Carrière
Jones, formé exclusivement en piano classique, commence à se faire un nom comme pianiste de jazz. Il se produit lors de la deuxième édition du Festival international de jazz de Montréal (FIJM) en 1981 et y joue chaque année jusqu'en 1999, participant à l'ouverture et à la clôture du festival à sept reprises. En 1982, avec Biddle, il enregistre pour Spectra Scène un album, Oliver Jones et Charles Biddle, qui, au même titre que le fait de jouer régulièrement au club de jazz de Biddle, attire l'attention du producteur de disques Jim West alors en train de lancer l'étiquette de jazz Justin Time. West signe avec Jones et l'année suivante Justin Time lance Live at Biddle's. Sur cet album, Jones dirige, pour la première fois, ce qui deviendra son type d'ensemble préféré, le trio, avec Biddle à la basse et Bernard Primeau (Montréal 5 janvier 1939 - Montréal 10 octobre 2006) à la batterie. Jones a enregistré son premier album solo, The Many Moods of Oliver Jones en 1984. Ses apparitions au club de jazz de Biddle se font moins régulières au fur et à mesure que sa carrière nationale, puis internationale se développe.
Jones est l'étoile montante des années 1980 parmi les jazzmen canadiens, devançant de beaucoup ses seuls concurrents, les Shuffle Demons. En 1985, il fait des tournées partout au Canada, se produisant à des concerts, à des festivals et dans des clubs, soit comme pianiste en solo soit en trio avec, successivement, les contrebassistes Michel Donato, Skip Beckwith, Dave Young et Steve Wallace, et les batteurs Bernard Primeau, Jim Hillman, Nasyr Abdul Al-Khabyyr et Archie Alleyne. En 1986, Jones fait une tournée en Australie, en Nouvelle-Zélande et aux îles Fiji, et il donne ses premiers concerts aux États-Unis, notamment aux festivals de jazz de Newport (Saratoga Springs, N.Y.) et de Greenwich Village (New York).
L'année 1987 voit la première de nombreuses tournées européennes - son itinéraire inclut la Grande-Bretagne, la France, l'Espagne, l'Irlande, l'Écosse, le Portugal, la Hollande, l'Allemagne et la Suisse à la fin de la décennie. Jones joue à Cuba et au Brésil en 1988, ainsi qu'en Afrique en 1989 (Égypte, Côte d'Ivoire, Nigéria) et en 1990 (Namibie). Il est invité par les principaux festivals de jazz à La Haye, en Hollande (Mer du Nord, 1987), Monterey, Cal. (1988), et New York (JVC, 1989); Jones joue avec le Symphony Nova Scotia (1987), l'Orchestre métropolitain (1988), l'Orchestre symphonique de Québec, l'Orchestre symphonique de Kitchener-Waterloo et l'Orchestre symphonique de Montréal (au FIJM) (1989).
Tout au long des années 1990, Jones donne de nombreux concerts et effectue beaucoup d'enregistrements. Il se produit plus de 130 fois par année et enregistre huit albums. En 1993, il enregistre son deuxième album solo, Just 88, qui inclut ses compositions Blues for Laurentian U et Dizzy-Nest, et qui lui vaut un Félix. Il fait une tournée en Chine sur l'ordre du gouvernement canadien en 1994. L'année suivante, il lance From Lush to Lively, son premier enregistrement avec grand orchestre. Il enregistre un autre album trio, Have Fingers, Will Travel, avec le bassiste Ray Brown et le batteur Jeff Hamilton aux Studios Capitol à Los Angeles en 1997, avant de prendre sa retraite en janvier 2000. Dès lors, il est considéré comme l'un des pianistes de jazz canadiens les plus connus et les plus doués de l'histoire.
La retraite de Jones n'est que partielle. En 2002, il retourne en studio avec le bassiste Skip Bey pour terminer un album, Then and Now, qu'ils ont commencé en 1986. Cette année-là, il devient directeur artistique de la section jazz du Festival de musique de chambre de Montréal. Deux années plus tard, à la Place des Arts, pendant le FIJM, il joue en duo avec Oscar Peterson pour la première fois en public. En 2005, il lance son album enregistré avec Ranee Lee, Just You, Just Me, qui est salué par le public et la critique. Au cours de la même année, Jones fait la une dans la cadre du Festival de musique de chambre à Ottawa et est nommé directeur artistique de The House of Jazz (anciennement le club de jazz Biddle) à Montréal. Un autre enregistrement, One More Time, avec le bassiste Dave Young et le batteur Jim Doxas, sort en juin 2006.
Style
L'essor tardif de la carrière de Jones le place dans l'ombre d'Oscar Peterson, avec qui il partage des origines culturelles et stylistiques - la communauté noire du quartier Saint-Henri, à Montréal et une fusion idiomatique du swing et du bebop - ainsi qu'une agilité technique remarquable. Loin de minimiser leurs points de ressemblance, Jones semble encourager les comparaisons, au point de jouer et d'enregistrer avec certains anciens collègues de Peterson - par exemple, Clark Terry, Herb Ellis et Ed Thigpen. « Hors de tout doute, Peterson est ma plus grande source d'inspiration », commente Jones (La Scena Musicale, juin 2004).
Son expérience en musique classique et populaire lui donne une technique phénoménale, mais aussi l'intuition de ce que le public veut et des limites à ne pas dépasser. Il se laisse aller à des envolées pianistiques complexes, mais il maîtrise également la retenue et sait mettre en lumière l'expressivité d'une mélodie sans la noyer dans des élans de virtuosité. Comme on peut s'y attendre de quelqu'un dont les influences sont Bach et Chopin, il exprime une préférence pour les ballades et trouve le bebop répétitif et manquant de potentiel pour le développement (La Scena Musicale). Cela ne l'empêche pas de donner à sa musique la vitalité rythmique et le dynamisme d'un fervent joueur de bebop. Dans un compte rendu d'un concert de Jones au club Positano, à New York, John S. Wilson nota : « On remarque une légèreté de touche évoquant la facilité de [Art] Tatum et de [Oscar] Peterson, mais dans un contexte qui rappelle les grandes structures mélodiques et exubérantes d'Erroll Garner » (New York Times, 23 avril 1987).
Les compositions enregistrées d'Oliver Jones, dont plusieurs sont dédiées à des amis et collègues - notamment Blues for Chuck et Big Pete, à Chuck et Oscar Peterson, respectivement - incluent Gros Bois Blues, Lights of Burgundy, Snuggles, Fulford Street Stomp, Here Comes Summer Again, Dumpcake Blues, Hilly, The Sweetness of You, Looking for Lou, Bossa for CC, Stay Young, Blues for Hélène, Last Night in Rio, Sophie, Abunchafunk, What A Beautiful Sight, Jordio, Katatura, Mark My Time, Tippin' Home from Sunday School, Stan Pat et Peaceful Time.
Enseignement et prix
Jones enseigne à l'Université laurentienne de 1987 à 1995 et à l'Université McGill de 1988 à 1995. Il reçoit un prix Juno en 1986, 1990 et 2006 et un trophée Félix en 1989 et 1994. Just You, Just Me remporte également le prix de l'enregistrement de l'année et Jones, le prix de claviériste de l'année des National Jazz Awards en 2006. Le FIJM lui décerne le Prix Oscar-Peterson en 1990 et le prix Martin Luther King Jr. en 1992. En 1993, il est nommé Chevalier de l'Ordre national du Québec et, en 1994, Officier de l'Ordre du Canada. Il reçoit le prix des arts du spectacle du Gouverneur général en 2005.
Discographie
Oliver Jones et Charlie Biddle : 1982; Spectra Scène SS-1708 et Justin Time JTR-8405.
Live at Biddle's : Biddle contrebasse, Primeau batterie; 1983; Justin Time JUST-1.
The Many Moods of Oliver Jones : 1984; Justin Time JUST-3.
Lights of Burgundy : MacPherson saxophone ténor, Schwager guitare, Donato contrebasse, Hillman batterie; 1985; Justin Time JUST-6.
Speak Low/Swing Hard : Beckwith contrebasse, Hillman batterie; 1985; Justin Time JUST-17.
Requestfully Yours : Beckwith contrebasse, Sharma batterie; 1985; Justin Time JUST-11.
Cookin' at Sweet Basil : Young contrebasse, Clarke batterie; 1987; Justin Time JUST-25.
Just Friends : Terry trompette, Young contrebasse, Al-Khabyyr batterie; 1989; Justin Time JUST-31.
Northern Summit : Ellis guitare, Mitchell contrebasse; 1990; Justin Time JUST-34 (CD et cassette).
A Class Act : Wallace contrebasse, Thigpen batterie; 1991; Justin Time JUST-41 (CD et cassette).
Just 88 : Jones piano; 1993; Justin Time JUST 51-2.
Yuletide Swing : Jones clavinova et piano, Richard Ring guitare, Dave Young basse, Wali Muhammad batterie; 1994; Justin Time JUST 71-2.
From Lush to Lively : Jones piano, Rob McConnell sax et grand orchestre; 1995; Justin Time JUST 73-2.
Have Fingers, Will Travel : Jones piano, Ray Brown basse, Jeff Hamilton batterie; 1997; Justin Time JUST 102-2.
Just In Time : Jones piano, Dave Young basse, Norman Marshall Villeneuve batterie; 1998; Justin Time 120/1-2.
Then and Now : Jones piano, Skip Bey basse; 2002; Justin Time JUST 180-2.
Just You, Just Me : Ranee Lee voix, Jones piano, Éric Lagacé basse, Dave Laing batterie; 2005; Justin Time 213-2.
One More Time : Jones piano, Dave Young basse, Jim Doxas batterie, Ingrid Jensen trompette et flugelhorn, Chet Doxas saxophones; 2006; Justin Time JUST 217-2.
CD sur lesquels figure Jones
Quiet Song : Ranee Lee voix; 1989; Justin Time JUST-33.
I Thought About You : Ranee Lee voix et autres; 1994; Justin Time JUST 68-2.
Jubilation VI : Looking Back : Montreal Jubilation Gospel Choir et autres; 1994; Justin Time JUST 66/67-2.
In Good Company : Charle Biddle basse et autres; 1996; Justin Time JUST 90-2.
Ring In Minor : Richard Ring guitare et autres; 1996; Justin Time JUST 82-2.
Jones participe également comme organiste à des enregistrements du Montreal Jubilation Gospel Choir.
DVD
Bibliographie
Mark MILLER, « A Legend comes home », Globe and Mail (Toronto, 28 janv. 1982).
James QUIG, « Meet Oliver Jones, an out-of-sight piano player »», The Gazette (Montréal, 18 déc. 1982).
Mark MILLER, Boogie, Pete & The Senator (Toronto 1987).
John SUTHERLAND, « Oliver Jones : Canada's newest jazz ambassador », Coda, 220 (juin-juill. 1988).
Robert STEWART, « Oliver Jones and all that jazzã », Reader's Digest, CXXXIV (mai 1989).
John GILMORE, Who's Who of Jazz in Montreal (Montréal 1989).
« Le Rêve climatisé d'un pianiste » (interview accordée à Maurice SEGURA), Continuum, XIV (18 mars 1991).
Mark MILLER, The Miller Companion to Jazz in Canada (Toronto 2001).
Marthe SANSREGRET, Oliver Jones, le musicien et l'homme (Laval 2005).
-Oliver Jones : The Musician, the Man (Montréal 2006).
Mark MILLER, Jones, Oliver, Grove Music Online, éd. L. Macy (accédé le 16 août 2006). http://www.grovemusic.com.
Filmographie
Crossroads - Three Jazz Pianists (ONF 1987).
Oliver Jones in Africa (ONF 1989).
Auteur Réviseur: Evan Ware
Liens supplémentaires
Oliver Jones - Passé et présent
Une article de Oliver Jones, l'un des plus illustres pianistes de jazz canadiens. Par le site Web de "La Scena Musicale."
Oliver Jones in Africa
Une site ONF dédié à Oliver Jones.
Oliver Jones et Oscar Peterson
Visionnez un extrait vidéo mettant en vedette Oscar Peterson et Oliver Jones performant "Hymn to Freedom." From YouTube.


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