En 1724, Girard occupait le poste de maître de chant au séminaire de Paris; il demanda alors une autorisation exceptionnelle, celle d'avoir « une épinette dans sa chambre pour s'exercer... pour être en état de toucher [l'orgue] à Montréal où il se propose d'aller » (Registre des Assemblées des consulteurs II, 2 janvier 1724, Archives de la Compagnie de Saint-Sulpice, Paris). Au mois de juillet, il s'embarquait à Rochefort sur la flûte Le Chameau, emportant avec lui le Premier Livre d'orgue et le Traité de la composition de musique de Guillaume-Gabriel Nivers ainsi qu'un manuscrit de 540 pages de Pièces d'orgue (anonymes et Nicolas Lebègue) de provenance inconnue, désigné Livre d'orgue de Montréal depuis sa découverte en 1978 par Élisabeth Gallat-Morin.
Pendant le reste de sa vie, il enseigna diverses matières « avec zèle et succès », y compris sans doute la musique et plus particulièrement le plain-chant, aux petites écoles de garçons dirigées par les Sulpiciens à Montréal (Catalogue de tous les prêtres et ecclésiastiques venus de France au Canada depuis 1657 jusques en 1754, Archives du séminaire de Saint-Sulpice, Montréal). Il toucha l'orgue de sept jeux (don des Sulpiciens) à l'église Notre-Dame pendant 40 ans (bien que l'on sache que d'autres occupèrent ce poste jusqu'en 1734, en 1739 et 1741). Gauthier l'a aussi décrit comme « modérateur du chant ». Les occasions ne manquèrent pas à Jean Girard de mettre à profit ses talents musicaux : grand-messes, vêpres et saluts tous les dimanches, processions, jubilés, Te Deum, les nombreuses fêtes religieuses constituant des temps forts de la vie de la petite communauté montréaliste.
Doté d'une fort belle calligraphie, Girard servait de secrétaire à son supérieur et vicaire général de l'évêque de Québec. On possède plusieurs documents recopiés de sa main, qui décrivent des événements auxquels il a assisté. En outre, des manuscrits de plain-chant - livre d'hymnes de près de 80 pages (Archives du séminaire de Saint-Sulpice, Montréal), la messe de la fête de la Visitation et des hymnes recopiées pour les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame, ainsi qu'une quarantaine de pages de cantiques français (ANQ à Montréal) - témoignent de son activité. Toutefois, sa signature mise à part, on ne trouve aucun exemple de son écriture dans le manuscrit du Livre d'orgue de Montréal. Trois mois avant sa mort, il apposa sa signature, maintenant rapetissée et hésitante, sur l'acte de fondation de la Compagnie de Saint-Sulpice de Montréal, qui devait se détacher de la Compagnie de Paris.
Sa formation complète de musicien d'église, les fonctions liturgiques qui le plaçaient au centre de la vie culturelle naissante de la petite communauté, l'enseignement du plain-chant aux enfants, son rôle d'organiste à l'église paroissiale pendant de nombreuses années, faisant entendre sans doute pour la première fois à Montréal la musique de Nivers et de Lebègue, toutes ces activités font de Jean Girard un des premiers musiciens professionnels de Montréal.
Auteur Élisabeth Gallat-Morin
Ovide LAPALICE, « Les Organistes et maîtres de musique à Notre-Dame de Montréal », BRH, XXV (août 1919).
Henri GAUTHIER, Sulpitiana (Montréal 1926).
Élisabeth GALLAT-MORIN, « Jean Girard : premier musicien professionnel de Montréal? », Cahiers de l'ARMuQ, 3 (juin 1984).
-, Un manuscrit de musique française classique - étude critique et historique - Le Livre d'orgue de Montréal (Montréal, Paris 1988).
Elisabeth GALLAT-MORIN, Jean Girard, Musicien en Nouvelle-France: Bourges 1696-Montreal 1765 (Quebec 1993).
Liens supplémentaires
Kenneth Gilbert
Le site présente un extrait sonore d'un morceau choisi du “Livre d’orgue de Montréal" interprété par Kenneth Gilbert. Un site Analekta.


Le récit de la fondation de Montréal est peut-être unique dans l'histoire....
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