L'importance que le Canada accorde aux préoccupations collectives de paix, d'ordre et de bon gouvernement signifie qu'il perçoit les « entreprises publiques » telles que l'instruction en fonction de leurs incidences globales sur la société. Pour cette raison, les divers ordres de gouvernement dépensent plus d'argent en matière d'éducation que tout autre pays. Pour comprendre l'évolution du phénomène de l'instruction au Canada, on doit se pencher particulièrement sur les politiques officielles et sur les changements survenus dans la vie des enfants.
Origines
Au cours du régime français au Canada, le processus d'apprentissage faisait partie intégrante de la vie de tous les jours. Tandis que le gouvernement français soutenait l'Église catholique dans ses efforts de scolarisation, la FAMILLE demeurait l'unité de base de l'organisation sociale et la presque totalité des apprentissages se faisaient dans cet environnement. Dans le contexte de l'économie de main-d'oeuvre des XVIIe et XVIIIe siècles, les familles comptaient sur l'apport économique d'enfants engagés dans des activités productives. Ceux-ci apprenaient à jardiner, à filer et à défricher la terre avec l'aide d'autres membres de la famille. Les garçons apprenaient divers métiers par le biais du système d'APPRENTISSAGE .
D'autre part, la population étant peu élevée et dispersée sur le territoire, c'est la famille qui s'occupait de l'éducation religieuse et, dans certains cas, de l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Dans certaines régions, les prêtres des paroisses mettaient sur pied de petites écoles où ils enseignaient le catéchisme et d'autres matières. Toutefois, la plupart de la population de la Nouvelle-France, surtout dans les zones rurales, ne savait ni lire ni écrire.
Enseignement au XVIIe siècle
Dans les villes de la Nouvelle-France, l'éducation formelle prenait plus d'importance pour différentes raisons. Les Jésuites, les Récollets, les Ursulines, la Congrégation de Notre-Dame et d'autres communautés religieuses offraient une formation élémentaire en matière de catéchisme, de lecture, d'écriture et d'arithmétique. Les garçons qui se destinaient à la prêtrise ou à des professions libérales pouvaient bénéficier d'une éducation supérieure. Au milieu du XVIIe siècle, on offrait un programme d'études classiques, de grammaire et de théologie au COLLÈGE DES JÉSUITES, fondé en 1635. Au cours des années 1660, Mgr de LAVAL fonde le SÉMINAIRE DE QUÉBEC, qui deviendra l'UNIVERSITÉ LAVAL par la suite. .
L'instruction publique destinée aux femmes était plutôt limitée et ne dépassait pas, en règle générale, l'instruction religieuse et l'acquisition de compétences comme les travaux d'aiguille. Cependant, les filles qui vivaient à la campagne étaient souvent plus instruites que les garçons grâce aux efforts des soeurs de la Congrégation de Notre-Dame qui ouvraient des écoles dans les campagnes comme dans les villes et assumaient le rôle d'institutrices itinérantes.
Même si une minorité restreinte des habitants de la Nouvelle-France recevaient une instruction dans un cadre institutionnel, les missionnaires catholiques jouent un rôle important dans le domaine de l'éducation formelle. Les Récollets espéraient affaiblir l'influence de la culture traditionnelle et des systèmes de valeurs des peuples autochtones en éduquant les jeunes garçons et filles dans la religion catholique et en leur apprenant les coutumes françaises. Les Jésuites, qui se lancent aussi dans un ambitieux programme de francisation des autochtones, dressent des lexiques des langues autochtones et ouvrent diverses écoles.
D'autres communautés, telles que les Ursulines, concentrent leurs efforts sur les jeunes filles autochtones. Toutefois, les efforts des missionnaires de l'Église catholique ont un succès restreint et leurs initiatives dans le domaine de l'éducation, une influence limitée sur les sociétés autochtones, dans lesquelles l'apprentissage est perçu comme une partie intégrante des activités quotidiennes. (Voir AUTOCHTONES, ÉDUCATION DES).
XVIIIe et début du XIXe siècle
Au cours du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, la famille demeure le cadre incontesté de l'éducation et peu d'enfants, dans ce qui s'appelle alors l'Amérique du Nord britannique, reçoivent une instruction officielle assurée par des tuteurs ou dans des écoles. Les choses commencent toutefois à changer pendant cette période à mesure que le gouvernement britannique s'intéresse à l'éducation comme outil de promotion culturelle favorisant l'identification avec le protestantisme, la langue anglaise et les coutumes britanniques.

Cependant, l'idée d'instruction se répand parmi les leaders sociaux au début du XIXe siècle. À cette époque, les politiciens, les ecclésiastiques et les éducateurs débattent de la question du financement et du contrôle de l'éducation, ainsi que de la participation à celle-ci. Dans les années 1840 on peut facilement constater l'émergence d'un consensus social à l'égard d'une structure de SYSTÈMES SCOLAIRES modernes.
La mise sur pied de systèmes scolaires au Canada au cours du XIXe siècle emprunte des voies et un calendrier étrangement semblables à cause des ambitions complexes et souvent conflictuelles des éducateurs officiels et des parents. Ces similarités ne doivent cependant pas nous faire oublier des différences notables liées à d'importantes distinctions sociales, culturelles et politiques.
Des systèmes scolaires semblables voient le jour au Canada grâce au dynamisme des chefs de file dans le domaine de l'éducation (les historiens les appellent à juste titre « les promoteurs de l'école ») au milieu du XIXe siècle et à la volonté de nombreux parents (certainement pas tous) d'envoyer leurs enfants à l'école partout où c'est physiquement possible.
La cohérence des vues des chefs de file en matière d'éducation ne surprend pas si l'on tient compte du fait qu'ils ne se contentent pas de se lire les uns les autres, mais qu'ils communiquent aussi souvent entre eux. Le chef de file ontarien Egerton RYERSON travaille en collaboration avec Jean-Baptiste Meilleur du Québec de même qu'avec John Jessop de la Colombie-Britannique. De plus, ces mêmes promoteurs évoluent à l'échelle internationale. Par exemple, Egerton Ryerson visite plus de 20 pays en 1844 et en 1845, alors qu'il élabore ses propositions pour un système d'écoles publiques.
Les promoteurs de l'école ont la conviction profonde que la démocratisation de l'instruction peut être un outil efficace pour communiquer des modes de pensée et des comportements appropriés aux enfants. Dans leur esprit, l'objectif de l'instruction de masse ne réside pas d'abord dans l'acquisition de connaissances théoriques. Les systèmes scolaires sont conçus pour résoudre une vaste gamme de problèmes allant de la criminalité à la pauvreté, en passant par l'inactivité et le vagabondage.
Les éducateurs relient ces problèmes réels et potentiels à trois causes principales : l'influence d'une immigration constante et importante, la transition du capitalisme agraire au capitalisme industriel et le processus de formation de l'État, dans lequel les citoyens sont appelés à exercer un pouvoir politique. Alors que ces trois causes jouent toutes un rôle important dans l'esprit des promoteurs de l'instruction au Canada, l'importance relative que chaque éducateur leur accorde relève du contexte régional et culturel dans lequel les promoteurs respectifs évoluent.
Milieu du XIXe siècle
Au milieu du XIXe siècle, en Ontario, la présence d'une population concentrée surtout dans les campagnes (et seulement très peu dans quelques petites villes industrielles) semble indiquer que les craintes relatives à l'incidence de changements économiques considérables, reposent sur la connaissance de changements survenus ailleurs, plutôt que sur l'expérience vécue. Toutefois, on peut constater une immigration massive et l'importance de la formation de l'État à l'échelle locale.
Le Canada n'est pas né d'une révolution comme c'est le cas des États-Unis mais, pendant les RÉBELLIONS DE 1837, des leaders ruraux actifs dans différentes collectivités du centre de l'Amérique du Nord prennent les armes pour faire aboutir des exigences cohérentes de changement politique. Les divers soulèvements fournissent des arguments de poids aux chefs de file qui affirment que des écoles sont nécessaires pour former la nouvelle génération de citoyens.
C'est pourquoi, les promoteurs de l'école en Ontario adoptent souvent une attitude antiaméricaine et antirépublicaine qui s'oppose à l'emploi d'instituteurs ou de livres de classe américains. De leur point de vue, on doit envisager avec circonspection une société issue d'une révolution. Ils se mettent plutôt à importer certains éléments des écoles irlandaises, notamment les programmes de lecture irlandais qui ont été conçus pour répondre aux besoins d'une population protestante et catholique. Cette stratégie comporte aussi une bonne dose de pragmatisme, puisque les immigrants irlandais sont majoritaires au milieu du XIXe siècle en Ontario.
Au Québec, les rébellions sont encore plus importantes qu'en Ontario; par conséquent, les préoccupations politiques prennent énormément de place dans l'esprit des promoteurs de l'éducation. Étant donné le rôle directeur assumé par l'Église catholique, la mise en oeuvre de l'instruction publique prend du retard pendant que les chefs de file laïques et religieux discutent d'une répartition des pouvoirs et des responsabilités mutuellement acceptables. Au cours des années 1870, la primauté du pouvoir ecclésiastique dans le domaine de l'éducation est confirmée (jusque dans les années 60, comme on le verra) et, par la suite, le Québec sera la seule province sans ministre de l'Éducation.
On peut assurément voir des immigrants un peu partout sur les bords du Saint-Laurent à partir du port de Québec, mais plusieurs ne font que passer et se dirigent plutôt vers des régions plus à l'ouest sur le continent. Parallèlement, l'économie du Québec subit des changements importants, mais il n'y a qu'à Montréal que les éducateurs peuvent affirmer de façon réaliste que des écoles étaient nécessaires pour contrer les aspects négatifs de phénomènes tels que la prolétarisation.
Fin du XIXe siècle
Plus tard au cours du siècle, l'importance relative de l'immigration, les changements économiques et la formation de l'État continuent à se refléter dans les projets officiels de construction d'écoles un peu partout au Canada. Sur la côte du Pacifique, par exemple, l'immigration constitue l'élément principal caractérisant le mouvement d'instruction de masse, mais les manifestations de ce phénomène sont très différentes de celles de l'Est du continent.
Dans le cas de la Colombie-Britannique, la différence essentielle réside dans l'arrivée massive d'Asiatiques, d'abord les Chinois qui travaillant dans les mines de Cariboo, puis à la construction des chemins de fer. Au début du XXe siècle, les immigrants japonais constituent un groupe important dans le secteur des pêches et, à un moindre degré, dans le commerce et les exploitations agricoles.
Au sein d'une population surtout d'origine britannique, l'importante immigration asiatique alimente les craintes au sujet de l'avenir de la Colombie-Britannique comme « province blanche », ainsi qu'à l'égard de la concurrence économique directe. Des émeutes antiasiatiques, ainsi que des pressions exercées par des groupes tels que l'Asiatic Exclusion League, donnent lieu à partir de 1923 à la promulgation de lois visant à limiter l'immigration asiatique (y compris une politique de « porte fermée » à l'égard des Chinois). Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, la poursuite de l'application de mesures nativistes permet de « vider » de leurs occupants des villages côtiers qualifiés de « japonais », dont certains habitants sont des citoyens d'ascendance japonaise nés au Canada, et facilite leur internement forcé dans des camps.
XXe siècle
Dans ce contexte, le processus de scolarisation se met en place dans l'Ouest du Canada de façon quelque peu différente du reste du pays. Une différence de taille réside dans un goût marqué pour les examens, et surtout pour les premiers « tests d'intelligence » uniformisés au début du XXe siècle. Toutefois, les enseignants de la Colombie-Britannique, s'empressent, un peu plus que leurs collègues de provinces comme l'Ontario et beaucoup plus que ceux du Québec, à se servir des tests « scientifiques » comme d'un outil approprié de classement des étudiants.
Les dirigeants de la Colombie-Britannique accordent beaucoup d'attention aux étudiants asiatiques et étudient soigneusement les résultats en tenant compte de l'ascendance de chaque étudiant. Des résultats consistants, démontrant les très bonnes notes obtenues par les étudiants d'origine asiatique, étonnent les responsables scolaires et les persuadent non seulement d'élaborer des hypothèses fondées sur la nature « sélective » de l'immigration, mais aussi de poursuivre les tests pour assurer le « progrès » scolaire de la population d'origine britannique de la province.
Même si l'importance relative des motivations respectives des promoteurs de l'instruction publique varie d'un bout à l'autre du Canada, l'implantation des institutions de scolarisation de masse dépend surtout du soutien des parents et des enfants. La constitution de ce genre d'appuis peut se comprendre si l'on se penche sur les changements en cours à cette époque du point de vue de la procréation.
L'élément essentiel de la procréation au sein de la famille est l'attitude de celle-ci vis-à-vis de l'avenir, et notamment son angoisse face à la direction et au rythme du changement social et économique. Cette angoisse se nourrit d'une crainte de mobilité sociale descendante intra et intergénérationnelle. Il est évident qu'une telle crainte hante bien des familles avant le XIXe siècle et explique pourquoi celles-ci voient dans la terre l'élément central traditionnel de la stabilité matérielle et de la cohésion familiale non seulement en Nouvelle-France mais dans toute l'Amérique du Nord. De plus, au cours du XIXe siècle, la terre continuera d'être perçue comme le fondement le plus solide des économies familiales.
Cependant, le développement du capitalisme agraire, marchand et industriel alimente les impressions d'insécurité économique. Tout le monde prend conscience que, si l'on peut amasser de grandes fortunes, on peut les perdre aussi très rapidement. L'évidente insécurité ressentie, même envers des emplois pourtant bien rémunérés et à l'égard d'entreprises prospères, finit par envahir de plus en plus l'esprit des parents qui planifient l'avenir de leurs enfants, ainsi que leurs vieux jours, dans un contexte de raréfaction des terres disponibles.
Une réponse à cette situation consiste à avoir moins d'enfants et à investir davantage dans leur éducation. Au milieu du XIXe siècle, plusieurs parents canadiens (mais en nombre plus modeste au Québec, pour des raisons exposées plus loin) pratiquent la contraception pour faire de leurs descendants moins nombreux une progéniture de meilleure « qualité ».
Les modifications des stratégies parentales expliquent pourquoi les parents envoient un plus grand nombre d'enfants à l'école, et pendant des périodes plus longues, à mesure que le XIXe siècle avance. Lentement et de façon complexe, l'instruction en vient à s'ajouter à la propriété terrienne comme outil essentiel pour les familles qui cherchent à se reproduire matériellement. Lors de l'adoption des lois rendant l'école obligatoire dans les provinces canadiennes (sauf au Québec) plus tard au XIXe siècle, la majorité des parents envoyaient déjà leurs enfants en classe.
Une certaine résistance à l'école se manifeste, particulièrement chez ceux qui n'aiment pas payer des impôts supplémentaires, chez ceux qui n'acceptent pas l'instituteur proposé (local) et chez ceux qui désirent maintenir des liens entre l'enseignement religieux officiel et l'instruction de masse. Dans les villes, des « préfets » de discipline « ramassent » aussi des enfants (surtout les enfants des ouvriers et des immigrants) et les envoient dans des pensionnats industriels. Toutefois, cette résistance porte surtout sur la forme et les coûts, plutôt que sur la nécessité d'une scolarisation de masse. Des compromis tels que l'autorisation d'écoles paroissiales contribuent donc à résoudre un certain nombre de conflits. Dans la plupart des cas, les parents envoient leurs enfants à l'école bien avant que la loi ne les y oblige.
Le prestige attribué à la formation scolaire constitue la principale motivation des parents qui veulent assurer un meilleur sort à leurs enfants. Contrairement à l'importance accordée par les promoteurs de l'école à la formation du caractère, à l'acquisition de valeurs, à l'assimilation de principes politiques et sociaux, ainsi qu'à l'apprentissage de comportements appropriés, plusieurs parents sont en faveur de l'instruction parce qu'ils veulent que leurs enfants apprennent à lire, à écrire et à compter.
Fait à noter, on accorde à la formation scolaire une valeur diffuse et cette valeur n'est pas nécessairement liée au niveau d'études terminé. Alors que certains parents envoient leurs enfants à l'école pour qu'ils obtiennent un diplôme, plusieurs ne les y envoient que lorsque les autres priorités le permettent. Par exemple, la fréquentation de l'école par les garçons baisse dans les collectivités où les débuts de l'industrialisation créent un plus grand nombre d'emplois.
Parallèlement, l'assiduité des élèves varie d'une saison à l'autre, surtout dans les zones rurales où les exigences du travail au sein de l'entreprise familiale sont prioritaires. Dans cette optique, le lien entre l'instruction et le marché du travail est informel et complexe. Il n'y a pas de transition très nette de l'école au marché du travail, à quelque âge que ce soit. Au contraire, plusieurs enfants travaillent et fréquentent l'école à des fréquences variées pendant l'année, ainsi que d'une année à l'autre, et, dans la plupart des cas, leur départ de l'école n'est pas lié outre mesure à l'obtention d'un diplôme.
Le rôle croissant joué par l'école dans le cadre de la perpétuation de la famille est assez diffus en Amérique du Nord, mais le phénomène prend différentes formes, selon les endroits et les groupes. L'importance de l'école varie énormément à cet égard en fonction des conditions matérielles et des valeurs culturelles.
Par exemple, les Canadiens français du Québec et des autres provinces accordent en règle générale moins d'importance à l'école. Même s'ils commencent à pratiquer la contraception au milieu du XIXe siècle, cette pratique est beaucoup moins répandue chez eux que dans tous les autres groupes. Dans le même ordre d'idées, les jeunes francophones se mettent à fréquenter de plus en plus l'école, mais de façon beaucoup moins marquée que dans d'autres groupes. Les taux d'alphabétisation chez les francophones demeurent très en deçà de la moyenne nationale jusqu'au début du XXe siècle. Dans l'ensemble, les francophones ne cherchent pas à avoir moins d'enfants pour leur offrir une « qualité de vie » supérieure, comme la plupart des autres groupes le font entre 1850 et le milieu du XXe siècle.
Les stratégies différentes de renouvellement des générations des francophones résultent sans doute de plusieurs facteurs, l'apport du travail des enfants à l'activité économique de la famille demeurant un élément incontournable pendant plusieurs décennies. Le lien de cause à effet entre l'instruction et le marché du travail est particulièrement faible chez les francophones. Dans une plus grande mesure que d'autres groupes, les francophones continuent à assurer leur survie et leur sécurité matérielles en comptant sur le travail des différents membres de la famille. Cette stratégie n'est pas la norme uniquement dans les zones rurales en expansion (au Québec et en Ontario), mais aussi dans les milieux de travail salarié des villages et des municipalités. Une nouvelle jonction entre l'école et la société n'apparaît chez les francophones qu'après la Deuxième Guerre mondiale.
Révolution tranquille
Le point de départ d'un changement en profondeur dans le domaine de l'éducation au Québec est la mise sur pied d'une importante commission d'enquête au moment de la mise en branle de ce que l'on a appelé par la suite la RÉVOLUTION TRANQUILLE au début des années 60. Tenant compte des recommandations formulées par cette commission, le gouvernement du Québec modernise le système scolaire dans l'espoir d'améliorer le niveau d'instruction de l'ensemble des francophones et de produire une main-d'oeuvre mieux qualifiée. On rejette le leadership de l'Église catholique dans le domaine de l'éducation en faveur d'une administration gouvernementale et on accorde des budgets substantiellement accrus aux commissions scolaires de la province.
Ces changements importants en matière d'éducation sont au coeur de la Révolution tranquille. Malgré certaines réticences de la part des responsables de l'Église catholique, le gouvernement du Québec envisage le progrès en matière d'éducation comme une stratégie maîtresse pour devenir « maîtres chez nous ». Il promeut le concept d'une scolarisation plus institutionnalisée au rang de projet « national ». Une meilleure instruction amènerait un renouveau économique et social, et les francophones du Québec feraient partie d'une société tout à fait moderne.
Dans le prolongement des aspirations reliées à la Révolution tranquille, on justifie l'importance de l'instruction pour les Québécois de deux manières. D'abord, les dirigeants insistent sur la nécessité de se débarrasser d'un héritage d'analphabétisme élevé et de basse fréquentation scolaire si l'on veut atteindre un niveau de modernité sociétale approprié. L'éducation est promue au rang de possession inhérente valable et nécessaire dans le contexte contemporain. Cette vision des choses fait aussi sienne une conviction profonde qui remonte à l'époque de la Nouvelle-France et de l'Amérique du Nord britannique, c'est-à-dire que l'instruction peut contribuer à la réalisation des ambitions socioculturelles.
Lois sur la langue française
La stratégie la plus controversée en matière d'éducation est l'adoption de lois linguistiques au cours des années 70, qui imposent la fréquentation de l'école française aux immigrants. Ces lois veulent renverser le modèle traditionnel d'intégration des immigrants à la population anglophone plutôt qu'à la population francophone du Québec.
La restructuration scolaire, promue au rang de chantier national au Québec, recueille un vaste soutien populaire. En effet, à partir des années 60, les responsables et les parents au Québec appuient le projet d'une instruction de meilleure qualité avec beaucoup d'enthousiasme, malgré des hausses d'impôt considérables nécessaires au financement de ces activités.
Les parents commencent aussi à songer à élever moins d'enfants, qui pourraient bénéficier ainsi d'une meilleure instruction. Au cours des années 50 et au début des années 60, le taux de natalité diminue énormément au Québec, passant de la moyenne traditionnelle la plus élevée au Canada et aux États-Unis à la plus basse. Incidemment, les leaders religieux et laïques du Québec s'opposent à cette tendance, car elle menace de diminuer l'importance de la population francophone. Malgré cette opposition, les parents continuent à limiter le nombre de leurs enfants, une situation sans précédent dans un contexte de changement de comportements en matière de renouvellement des générations.
Des familles moins nombreuses permettent aux parents francophones du Québec de mieux soutenir l'éducation de leurs enfants. À partir des années 60, ils s'intéressent davantage aux affaires scolaires. Le résultat est qu'aujourd'hui, le cadre scolaire au Québec ressemble aux structures éducatives du reste du Canada.
La mise en place de systèmes scolaires publics au XIXe siècle se caractérisait par l'uniformisation des manuels scolaires, la formation des maîtres, l'organisation des lieux d'enseignement et l'élaboration de programmes d'études. On voyait les enfants comme de la glaise à modeler de différentes façons mais, avec les années, on en est venu à les percevoir comme des individus uniques, dotés de capacités variées (c'est-à-dire comme des pousses que l'on doit nourrir en respectant les besoins de leurs natures respectives).
Le changement de mentalité à l'égard des enfants alimente la croissance des nouveaux programmes scolaires (surtout au niveau secondaire) conçus pour accommoder les capacités divergentes et le potentiel varié des étudiants. En outre, on élabore des programmes de formation professionnelle et technique pour les étudiants qui s'avèrent inaptes aux études théoriques. Hélas, les critères utilisés pour répartir les étudiants dans différents programmes reflètent davantage des préjugés culturels et sociaux que des évaluations intellectuelles. Des instruments de mesure tels que les tests de mesure du quotient intellectuel, élaborés au cours des années 20, en disaient involontairement plus sur la mentalité des administrateurs scolaires que sur les aptitudes des étudiants, mais on les utilise néanmoins pour répartir les étudiants dans différents programmes après le cours élémentaire.
Cette approche est constamment modifiée au cours du XXe siècle, surtout après la Deuxième Guerre mondiale, quand l'expansion des institutions postsecondaires permet d'élaborer de nouvelles méthodes d'orientation des étudiants dans des programmes variés. Pendant toutes ces années, les débats en matière d'éducation portent surtout sur le contenu des PROGRAMMES D'ÉTUDES convenant aux différents groupes d'âge. Les discussions entourant les questions d'administration, de financement, de formation des maîtres, ainsi que d'autres éléments structurels des systèmes scolaires, suivent une évolution semblable au modèle de fonctionnement général élaboré au cours du XIXe siècle.
Religion et langue
Une bonne partie des conflits et des controverses en matière d'éducation concernent la religion et la langue. L'ouverture d'écoles soumet les pratiques locales à une surveillance officielle et oblige les collectivités à se conformer à des normes d'instruction officielle prescrites qui ne correspondent pas toujours aux réalités d'une société diversifiée.
Par exemple, les groupes religieux n'ont pas toujours apprécié l'idée d'un programme d'études laïques et leur opposition a engendré la naissance de systèmes scolaires parallèles catholiques et protestants au Québec, la mise sur pied d'ÉCOLES SÉPARÉES dans des provinces comme l'Ontario, ainsi qu'un système scolaire entièrement confessionnel à Terre-Neuve. Ces changements font l'objet de garanties juridiques dans la Constitution de 1867, qui ne se limite pas à stipuler que la compétence juridique en matière d'éducation revient aux provinces, mais enchâsse la légitimité des écoles confessionnelles déjà en place dans les provinces au moment où celles-ci adhérent à la Confédération.
Langue d'enseignement de la minorité
L'histoire de l'éducation au Canada se caractérise par des conflits incessants au sujet de la langue d'enseignement des minorités. La plupart des controverses concernent les francophones hors du Québec mais, récemment, la question linguistique touche aussi les anglophones du Québec en plus de déborder du côté de l'enseignement des langues d'origine des enfants des immigrants (voir LANGUES SECONDES, ENSEIGNEMENT DES). Ces conflits reflètent une situation où, même dans un contexte de mise en place généralisée d'une instruction publique uniformisée, des visions éducatives divergentes ont toujours existé tant chez les concepteurs de projets éducatifs que chez les parents.
Parallèlement, dans la conception même de l'instruction uniformisée, a toujours existé une distinction très nette entre les garçons et les filles. L'école publique idéale du milieu du XIXe siècle comprend des entrées, des classes et des lieux séparés pour les garçons et les filles. En outre, à la redéfinition de la famille comme association fondée sur les liens émotionnels plutôt que comme une unité de production économique, s'ajoute l'idée que les filles doivent être éduquées en vue des tâches ménagères et que les garçons devaient être formés à leur futur rôle de pourvoyeurs.
Vers la fin du XIXe siècle, les filles prennent des cours d'ÉCONOMIE DOMESTIQUE pour apprendre à cuisiner et à tenir maison, tandis que les garçons, surtout ceux de familles ouvrières, apprennent des métiers manuels reliés à la production manufacturière. L'idéalisation des femmes comme mères et épouses, de même que la rareté relative du choix des emplois offerts aux femmes, contribue à la féminisation du personnel enseignant du niveau élémentaire.
Bien que le foyer était considéré comme le lieu par excellence pour les femmes, les jeunes femmes célibataires sont perçues alors comme les plus aptes à enseigner aux jeunes enfants qui ne peuvent que profiter de leurs présumées qualités innées d'éducatrices. Les institutrices sont mal payées et dirigées par des responsables masculins qui se perçoivent comme les vrais éducateurs. Même à la fin du XXe siècle, plusieurs de ces modèles établis antérieurement subsistent. L'histoire de l'éducation diffère par conséquent pour les filles et les garçons.
L'éducation systématique a aussi des incidences différentes pour les Canadiens d'origine autre qu'européenne. Les projets assimilateurs des éducateurs à l'égard des autochtones n'ont pas changé, même après le régime français en Nouvelle-France. Au cours des XIXe et XXe siècles, les pensionnats constituent un outil privilégié pour séparer les enfants autochtones de leurs peuples respectifs, mais cette méthode n'a servi qu'à engendrer en eux une confusion culturelle et à les blesser intérieurement.
Récemment, des responsables de l'enseignement ont tenté d'élaborer en collaboration avec les peuples autochtones des programmes d'enseignement qui respectent leur identité culturelle mais, jusqu'à maintenant, le contexte politique, social et économique des RELATIONS ENTRE AUTOCHTONES ET BLANCS empêche une collaboration efficace.
Parallèlement, l'histoire de l'éducation au Canada inclut aussi la mise en place d'écoles séparées pour les Noirs en Ontario et en Nouvelle-Écosse au cours du XIXe siècle, ainsi que l'application de règlements spéciaux pour les Asiatiques en Colombie-Britannique. De telles mesures discriminatoires ne constituent plus des politiques officielles au Canada, mais on retrouve encore des allusions racistes plus subtiles et informelles dans certains programmes d'enseignement et certains manuels scolaires.
Conclusion
L'histoire de l'éducation au Canada, comme dans les autres pays occidentaux, est liée à la croissance de l'instruction officielle financée par les impôts et supervisée par l'État. Cet accroissement résulte de préoccupations culturelles, morales et politiques et de l'émergence d'une économie fondée sur le travail salarié, de changements de mentalité à l'égard de l'enfance et de la famille, ainsi que de la réorganisation générale de la société en institutions.
En cette fin de XXe siècle, l'instruction fait partie d'un réseau institutionnel qui comprend les hôpitaux, les entreprises, les prisons et les organismes sociaux. Divers groupes font l'expérience de cette croissance de bien des manières, que ce soit par des voies officielles ou de leur propre chef. En fin de compte, il existe plusieurs versions de l'histoire de l'éducation au Canada, et on peut faire d'importantes distinctions à l'intérieur des grandes tendances.
Auteur CHAD GAFFIELD
Liens supplémentaires
L'Institut Historica-Dominion
Le site Web de l'Institut Historica-Dominion, organisme de tutelle de l'Encyclopédie canadienne et l'Encyclopédie de la musique au Canada. Consultez leur guerre multimédia de 1812 option et beaucoup d'autres ressources interactives concernant l'histoire et la culture canadiennes.
L'institutrice rurale
Voir la Patrimoine Minute qui rend hommage aux institutrices et aux instituteurs des régions rurales du Canada. Par l'Institut Historica-Dominion. Voir aussi les ressources pédagogiques en ligne.
L'institutrice rurale
Des dramatiques d’une minute sur l’histoire canadienne
John Strachan
Une biographie de John Strachan, professeur, ministre de l’Église d’Angleterre, fonctionnaire et évêque. Par le site Web du Dictionnaire biographique du Canada en ligne.


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