Massey Hall. Célèbre salle de concert canadienne située rue Shuter dans le centre-ville de Toronto. Elle fut érigée par Hart A. Massey qui l'offrit en cadeau à la ville, en mémoire de son fils Charles Albert Massey, afin de promouvoir « l'intérêt pour la musique, l'éducation, la tempérance, l'industrie, le civisme, le patriotisme, la philanthropie et la religion ». Elle fut inaugurée le 14 juin 1894 par une audition du Messie de Haendel dans le cadre d'un festival de trois jours. Connue jusqu'en 1933 sous le nom de Massey Music Hall, elle contenait alors 4000 sièges répartis au parterre, aux deux balcons, dans des loges dont six privées, et dans des rangées à gradins au fond de la scène. Elle fut conçue par S.R. Badgely, architecte canadien résidant à Cleveland, et construite en brique au coût de 150 000 $, sous la supervision de l'architecte torontois George M. Miller. Sous l'autorité d'un conseil d'administration, elle fut gérée par I.E. Suckling (1894-1900), Stewart Houston (1900-10), Norman Withrow (1910-32), John P. Carter (1932-33), Wilfred James (1933-43), Ross Creelman (1943-68) et Joseph Cartan (1968-84). Roy Reeves fut dir. d'exploitation (1984-86), et Karen Killeen devint gérante en 1986. Les premières modifications d'importance dans sa structure furent effectuées en 1933, et le nombre de sièges fut ramené à 2765 à la suite de l'agrandissement du foyer et de l'ajout d'un salon au balcon. Cette année-là, l'édifice adopta officiellement le nom déjà largement utilisé de Massey Hall. En 1948, une seconde rénovation permit d'abaisser le niveau de la scène. Le bois des planchers de cette dernière, comme de ceux du sous-sol et de l'orchestre, fut remplacé par du béton armé. Depuis lors, l'acoustique de la salle a été louangée par le public pour sa chaleur et critiquée par les musiciens d'orchestre pour son caractère trompeur - un musicien du TS dit un jour que les instrumentistes ne pouvaient pas s'entendre clairement entre eux, à cause de la réverbération, et que par conséquent, il était difficile d'obtenir un ensemble parfait; les enceintes acoustiques et les tentures qui surplombaient la scène durant mandat de Seiji Ozawa n'y changèrent pas grand-chose. En 1976, on tomba d'accord pour édifier le futur Roy Thomson Hall sur la rue King ouest. Terminé en 1982, il remplit pratiquement les mêmes fonctions que Massey Hall. Les deux salles sont gérées par un même comité, et en 1991, aucune ne dépendait encore de la moindre subvention gouvernementale.

Pendant longtemps le seul édifice au Canada conçu expressément pour le concert, Massey Hall devint le foyer du Choeur Mendelssohn de Toronto (1895), du premier Toronto Symphony Orchestra (1906-18) et du TSO (1923). Elle donna à Toronto les moyens de s'affirmer comme un important centre du chant choral et procura à la ville une fenêtre ouverte sur le monde. Une sélection, au hasard, parmi les innombrables événements qui ont eu lieu chez « la vieille dame de la rue Shuter » (surnom donné à la salle par Vincent Massey lors d'une visite en 1953) donne une idée de l'éventail de son utilisation. Dignes de mention furent de remarquables concerts de Paderewski (1896), Patti (1903), Albani (1903, 1906), Caruso (1908), Tetrazzini (1912), Galli-Curci (1917), Heifetz (1918, l'année de ses débuts à New York alors qu'il était encore adolescent) et Kreisler (1934); les discours de Winston Churchill (1900, 1901), Carrie Nation (1901) et Lloyd George (1919); un concert de l'OS de Londres sous la direction de Nikisch (1912); le mariage de l'athlète canadien-indien Tom Longboat (1908); un combat d'exhibition du boxeur Jack Dempsey (1919); et une exécution de The Dream of Gerontius d'Elgar par le Sheffield Choir sous la direction du compositeur (1911). On y présenta aussi des films, muets ou parlants; des combats de boxe réguliers; des compagnies de tournées d'opéra, de ballet et de théâtre, les concerts annuels du Toronto May Festival par les choeurs des écoles de Toronto (1894 -); d'innombrables concerts de musique folklorique, rock, jazz et symphonique. Des séances d'enregistrement du Choeur Mendelssohn de Toronto y eurent lieu durant les années 1950, de même que celles du Quintet of the Year de Dizzy Gillespie et Charlie Parker en 1953, de l'Orchestre symphonique de la SRC et des Festival Singers du Canada dirigés par Stravinsky lors des créations en 1962 de ses oeuvres A Sermon, a Narrative and a Prayer et 8 Instrumental Miniatures. Des enregistrements de Gordon Lightfoot, Crowbar, Rush et divers interprètes y furent réalisés pour RCI et la série SM de la SRC. Le TS et le Choeur Mendelssohn de Toronto se produisirent régulièrement au Massey Hall jusqu'en 1982.

Une fois le Roy Thomson Hall disponible, Massey Hall perdit ses meilleurs locataires (le TS y donna un dernier concert le 4 juin 1982, Johnny Cowell ayant composé pour cette occasion A Farewell Tribute to the Old Lady of Shuter Street). Malgré la rénovation des locaux, le nombre moyen des spectacles fut réduit en quelques années à deux ou trois par semaine. Le CJRT Orchestra y donna sa série annuelle de concerts (1982-91) et le Toronto Pops Orchestra commença à s'y produire en 1986; la même année, l'Orchestre symphonique de Kitchener-Waterloo, avec Anton Kuerti, présenta un programme de trois concerts, et les représentations du Messie par Tafelmusik commencèrent en 1987. Cependant, ce sont les concerts de rock qui allaient constituer l'essentiel des locations, ainsi que les spectacles donnés par des artistes pop, des formations représentatives des communautés ethniques, des choeurs et des ensembles scolaires, et divers spectacles spécifiquement torontois. En 1989, la salle fut pourvue d'un système d'air climatisé en vue des représentations, étalées sur sept mois, de la comédie musicale Cats de Lloyd Webber. Le Historical Sites and Monuments Board a fait poser deux plaques à l'extérieur, en l'honneur du Massey Hall lui-même (1985) et pour rendre hommage à sir Ernest MacMillan (1989). À partir de 1982, John B. Withrow, fils d'un des premiers gérants, a rédigé une série d'articles (« In retrospect » ou « Reprise », pour le périodique Bravo) sur l'histoire, les spectacles et les artistes qui ont ponctué la longue existence de cette salle. Les archives de Massey Hall sont intégrées à celles du Roy Thomson Hall.

Auteur Patricia Wardrop


Bibliographie

Stephen BRUNT, « Massey Hall saw them all : grande dame of concert halls gets facelift to face the future », Globe and Mail (Toronto, 8 sept. 1982).

Kay KRITZWISER, « Musical musings », Bravo (nov.-déc. 1984).

Adrian WALLER, « Massey Hall : grand old lady of Shuter Street », City and Country Home, IV (déc. 1985).

Christopher HUME, « A cultural facelift », Bravo (mai-juin 1991).

William KILBOURN, Intimate Grandeur: One Hundred Years at Massey Hall (Stoddart 1993).


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