Les enjeux sont le principe de la négociation collective, la hausse des salaires et l'amélioration de conditions de travail qui sont dans bien des cas affreuses. En seulement quelques heures, presque 30 000 travailleurs quittent leur poste. Cette réaction pratiquement unanime des travailleurs et des travailleuses entraîne la fermeture des usines de la ville en plus de paralyser le commerce de détail et les trains. Des employés du secteur public comme les policiers, les pompiers, les postiers, les téléphonistes ainsi que les employés du réseau d'aqueduc et des autres services publics prennent part avec les travailleurs du secteur privé à une impressionnante démonstration de solidarité de la classe ouvrière. La grève est coordonnée par un comité central composé de délégués élus de chacun des syndicats affiliés au CMTW. Ce comité négocie avec les employeurs au nom des travailleurs et coordonne la prestation des services essentiels.
L'opposition à la grève est organisée par le Citizens' Committee of 1000, un groupe créé par les industriels, les banquiers et les politiciens les plus influents de Winnipeg peu après le déclenchement de la grève. Plutôt que d'accorder aux revendications des grévistes une certaine attention, ce comité, qui a l'appui des principaux journaux de la ville, déclare que la grève est une conspiration révolutionnaire menée par un petit groupe d'« étrangers méprisables ». Même en l'absence de toute preuve corroborant ses accusations d'une grève fomentée par des travailleurs européens et des bolcheviks, le Citizens' Committee se sert de ces accusations non fondées pour bloquer toute tentative de conciliation de la part des travailleurs.
Craignant que la grève ne déclenche des confrontations semblables dans d'autres villes, le gouvernement fédéral décide d'intervenir. Peu après le début de la grève, le sénateur Gideon Robertson, ministre du Travail, et Arthur MEIGHEN, ministre de l'Intérieur et ministre de la Justice suppléant, se rendent à Winnipeg rencontrer le Citizens' Committee, mais refusent d'entendre les représentants du comité central de grève. Suivant leurs conseils, le gouvernement fédéral ne tarde pas à appuyer les employeurs et ordonne aux employés fédéraux de retourner au travail immédiatement, sous peine de congédiement. On modifie la Loi sur l'immigration de manière à pouvoir expulser les immigrants d'origine britannique et on élargit la notion du terme « sédition » qu'on retrouve dans le Code criminel.
Le 17 juin, le gouvernement fait arrêter 10 chefs du comité central de grève et 2 propagandistes de la One Big Union, syndicat nouvellement formé. Quatre jours plus tard, la Gendarmerie royale du Nord-Ouest charge dans une foule de grévistes, faisant ainsi 30 victimes, dont un mort. Le « samedi sanglant » se termine par l'occupation des rues de la ville par des troupes fédérales. Six des chefs syndicaux sont libérés, mais Fred Dixon et J.S. WOODSWORTH sont arrêtés. Face aux forces jointes du gouvernement et des employeurs, les grévistes décident de retourner au travail le 25 juin.
La grève générale laisse derrière elle amertume et controverse. Dans une vague de recrudescence du syndicalisme et du militantisme partout au Canada, des grèves de solidarité sont déclenchées dans divers centres, de Amherst (Nouvelle-Écosse) à Victoria (Colombie-Britannique). Sept des chefs qui ont été arrêtés sont injustement accusés de conspiration visant à renverser le gouvernement et condamnés à l'incarcération pour une durée allant de six mois à deux ans. Les accusations portées contre J.S. Woodsworth sont retirées. Près de trois décennies s'écouleront avant que les travailleurs canadiens n'obtiennent la reconnaissance syndicale et la négociation collective.
Voir aussi RAND, FORMULE; TRAVAILLEURS, HISTOIRE DES.
Auteur J. NOLAN REILLY
Bibliographie
David J. Bercuson, Confrontation at Winnipeg (1974); A. Ross McCormack, Reformers, Rebels and Revolutionaries (1977).
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