dès la moitié des années 1980, le Canada est le plus grand exportateur de poissons au monde. Les prises et les prix enregistrent des records sans précédent. Dans l'Atlantique, les scientifiques prévoient une abondance de morue et d'autres poissons de fond, tout en craignant des baisses possibles pour le homard. Dans l'ensemble, l'industrie de l'Atlantique semble jouir d'une ère de prospérité et de stabilité financièrement indépendante. Le Pacifique, également, se dirige vers un record concernant les prises de saumon.
Dans les années 1980, le gouvernement fédéral élimine progressivement divers programmes de développement et d'aide. D'abord dans de nombreuses pêcheries de l'Atlantique, et plus tard du Pacifique, le gouvernement et l'industrie effectuent un virage vers une nouvelle forme de gestion de quotas, qui semble promettre la stabilité et l'efficacité. Depuis les années 1950, les experts en ressources halieutiques ne cessent de déplorer que les ressources de l'industrie de la pêche soient considérées comme un « bien commun » avec sa tendance à l'expansion excessive et à la pénurie. La limitation des permis non seulement ne réussit pas à réduire la capacité de capture mais semble même l'accroître par moments. À partir de la fin des années 1970, au terme d'une expérience pilote de pêche à la senne coulissante dans la baie de Fundy, l'idée de quotas individuels s'étend largement. Les quotas individuels offrent la possibilité de mettre fin à la « course au poisson » destructrice; au lieu de bâtir des bateaux plus grands et plus chers pour obtenir la meilleure part d'un quota global, les pêcheurs peuvent ajuster leur pêche à leurs propres besoins et aux exigences du marché. On s'attend à un sens plus grand de la propriété grâce à ces droits de quasi-propriété visant à inciter les pêcheurs à mieux conserver les populations. Se rajoute bientôt à cette idée celle de quotas individuels transférables (QIT) qui pourraient être achetés et vendus, laissant un plus petit nombre d'entreprises regrouper les quotas, généralement en vertu des directives visant à prévenir la concentration excessive.
Les droits de quasi-propriété, particulièrement les quotas individuels transférables, occasionnent des conflit continus, surtout sur l'Atlantique. Les promoteurs soutiennent que des participants moins nombreux pourraient graduellement racheter tous les privilèges de pêche et que l'industrie deviendrait plus stable et plus rentable. Certains critiquent également la pêche dans de petites embarcations. Ils disent qu'il s'agit d'une activité sociale saisonnière et moins efficace qui dépend grandement de l'assurance-emploi, et insistent pour mettre fin aux règles qui concernent le propriétaire exploitant et les flottes distinctes et limitent les opérations des entreprises. Les opposants affirment que les quotas individuels et les quotas individuels transférables équivalent à une privatisation de la pêche qui profitent aux plus riches. Les opposants craignent aussi que les grandes compagnies raflent tous les permis et tous les quotas et que les communautés se retrouvent à la merci des décisions prises par les sociétés privées, qu'elles pervertissent ainsi la politique des années 1970 visant à s'assurer que les petits navires demeurent aux mains des pêcheurs indépendants et, enfin, que cela entraîne une perte économique nette au profit d'un petit nombre. De l'avis des pêcheurs indépendants et des petits pêcheurs, les usines et les navires plus petits pourraient être aussi efficaces que ceux des grandes compagnies sujettes aux crises; de plus, ils pourraient répartir l'argent entre plus de personnes et de communautés en véhiculant une valeur sociale. Ils défendent les petits navires qui pêchent diverses espèces tout au long de la saison, plutôt que les embarcations plus grandes et spécialisées, préférées souvent par les défenseurs des quotas individuels transférables.
Au fil du temps, de nombreux pêcheurs indépendants s'en prennent aussi aux quotas individuels et aux quotas individuels transférables pour les problèmes liés à la conservation, particulièrement dans la flotte de chalutiers de l'Atlantique qui exerce ses activités en vertu d'« allocations versées aux entreprises ». Ils affirment que le ministère des Pêches et Océans (MPO) ne peut pas appliquer autant de quotas différents et que les détenteurs de quotas individuels ou de quotas individuels transférables (QIT) ont tendance à dépasser leurs quotas, à brader le poisson et à faire de fausses déclarations afin d'éliminer le poisson de valeur inférieure de leur quota. D'ailleurs, pour faire échec à cette tendance, le gouvernement fédéral pousse plusieurs détenteurs de licence dans de nombreuses pêcheries à installer à leurs frais des systèmes de vérification à quai pour l'inspection des prises.
Bien qu'ils causent encore de profonds désaccords, les QIT ou autres « droits de quasi-propriété » semblent destinés à rester, voire à s'étendre. Sur l'Atlantique, ils prévalent dans la pêche au poisson de fond de haute mer, dans la pêche semi-hauturière de certains poissons de fond, dans la pêche au crabe du Golfe, dans la pêche au hareng et dans la pêche hauturière du homard, des palourdes et de la crevette nordique. Sur le Pacifique, les QIT ou les plans connexes s'étendent au hareng, au flétan et à d'autres pêches, alors que certains les proposent pour le saumon. Les plans des QIT se sont attiré des critiques pour avoir causé du tort aux populations de poisson et avoir bénéficié seulement à des grandes compagnies, mais également pour avoir augmenté la valeur en capital des permis et des quotas au-delà de la portée des pêcheurs indépendants. Mais dans certains cas, les régimes se rapportant aux quotas individuels et aux quotas individuels transférables semblent avoir apporté des avantages indéniables à la fois à la conservation et aux revenus. Ils donnent souvent à l'industrie une voix prépondérante du côté de la gestion des populations et les bénéficiaires sont souvent des compagnies propriétaires de bateaux plutôt que des pêcheurs indépendants. De telles mesures ont tendance à mieux fonctionner là où les exploitants sont peu nombreux et ont beaucoup en commun. Pour l'ensemble du Canada, les permis à quota individuel comptent pour plus de la moitié de la valeur au débarquement à la fin des années 1990.
Les débarquements dans l'Atlantique atteignent un record de plus de 1,4 million de tonnes en 1988, et le poisson de fond est nettement en tête. La valeur totale au débarquement est évaluée à plus d'un milliard de dollars. À Terre-Neuve, cependant, les pêcheurs côtiers se plaignent que la morue du Nord devient rare. Vers 1989, les scientifiques fédéraux demandent une réduction draconienne des prises de morue du Nord. Les ministres du cabinet fédéral du jour gardent les quotas plus élevés que la recommandation. Mais en 1992, quinze ans après l'introduction de la zone de 200 milles, le ministre des Pêches et Océans John CROSBIE impose un moratoire sur la pêche à la morue du Nord qui est maintenant décimée. Cette mesure est bientôt suivie de l'interdiction de pêcher les autres principales populations de morue, d'aiglefin et d'autres poissons de fond. Le total des prises de poissons de fond chute de 734 000 tonnes en 1988, à 96 000 tonnes en 1995, et la valeur totale passe de 373 millions de dollars à 102 millions de dollars. Dans les provinces Maritimes et au Québec, quelque 40 000 personnes perdent leur emploi, des employés d'usines pour la plupart. Selon Richard Cashin, président de la Fishermen Food and Allied Workers Union, basée à Terre-Neuve, il s'agit d'une « famine à l'échelle biblique - une grande destruction ». Dans les années 1990, bien que l'accès à certaines populations de poissons de fond à des niveaux inférieurs soit rouvert, la pêche continue d'être en difficulté. En instaurant la limite de 200 milles, on avait placé beaucoup d'espoir dans le poisson de fond, la plus grande source d'emplois. Que s'est-il passé ? Changements environnementaux, pêche étrangère à la limite de la zone de 200 milles, déprédation par les hordes croissantes de phoques du Groenland sont autant d'éléments qui ont pu influer, mais personne n'a encore évalué les facteurs de façon définitive. Plusieurs observateurs blâment la surpêche canadienne et le système de gestion qui, bien qu'il semble adéquat sur le papier, révèle a posteriori de graves lacunes et ce, pas seulement en ce qui concerne le poisson de fond. Dans la jeune et difficile science de la dynamique des populations, les scientifiques semblent avoir surestimé aussi bien les populations de poissons que leur propre expertise. Au début des années 1980, ils prédisaient de sérieux problèmes pour le homard de l'Atlantique et d'énormes augmentations des poissons de fond. Dix ans plus tard, les prises de homard ont plus que doublé et les populations de poisson de fond se sont effondrées. La capacité de pêche continue à augmenter, particulièrement pour le poisson à nageoires. Malgré les limites imposées sur la longueur et le nombre de bateaux, les pêcheurs possèdent des embarcations plus larges, plus profondes, meilleures et dotées d'un système électronique amélioré. La multiplication des centaines de quotas individuels et collectifs rend l'application des règlements de plus en plus difficile et complexe. Les pêcheurs cherchent à se soustraire aux quotas en faisant de fausses déclarations ou en bradant les poissons de moindre valeur, ce qui a pour effet de biaiser les statistiques relatives aux prises et d'affaiblir les évaluations scientifiques des populations. Les gouvernements provinciaux font peu d'efforts pour contrôler la croissance rapide de l'infrastructure de transformation; la plupart l'encouragent.
« L'accès limité » ne touche que le nombre de permis de pêche. Le nombre de pêcheurs inscrits, en fait, passe de 35 000 environ au milieu des années 1970 à 60 000 dans les années 1990. Bon nombre de ceux-ci sont des aides qui profitent de la pêche pour avoir droit aux prestations d'assurance-emploi. Le nombre excessif de bateaux, le surinvestissement et la dépendance excessive continuent de limiter les revenus moyens, lesquels sont généralement plus bas dans le Nord et dans l'Est. Entre-temps, le manque de communication et de mise en commun de l'information entraîne frictions et divisions. Les pêcheurs de la côte s'opposent aux pêcheurs hauturiers, les petits s'opposent aux grands et les utilisateurs de différents types d'engins s'opposent les uns aux autres. Bon nombre de pêcheurs ne font pas confiance aux scientifiques et aux gestionnaires du ministère des Pêches et Océans, et refusent de coopérer pour remplir les rapports concernant les prises et d'autres sujets. Ils se sentent souvent impuissants, voient le gouvernement comme un ennemi et résistent aux tentatives de réglementation et de coordination. Les gouvernements réussissent rarement à recueillir systématiquement les informations auprès des pêcheurs.
La Compagnie nationale des produits de la mer et Fishery Products International, les deux plus grandes compagnies de poissons de fond « restructurées », survivent aux moratoires des années 1990 mais se départissent de la plupart des chalutiers et de nombreuses usines. Elles dépendent maintenant davantage des navires appartenant aux pêcheurs indépendants, d'autres espèces de poissons, d'autres produits et du poisson importé pour la transformation et la vente. En 1999, la Compagnie nationale des produits de la mer devient Les Aliments High Liner Inc. Beaucoup de petites usines de poisson de fond ferment leurs portes, particulièrement à Terre-Neuve.
En 1993, le MPO met sur pied le Conseil pour la conservation des ressources halieutiques (CCRH), réunissant les scientifiques et les représentants du gouvernement, les représentants de l'industrie et les universitaires. Le CCRH fait des recommandations sur les quotas de poisson de fond - ainsi que sur d'autres questions -, lesquelles sont presque toujours suivies par les ministres. La pêche étrangère, bien qu'elle soit fortement restreinte dans la zone du 200 milles, s'attire quelques blâmes en raison de l'épuisement des populations aux abords de la zone. En 1995, sous la direction du ministre Brian Tobin, le Canada arrête le chalutier espagnol Estai en dehors de la zone de 200 milles, ce qui précipite un différend international, mais incite également les flottes européennes à modifier leur comportement au cours des années suivantes. À la même époque, le Canada mène une poursuite concernant l'Accord des Nations Unies sur les stocks chevauchants et fortement migrateurs qui entre en vigueur en 2001, pour améliorer le contrôle de la pêche à l'extérieur des zones nationales. En vertu de « La Stratégie du poisson de fond de l'Atlantique » (LSPA) et d'autres programmes connexes, le gouvernement fédéral fournit une aide de plus de 4 milliards de dollars pour réduire la dépendance économique par rapport aux pêches.
Les programmes de réduction des permis, d'autres changements apportés dans l'octroi de permis et les malheurs de l'industrie réduisent davantage la participation. Bien que la capacité de pêche dans l'Atlantique demeure élevée, le nombre de bateaux et le nombre de pêcheurs inscrits ont chuté d'environ un tiers en 2000.
Pendant que l'industrie du poisson de fond s'effondre, la pêche d'espèces en eaux libres ainsi que la pêche du homard, du crabe et de la crevette ne posent aucun problème ou se développe au cours de la même période. Les mollusques et crustacés deviennent la pêche dominante devant le poisson de fond et, bien que ce type de pêche engendre moins d'emplois dans le domaine de la transformation, la période prospère des mollusques et crustacés entraîne une augmentation qui fracasse tous les records en ce qui concerne la valeur au débarquement dans l'Atlantique qui passe de 954 millions de dollars en 1990 à 1,8 milliard de dollars en 2002. Dans la foulée de l'effondrement du poisson de fond, le ministère fédéral des Pêches est confronté à des coupures budgétaires au milieu des années 1990. Lors d'une réorganisation gouvernementale, le MPO fusionne avec la Garde côtière canadienne et les responsabilités inhérentes à l'inspection du poisson passent aux mains de l'Agence canadienne d'inspection des aliments. Le MPO recommence à faire valoir son mandat de base qui consiste en la conservation, de même qu'en la viabilité autonome dans l'industrie. Certains groupes industriels, provenant généralement de pêcheries plus homogènes et mieux nanties, commencent à participer aux fonds pour la recherche et l'application et à diriger certains aspects de la gestion. Particulièrement à Terre-Neuve et au Québec, les gouvernements fédéral et provinciaux, ainsi que l'industrie, s'orientent vers des normes professionnelles plus élevées et la formation des pêcheurs. Les règles régissant l'octroi des permis semblent avoir une meilleure stabilité, même si les coûts élevés des permis, des bateaux et des quotas découragent dans certains cas de nouveaux pêcheurs indépendants qui entrent sur le marché et favorisent un contrôle accru des entreprises. Bien que cette industrie ne soit jamais calme, la pêche de l'Atlantique à la fin du siècle semble moins turbulente qu'au cours du passé récent.
Les Autochtones, qui ont bien établi la pêche à l'époque préeuropéenne, jouent un rôle restreint dans les pêches commerciales de l'Atlantique. En 1992, la décision Sparrow de la Cour suprême du Canada ouvre la voie à une plus grande participation des Autochtones en ce qui a trait à la pêche vivrière, sociale et de cérémonie. Le MPO met en place une Stratégie sur les pêches autochtones nationales, pour favoriser la participation des Autochtones dans la recherche et la gestion et pour accroître la participation des Autochtones dans la pêche commerciale. En 1999, la décision Marshall prononcée par la Cour suprême reconnaît les droits conférés par traité dans la pêche commerciale pour 34 bandes sur l'Atlantique. Le MPO négocie des ententes avec la plupart en donnant accès aux bateaux, aux permis et aux quotas. Des millions de dollars sont versés aux pêcheurs commerciaux qui abandonnent volontairement leurs permis en faveur des Autochtones.
Les pêcheurs de la Colombie-Britannique sont traditionnellement plus scolarisés, mieux organisés et plus urbanisés. Les débarquements de saumon et les valeurs totales des pêches sont élevés à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Même si c'est le cas, les pêcheurs de la Colombie-Britannique sentent qu'ils perdent de l'influence vis-à-vis de la pêche récréative et de la pêche des Autochtones, qui est limitée mais qui s'étend, et qu'ils se font piller par le fait que les États-Unis ne se conforment pas entièrement au Traité sur le saumon du Pacifique de 1985. La dernière question est traitée dans le cadre d'une nouvelle entente en 1999. Entre-temps, les débarquements de saumon diminuent de façon spectaculaire au milieu des années 1990. Un demi-siècle plus tôt, les règlements permettaient à la majorité des bateaux de pêcher chaque jour de la saison. Dès 1997, un grand nombre de navires de pêche demeurent amarrés pendant 10 ou 11 mois de l'année en raison des contrôles provoqués par les grandes flottilles et des populations déclinantes, telles que celles du saumon quinnat et le saumon coho qui affichent des signes sérieux de baisse. Viennent s'ajouter à la pression de la pêche et la disparition d'habitats, les changements océaniques qui ont une incidence sur la survie.
Les autres pêches de la Colombie-Britannique telles que le hareng, le flétan, d'autres poissons de fond, notamment la morue charbonnière et les mollusques et crustacés continuent assez bien pour la plupart. Beaucoup de pêches gagnent en valeur, aidées dans certains cas par les QIT. Mais la pêche au saumon connaît non seulement une catastrophe de ressource mais une catastrophe de marché. Les prix dégringolent puisque l'aquaculture offre davantage de populations dans le marché mondial. Bien qu'elle soit encore petite comparativement à celle des principaux pays, l'aquaculture canadienne croît rapidement. Vers 2002, la valeur de la production atteint 639 millions de dollars, provenant en grande partie du saumon atlantique d'élevage que même les pisciculteurs du Pacifique ont repris. La Colombie-Britannique fournit plus de la moitié de la valeur de l'aquaculture au Canada.
La pêche au saumon sauvage en Colombie-Britannique, les politiques strictes en matière de conservation à la fin des années 1990 - notamment les restrictions de pêche et les modifications apportées aux engins de pêche - aident à réduire la pression sur le saumon quinnat, le saumon coho et le saumon en général. À partir de 1996, les programmes fédéraux et les conditions de l'industrie réduisent la participation à la pêche en Colombie-Britannique. Le nombre de pêcheurs ayant un permis et celui des bâtiments armés pour la pêche dans l'industrie chutent. Bien que les principales associations demeurent, certaines prennent même une position plus forte de propriété en ce qui concerne la flotte pour la pêche du saumon, le nombre de grandes conserveries industrielles de saumon chute à une poignée. Les secteurs de la transformation et de la mise en marché deviennent moins industriels et plus entrepreneuriaux.
À la fin du siècle, nonobstant les décourageantes perspectives à court terme concernant le saumon et le hareng et malgré une certaine incertitude dans les communautés côtières, l'industrie des pêches de la Colombie-Britannique, qui sont résistantes, a bon espoir de maintenir le dynamisme qu'animent ses participants. Les pêches en eau douce semblent aussi avoir atteint au moins une demi-stabilité, plusieurs participants utilisant les quotas individuels et les QIT et l'Office de commercialisation du poisson d'eau douce régissant la mise en marché pour les Prairies.
Au début du XXIe siècle, la coopération et la cogestion semblent augmenter, et les revenus sont raisonnables dans de nombreux secteurs. Comme la technologie moderne renforce les compétences reliées à la prise du poisson, d'autres facteurs pèsent plus lourd dans le sort d'un pêcheur : ses compétences en affaires, en représentation et dans l'acquisition des bons permis. Sur les deux côtes, la pêche, malgré son histoire complexe, litigieuse et parsemée de crises, conserve un attrait spécial. Même en mauvaises périodes, de nombreux pêcheurs n'ont ni les moyens ni le désir d'abandonner un métier qui a façonné leurs familles, leurs communautés et leur culture. En dépit de tous les problèmes, ils sont nombreux à y trouver encore une grande satisfaction. Travaillant seul sur l'eau, le pêcheur a des défis à relever et connaît des défis et des perceptions qui demeurent presque inconnus pour la majorité d'entre nous.
Auteur JOSEPH GOUGH
Bibliographie
H.A. INNIS, The Cod Fisheries (1940); Geoff MEGGS, Salmon : The Decline of the BC Fishery (1991); L.S. PARSONS, Management of Marine Fisheries in Canada (1993); L.S. PARSONS et W.H. LEAR, Perspectives on Canadian Marine Fisheries Management (1993).
Liens supplémentaires
L'Institut Historica-Dominion
Le site Web de l'Institut Historica-Dominion, organisme de tutelle de l'Encyclopédie canadienne et l'Encyclopédie de la musique au Canada. Consultez leur guerre multimédia de 1812 option et beaucoup d'autres ressources interactives concernant l'histoire et la culture canadiennes.
Le flétan de l'Atlantique
Site de Pêches et Océans Canada traitant de la situation de la pêche au flétan et du cycle biologique de ce poisson.
À la pêche
Parcourez cette vaste collection iconographique et historique consacrée à la pêche au Canada. Dans le cadre de la série "Tours d'images" réalisée par la Bibliothèque nationale du Canada.
Mer et monde
Une histoire abondamment illustrée de l'industrie de la pêche dans les provinces de l'Atlantique Canada. Page tirée du site du Musée canadien des civilisations.
Glossaire : Saumon
Un glossaire bilingue de termes associés à la pêche au saumon. De Pêches et Océans Canada.
Lunenburg-sur-mer
Cette base de documentation détaillée relative à l'histoire de Lunenburg comporte une collection d'images historiques, de photographies, de documents, de cartes et d'objets d’art divers. Par les Archives de la Nouvelle-Écosse, et avec l'aide du Patrimoine canadien, des Archives nationales du Canada et du Conseil canadien des archives.
Requiem pour la morue
Sur ce site multimédia de Radio-Canada, découvrez les aspects précaires de l'histoire de la pêche à la morue au Canada.
Francophones de Terre-Neuve et Labrador
Information sur l'histoire de la Francophones de Terre-Neuve et Labrador.
Lieu historique national du Canada de l'Établissement-Ryan
Glossaire: L’industrie de la pêche et du traitement du poisson
Un glossaire des termes liés à la pêche et la transformation du poisson. Vérifiez le reste de ce site pour plus d'informations sur ce sujet. Depuis le site Web «Dans leurs mots:. L'histoire de BC Packers"
Lieu historique national Gulf of Georgia Cannery
Ce site Web de Parcs Canada porte sur le lieu historique national Gulf of Georgia Cannery.


Shawnadithit est de plus en plus anxieuse alors qu’elle attend le retour de son oncle, Longnon, au camp dressé, au fin fond de Terre-Neuve, à l’embranchement du ruisseau Badger et de la rivière des Exploits...
Contenu de LEC

