1. Musique sur le site
2. Le Festival mondial
1. Musique sur le site. Pendant six mois, environ 6000 concerts gratuits furent présentés sur les terrains de l'Expo par des ensembles professionnels et d'amateurs de toutes les parties du monde, quelques-uns parrainés et rémunérés par leur gouvernement et d'autres apportant leur concours à leurs propres frais. Des concerts furent présentés à dates et heures fixes aux kiosques et sur les places, des groupes se produisirent dans les pavillons nationaux, des ensembles ambulants se promenèrent sur le site en sérénadant les foules, des comédies musicales et des opérettes furent offertes à l'Expo-théâtre et des artistes de cabaret et de musique pop furent engagés à La Ronde. De façon générale, la musique fut ininterrompue et partout présente. Des oeuvres ainsi que des partitions de films et de la musique d'environnement pour certains pavillons furent commandées aux compositeurs. Parmi eux ont figuré R. Murray Schafer (Kaléidoscope, pavillon des industries chimiques), Eldon Rathburn (Labyrinthe, pavillon de l'ONF), Serge Garant (L'Homme et les régions polaires), André Prévost, Alexander Brott, Robert Fleming, Otto Joachim (Pavillon canadien) et Gilles Tremblay (Pavillon du Québec, ce qui lui valut le Prix de musique Calixa-Lavallée 1968). Le pavillon L'Homme et la musique fut consacré à l'oeuvre des JMC et présentait des expositions. On pouvait y entendre de la musique enregistrée et assister à des démonstrations des principales méthodes d'enseignement comme celles d'Orff et de Kodály. Chaque jour, des cours de perfectionnement étaient dispensés en public dans des studios aménagés à cette fin. L'édifice en béton préfabriqué qui logea ce programme fut par la suite transporté au Centre d'art d'Orford, Québec, pour devenir l'un des pavillons du camp musical des JMC. Entre le 16 et le 22 juillet, sur le site de l'Expo et à Montréal, les JMC accueillirent le 21e congrès mondial de la Fédération internationale des Jeunesses musicales en plus de tenir les épreuves finales d'un Concours musical national d'interprétation et d'un Concours international de composition. Les gagnants du premier furent Andrew Dawes (cordes), Annon Lee Silver (chant) et Robert Silverman (piano). Les lauréats du second furent Josef Maria Horvath (Autriche), Sydney Hodkinson (Canada), Zsolt Durko (Hongrie), Martin Boykan (États-Unis) et Michael Finnissy (Angleterre).
Le principal lieu d'exécution pour les musiciens canadiens fut cependant le Pavillon du gouvernement canadien, appelé Katimavik (mot inuit signifiant « lieu de rencontre »). Il réunissait un théâtre de 500 places et un kiosque à musique à ciel ouvert entouré de 1200 sièges où 58 spectacles et concerts furent présentés chaque semaine durant la durée de l'exposition par un grand nombre d'ensembles et d'artistes individuels. Hugh Davidson joua le rôle de conseiller musical auprès de l'administration du pavillon, et le gouvernement fédéral octroya quelque 800 000 $ pour le coût des manifestations qui y furent présentées. Quatre concerts étaient donnés chaque jour, sauf le lundi, dans le kiosque : on pouvait entendre des choeurs et ensembles d'amateurs à midi, une harmonie à 14h30 et 17h et des chansonniers et chanteurs de folklore à 15h45. Au Théâtre (aussi fermé le lundi), des récitals d'orgue étaient offerts à midi (sur un instrument donné par Casavant Frères), des ensembles de musique de chambre et de jazz à 14h30, deux spectacles chaque après-midi par l'ensemble folklorique les Feux Follets, et une revue dans le style de la comédie musicale à 18h15; les samedis et dimanches, la représentation de 14h30 mettait à l'affiche des récitals de solistes dont l'accompagnateur attitré était John Newmark.
Les artistes entendus en récital en fin de semaine furent Pierrette Alarie, Donald Bell, John Boyden, Victor Braun, Hyman Bress, Maureen Forrester, Richard Gresko, Elizabeth Benson Guy, Ida Haendel, Betty-Jean Hagen, Walter Joachim, Lois Marshall, Zara Nelsova, Louis Quilico, Joseph Rouleau, Robert Savoie, Steven Staryk, Bernard Turgeon, Ronald Turini, André Turp, Richard Verreau, les pianistes-duettistes Victor Bouchard et Renée Morisset, et les chanteuses Shirley Harmer, Pauline Julien et Monique Leyrac.
En semaine, les concerts de 14h30 furent donnés par le Tommy Banks Quartet, les Cassenti Players, le Ron Collier Jazz Group, le Duo Pach, l'Ensemble Couperin-le-Grand, l'Ensemble de jazz Lee Gagnon, l'Ensemble vocal Chantal-Masson, les Festival Singers, le Halifax Trio (Trio de l'Université de Brandon), la Lance Harrison Dixieland Band, le Hidy Trio, le Moe Koffman Quartet, Phylis Mailing, le Manitoba University Consort, Nimmons 'N' Nine, l'Orchestre de chambre McGill, l'Orchestre Hart House, le Petit Ensemble vocal, le Quatuor à cordes Gabora, le Quatuor à cordes Orford, le Quintette à vent de Toronto, le Quintette à vent de Québec, le Quintette de cuivres de Montréal, le Quatuor de jazz Yvan Landry, le Trio baroque de Montréal, le Trio Pierre Leduc, et les ensembles de la SMCQ et des Ten Centuries Concerts. Chaque groupe jouait quatre jours de suite et variait en général son programme.
Les récitals d'orgue au Théâtre furent présentés par Françoise Aubut, Hugh Bancroft, Douglas Bodle, Antoine Bouchard, Barry Cabena, Raymond Daveluy, Maitland Farmer, Frederick Geoghegan, Kenneth Gilbert, Conrad Grimes, Gordon Jeffery, Mireille Lagacé, Claude Lavoie, Jean Leduc, Lucienne L'Heureux-Arel, Hugh McLean, Kenneth Meek, Charles Peaker et Gerald Wheeler.
Les concerts au kiosque mirent à l'affiche notamment Hélène Baillargeon, Oscar Brand, Pierre Calvé, Dinah Christie, Tommy Common, Michel Conte et Micheline Bardin, Bobby Curtola, Bonnie Dobson, le sextuor de Maynard Ferguson, Louise Forestier, Tom Kines, Penny Lang, Raymond Lévesque, Gordon Lightfoot, Malka and Joso, Bruce McKay, Alan Mills, Jean-Guy Moreau, Ginette Ravel, la famille Soucy, The Travellers et Alexandre Zelkine.
Un grand nombre de ces concerts furent enregistrés par la SRC pour retransmission ultérieure, et des transcriptions sur disque furent faites par RCI dans le cadre de la collection « CBC Expo » pour plus de 40 présentations.
2. Le Festival mondial. Le lieu principal où se déroula le Festival mondial fut la PDA, au centre-ville de Montréal, que l'Expo loua pour la durée de l'exposition. Les manifestations se déroulèrent dans les trois théâtres de la PDA ainsi qu'à l'Expo-théâtre de 2000 sièges construit pour l'Expo 67, adjacent au site, et à l'église catholique Saint-Jacques-le-Mineur. La corporation révéla qu'elle avait imprimé 4,3 millions de billets, pour 672 manifestations de 110 ensembles, totalisant environ 25 000 exécutants de 25 pays (y compris des spectacles à grand déploiement comme le « Tattoo » des Forces armées canadiennes qui eut lieu à l'Autostade, voisin du site de l'Expo). La fréquentation atteignit 87 p. cent de la pleine capacité pour les opéras, et 72 p. cent pour les concerts. Un gala d'ouverture, le 29 avril, vit la création de Terre des hommes, cantate pour choeur et orchestre d'André Prévost, par l'OSM et le Choeur du Festival mondial, préparé par Marcel Laurencelle, avec Michelle Rossignol et Albert Millaire comme narrateurs, sous la direction de Pierre Hétu. Wilfrid Pelletier dirigea également l'OSM et le choeur de l'Université Rutgers dans l' Ode à la joie de Beethoven avec Pierrette Alarie, Maureen Forrester, Léopold Simoneau et Joseph Rouleau comme solistes.
Effectuant leurs débuts nord-américains, les compagnies au grand complet de La Scala de Milan, de l'Opéra d'État de Vienne, de l'Opéra du Théâtre Bolchoï, de l'Opéra d'État de Hambourg et de l'Opéra royal de Suède présentèrent chacune des productions lyriques sur scène. Le coût du transport aller-retour des exécutants étrangers ainsi que des décors et costumes fut assumé par les gouvernements respectifs, tandis que l'Expo prenait à sa charge les salles, auditoires, logement et frais de séjour. La saison lyrique mit à l'affiche l'Opéra royal de suède avec Silvio Varviso et Sixten Ehrling au pupitre, dans Un Ballo in Maschera de Verdi, l'opéra « spatial »Aniara de Karl Birger Blomdahl, The Rake's Progress de Stravinsky, production d'Ingmar Bergman, et Tristan und Isolde de Wagner avec Birgit Nilsson et Ken Neate; l'Opéra d'État de Hambourg, sous la direction musicale de Hans Schmidt-Isserstedt et Leopold Ludwig, dans Mathis der Maler de Hindemith, Lulu de Berg, Jenufa de Janáček, et une version concert de Der Freischütz de Weber; l'Opéra d'État de Vienne sous la direction de Karl Boehm, Heinrich Hollreiser, Berislav Klobucar et Josef Krips, dans Don Giovanni et Les Noces de Figaro de Mozart, Elektra et Der Rosenkavalier de Strauss, et Wozzeck de Berg; l'Opéra du Bolchoï de Moscou, dans Prince Igor de Borodin, Boris Godounov de Moussorgsky, La Dame de pique de Tchaïkovsky, Guerre et paix de Prokofiev et La Cité invisible de Kitège de Rimsky-Korsakov; La Scala de Milan dans Il Trovatore et Nabucco de Verdi, La Bohème de Puccini et I Capuletti e i Montecchi de Bellini, ainsi que dans une exécution du Requiem de Verdi dirigée par Herbert von Karajan; l'English Opera Group, direction Benjamin Britten, Rudolph Schwarz, James Lockhart et Steuart Bedford, dans Curlew River, The Burning Fiery Furnace et A Midsummer Night's Dream de Britten, The Bear de Walton, Acis and Galatea de Haendel et The Beggar's Opera de John Gay, version Britten; la COC, dirigée par Victor Feldbrill et Otto-Werner Mueller, dans Louis Riel de Harry Somers et Les Contes d'Hoffmann d'Offenbach, avec Bernard Turgeon, Cornelis Opthof, Joseph Rouleau, Patricia Rideout, Roxolana Roslak, Mary Morrison, André Turp, Colette Boky, Eleanor Calbes, Heather Thomson, Phil Stark, Jan Rubes, Norman Mittelmann et Alan Crofoot. Deux opéras furent produits par l'OSM, Otello de Verdi, dirigé par Zubin Mehta avec Jon Vickers, Teresa Stratas et Louis Quilico (production pour laquelle le gouvernement canadien octroya 50 000 $), et Faust de Gounod dirigé par Wilfrid Pelletier avec Heather Thomson, Richard Verreau, Joseph Rouleau et Robert Savoie.
Des concerts furent donnés par l'Orchestre philharmonique de Vienne dirigé par Boehm, l'Orchestre de la Suisse romande dirigé par Ernest Ansermet et Paul Kletzki, l'Orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam dirigé par Bernard Haitink, l'Orchestre de l'ORTF, l'Orchestre philharmonique tchèque, l'Orchestre philharmonique de Buffalo, l'ONJ, l'OS de Melbourne dirigé par Willem van Otterloo avec la soprano Marie Collier, l'OS de Hambourg, l'Orchestre philharmonique de New York, le TS, l'Orchestre philharmonique de Los Angeles, l'OS de San Francisco, l'OSM, l'OMJM et la Northern Sinfonia d'Angleterre.
Les orchestres et ensembles de chambre regroupèrent notamment le Collegium Musicum de Zurich dirigé par Paul Sacher, les Solistes de Prague, l'Octuor de l'Orchestre philharmonique de Berlin, le Quatuor slovaque, l'Orchestre Scarlatti de Naples dirigé par Mario Rossi et Massimo Pradella, les Solistes de Liège, l'Orchestre du Festival de Bath dirigé par Yehudi Menuhin, le Quintette Danzi des Pays-Bas et le Trio Stern-Rose-Istomin. Des récitals furent donnés par Henryk Szeryng, Christoph Eschenbach et Arturo Benedetti Michelangeli.
Parmi les choeurs qui se firent entendre figurent le Choeur de l'Armée rouge et le Choeur Piatnitsky, de l'Union soviétique, le Choeur et l'Orchestre Bach de Munich, le Choeur de l'Université de Copenhague, l'Ensemble folklorique Lado de Yougoslavie et l'Ensemble folklorique suisse. Les troupes de ballet et de danse folklorique présentées furent le Ballet du XXe siècle de Belgique, le Ballet Bolchoï, le Ballet de l'Opéra de Paris, le Royal Ballet de Grande-Bretagne, le Ballet australien, le Ballet national du Canada, le Ballet royal de Winnipeg, les Grands ballets canadiens, le New York City Ballet, la compagnie de danse Martha Graham, le Théâtre national de danse de la Jamaïque, la Troupe folklorique nationale tunisienne, la Troupe de danseurs d'art folklorique japonais, Musique et danse de l'Inde et Fiesta Cubana.
Au nombre des autres manifestations ont figuré un concert gala par les lauréats du concours des JMC, une semaine de représentations d'Anne of Green Gables, et plusieurs concerts de Duke Ellington et son orchestre avec Sarah Vaughan. Dans son ensemble, le Festival mondial constitua l'un des plus grands rassemblements de musiciens jamais tenu dans une même ville et sûrement le plus grand au Canada.
La chanson-thème officielle d'Expo 67, choisie par un jury après un concours public, fut « Un jour, un jour » (version anglaise, « Hey Friend, Say Friend ») de Stéphane Venne. Elle fut enregistrée et largement diffusée aux stations radiophoniques montréalaises, mais ne souleva pas l'enthousiasme du maire Jean Drapeau, l'un des principaux promoteurs d'Expo 67, parce que les paroles ne mentionnaient pas la ville hôte.
« Terre des hommes » fut retenu comme nom d'une exposition tenue l'été sur le site de l'Expo jusqu'en 1982.
Auteur Thomas C. Brown
J. RUDEL-TESSIER, « Projets de l'Expo : vagues mais prometteurs », CompCan, 7 (mars 1966).
Robin GREEN, « Opera at the World Festival », OpCan, VII (sept. 1966).
J. Rudel-Tessier, « Stéphane Venne remporte la palme », CompCan, 14 (janv. 1967).
« La Musique canadienne à l'Expo », ibid.
Robin GREEN, « The Expo 67 scene », OpCan, VII (févr. 1967).
Ron EVANS, « Expo 67 : <Katimavik> the meeting place », PfAC (print. 1967).
« De la musique canadienne pour les spectacles de marionnettes », CompCan, 17 (avril 1967).
« Opera at Expo 67 », OpCan, VIII (mai 1967).
Hugh DAVIDSON, « Le Festival Katimavik », Mcan (juin 1967).
CompCan, 20 (juill.-août 1967); numéro consacré à la musique à l'Expo 67 et incluant des articles sur le jazz, les divertissements populaires et le pavillon des JMC.
John KRAGLUND, « Review : Expo's World Festival », OpCan, VIII (sept. 1967).
Expo 67 : Guide officiel (Montréal 1967).
Le Pavillon du Canada : Expo 67 : les spectacles au théâtre et au kiosque à musique (Ottawa 1967).
General Report on the 1967 World Exhibition, 5 vol. (Ottawa 1969); vol. IV et V : rapport sur le Festival mondial.
Comptes rendus des manifestations dans The Gazette, The Montreal Star, Le Devoir, La Presse (Montréal); The Globe and Mail, The Toronto Star et The Telegram (Toronto); Le Soleil (Québec).
Liens supplémentaires
Expo 67: Montréal capitale du monde
Le site Internet des Archives de Radio-Canada, vise à rendre accessible au grand public une partie de la vaste collection d'archives radiophoniques et télévisuelles de Radio-Canada et de la CBC.


Le récit de la fondation de Montréal est peut-être unique dans l'histoire....
Contenu de LEC

