Rapport de la Commission royale d'enquête sur l'avancement des arts, lettres et sciences au Canada, 1949-51

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Rapport de la Commission royale d'enquête sur l'avancement des arts, lettres et sciences au Canada, 1949-51.
Rapport de la Commission royale d'enquête sur l'avancement des arts, lettres et sciences au Canada, 1949-51. Il s'agit du rapport de la commission du même nom, instituée par le gouvernement fédéral par arrêté en conseil en date du 8 avril 1949. Vincent Massey, alors chancelier de l'Université de Toronto, en fut le prés., et les membres : Arthur Surveyer, ingénieur civil de Montréal, Norman A.M. MacKenzie, prés. de l'Université de la Colombie-Britannique, le très révérend Georges-Henri Lévesque, doyen de la faculté des sciences sociales de l'Université Laval, et Hilda Neatby, prof.d'histoire à l'Université de la Saskatchewan. Entre les mois d'août 1949 et juillet 1950, la Commission tint, dans les grandes villes du Canada, des séances publiques durant lesquelles elle entendit la plupart des 450 mémoires soumis, et elle invita des experts à effectuer des études spéciales dans plusieurs domaines, dont une porta sur la musique et fut rédigée par sir Ernest MacMillan. En 1951, la Commission publia un Rapport qui en vint à être connu sous le nom de Rapport Massey et qui s'imposa comme un document de la plus haute importance dans l'histoire de la culture au Canada. Le Rapport préconisait en effet l'appui du gouvernement fédéral à un large éventail d'activités culturelles et proposait la fondation d'un Conseil des arts du Canada visant à encourager les arts, les lettres, les humanités et les sciences sociales.

La première partie du rapport dresse un inventaire global des réalisations et des lacunes dans ce domaine. « Bref, nous avons été fort impressionnés par les nombreux témoignages qui nous ont été apportés de la vigueur et de la diversité d'aspects de la vie musicale au Canada » déclarèrent les membres de la commission, en notant la croissance phénoménale de la musique au Canada au cours des 25 années précédentes, croissance due en grande partie aux progrès technologiques de la radio et du phonographe, à l'apport des émissions musicales de la SRC et des festivals-concours. Les orchestres et les compagnies d'opéra s'étaient acquis des auditoires considérables et fidèles, et l'exécution musicale était encouragée dans les écoles et par des sociétés d'amateurs. Par contre, le professionnalisme avait tendance à se concentrer dans les quatre plus grandes villes, Montréal, Toronto, Vancouver et Winnipeg, alors que les localités moins importantes avaient rarement l'occasion de profiter du talent des meilleurs artistes canadiens. La Commission en déduisit que cet état de choses n'était pas causé par le manque de talents ni par le refus de se déplacer, mais bien par les coûts énormes des voyages dans un pays où les villes sont séparées par de très grandes distances. Entrait aussi en ligne de compte la domination exercée sur l'organisation des concerts par les agences américaines, dont l'éventail d'artistes comptait peu de Canadiens et peu d'artistes intéressés à la musique canadienne. Il était difficile à un jeune Canadien de pénétrer le circuit des concerts sauf s'il émigrait. (Le rapport observa toutefois un contre-courant créé par la SRC, lONF et certaines séries de concerts administrées par des Canadiens.) La carence de salles appropriées fit l'objet de remarques dans une des sections du rapport (p. 224) : « En général, la vie musicale chez nous se déroule dans des lieux inappropriés, voire incongrus : gymnases, écoles, églises, hôtels, ou cinéma [sic] loués à prix d'or pour l'occasion. » Cependant, la situation jugée la plus affligeante fut celle du compositeur de musique sérieuse. Le petit nombre d'exécutions de musique nouvelle fut attribué au coût élevé de la copie des partitions ainsi qu'aux préjugés des auditoires et des éditeurs. En conséquence, les compositeurs demeuraient méconnus malgré les efforts déployés par la SRC. Le rapport déplora également l'absence d'une bibliothèque musicale de premier ordre, d'une histoire publiée de la musique au Canada, d'un centre d'information et de cours universitaires de niveau supérieur dans le domaine de la recherche musicale. Reconnaissant (p. 317) que leur tâche portait « sur rien de moins que les assises spirituelles du Canada », les membres de la commission cherchèrent ce qui pouvait « servir notre patrie à double titre : en accroissant sa grandeur, en lui assurant l'unité », cette dernière remarque faisant référence au dualisme des patrimoines anglais et français. Sans se nourrir d'illusions, le rapport déclara qu'une évaluation de la vie intellectuelle ou culturelle du Canada ne saurait justifier beaucoup de satisfaction (p. 318) : « Si l'on classait les pays contemporains selon l'importance qu'ils accordent aux valeurs faisant l'objet de notre enquête, le Canada se trouverait loin de l'avant-garde, peut-être même près de la fin du cortège. » Cela s'explique en partie par les raisons exposées dans un chapitre antérieur : des distances immenses, une population clairsemée, une jeunesse relative en tant que nation, la tentation de trop se reposer sur un voisin qui est un géant aux mains toujours généreuses.

Tous ces faits montrent combien l'aide de l'État est nécessaire- non pour supplanter, mais pour compléter et mettre davantage en valeur les efforts individuels - aide qui serait dispensée non pas par un ministère fédéral des Beaux-arts et de la Culture, mais par une agence distincte, le CAC. Il fut suggéré que cette protection prenne la forme de bourses pour les universitaires ainsi que (pp. 420-421) pour les personnes oeuvrant dans les arts ou les lettres et désireuses d'étudier au Canada et à l'étranger. Le CAC devait également (pp. 439, 441) agir comme Commission nationale pour l'Unesco et se préoccuper, entre autres choses (p. 443), de « l'encouragement à la musique, au théâtre et au ballet canadiens (par l'intermédiaire des sociétés bénévoles compétentes et en collaboration avec Radio-Canada et l'Office national du film) par divers moyens tels que l'appui financier à des tournées, les commandites de musique à l'occasion d'événements d'importance nationale et la création de récompenses destinées aux jeunes gens de talent, qui se sont distingués dans les festivals de musique, de théâtre ou de ballet ». Les membres de la Commission furent d'avis que ce Conseil des arts devrait faire connaître le Canada à l'étranger, notamment en subventionnant des tournées d'interprètes canadiens à l'extérieur. Dans le domaine de la musique, on recommanda aussi (p. 225) de recueillir la musique folklorique de tous les groupes d'immigrants, d'enregistrer les orchestres canadiens et les oeuvres canadiennes, de réaliser des films sur la musique canadienne, et de fonder des associations nationales de clubs musicaux, de compositeurs, d'écoles de musique et d'autres groupes partageant les mêmes intérêts.

Pour se rendre compte de l'importance historique du Rapport Massey, il faut se rappeler que le soutien de l'État dans le domaine des arts - que l'on tenait pour acquis depuis longtemps dans la plupart des pays européens et qui existait dans une certaine mesure dans la province de Québec - était un concept impopulaire en Amérique du Nord. Beaucoup pensaient qu'une entreprise qui ne pouvait survivre par elle-même ne méritait pas d'exister. D'autres craignaient qu'un appui de l'État ne signifie un contrôle de la part de l'État et soutenaient que l'encouragement aux arts était le seul privilège de la générosité des particuliers. Préconiser la dépense de deniers publics pour des entreprises artistiques était considéré comme une attitude suicidaire par les hommes politiques élus. Le changement fut inspiré en partie par le modèle que constituait l'Arts Council of Great Britain fondé en 1945, et aussi par l'urgence de corriger l'embarras du gouvernement qui était membre de l'Unesco (fondée en 1945) sans disposer d'un organisme capable de le représenter et de servir d'agence d'information. Il fut avant tout suscité par un fort sentiment populaire, né de la fierté des hauts faits du Canada pendant la guerre et déjà exprimé dans le mémoire soumis en 1944 par un « comité de musique » (précurseur du Conseil canadien de la musique) au Comité de la Chambre des communes sur la reconstruction de l'après-guerre. Le Rapport Massey ne fut pas la seule cause des progrès sans précédent de la créativité musicale et de l'intérêt du public qui se manifestèrent à partir de 1950, mais fut un puissant stimulant par l'importance qu'il reconnut aux arts et aux lettres, le soutien moral qu'il accorda à la communauté intellectuelle et les propositions d'ordre pratique qu'il formula. Le rapport devint une réalité en 1957 avec la création du CAC. Il est permis de dire que les résultats après 40 ans ont surpassé les espoirs les plus optimistes de la Commission pour le plein essor de la culture.

Auteur Helmut Kallmann


Bibliographie

Les Arts, les lettres et les sciences au Canada en 1949-51 (Ottawa 1951).

Ettore MAZZOLENI, « Music and the Massey report : do handicaps outweigh hopes? » SatN, LXVI (17 juill. 1951).

Arnold WALTER, « A Canadian pattern », CMJ, I (print. 1957).

Bernard OSTRY, The Cultural Connection (Toronto 1978).

George WOODCOCK, Strange Bedfellows : The State and the Arts in Canada (Vancouver, Toronto 1985).

Maria TIPPETT, Making Culture : English-Canadian Institutions and the Arts before the Massey Commission (Toronto 1990).


Liens supplémentaires
Commission royale d'enquête sur l'avancement des arts, lettres et sciences au Canada
Voyez le Rapport de la Commission royale d'enquête sur l'avancement des arts, lettres et sciences au Canada. Par Bibliothèque et Archives Canada.

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