L'effondrement du commerce mondial porte un coup particulièrement dur à l'économie du Canada, parce que 33 p. 100 de son revenu national brut provient des exportations. Les quatre provinces de l'Ouest, qui dépendent presque exclusivement de l'exportation de produits primaires, sont les plus touchées. En plus de voir le prix du blé atteindre son plus bas niveau de toute l'histoire, la Saskatchewan est affligée de mauvaises récoltes et son revenu total diminue brusquement de 90 p. 100 en l'espace de deux ans, de sorte que 66 p. 100 de la population rurale dépend des secours publics. À partir de 1932, les autres provinces de l'Ouest sont, à toutes fins utiles, en faillite. Bien que l'Ontario et le Québec connaissent un taux élevé de chômage, ces provinces sont affligées moins durement en raison de leur économie industrielle plus diversifiée et produisant pour le marché intérieur protégé. Les Maritimes, pour leur part, tombent de moins haut, étant donné qu'un grave recul économique y sévit déjà depuis les années 20.
La Crise touche différemment les classes sociales. Les salaires baissent durant toutes les années 30, et les prix baissent encore plus rapidement. Conséquemment, le niveau de vie des propriétaires fonciers et de la main-d'oeuvre active augmente. Ce sont les fermiers, les jeunes, les hommes d'affaires modestes et les chômeurs qui portent tout le poids de la misère économique.
Les changements démographiques sont un indice révélateur de la gravité de la Crise. Durant les années 30, la croissance de la POPULATION atteint son taux le plus bas depuis les années 1880 à cause de la baisse à la fois de l'IMMIGRATION et du taux de natalité. Au Canada, le nombre des immigrants reçus passe de 169 000 en 1929 à moins de 12 000 en 1935 et ne dépasse pas 17 000 durant le reste de la décennie. Pendant cette période, on refuse de donner asile aux JUIFS européens fuyant l'Allemagne nazie (voir RÉFUGIÉS). Le nombre des déportations faites par le Canada passe de moins de 2000 en 1929 à plus de 7600 trois ans plus tard. Au cours de la décennie, près de 30 000 immigrants sont forcés de retourner dans leur pays d'origine parce qu'ils sont malades ou en chômage.
Le taux de natalité au Canada passe de 13,1 naissances vivantes par 1000 habitants en 1930 à seulement 9,7 en 1937, le plus bas pourcentage jusqu'aux années 1960. Durant les années 30, la population rurale du Canada (sauf celle de la Saskatchewan) croît plus rapidement que la population urbaine, renversant l'élan de l'urbanisation des 50 dernières années. Pour bien des chômeurs, il vaut mieux faire un « retour à la terre » que de vivre misérablement des secours en ville.
Avec près de 33 p. 100 de sa main-d'oeuvre rémunérée travaillant encore dans le secteur de l'agriculture en 1931, le Canada ne dispose pas d'un système adéquat d'aide sociale pour les sans-travail. Bien que le chômage soit un problème national, les gouvernements fédéraux du conservateur R. B. BENNETT (1930-1935) et du libéral W. L. Mackenzie KING (à partir de 1935) refusent dans l'ensemble de fournir du travail aux chômeurs, affirmant que la responsabilité de les aider incombe aux autorités municipales et provinciales. Cela provoque un effondrement fiscal dans les quatre provinces de l'Ouest et dans des centaines de municipalités et, par suite, des mesures d'assistance sociale, qui sont improvisées, insuffisantes et souvent humiliantes. L'allocation mensuelle que reçoit une famille de 5 personnes varie de 60 dollars à Calgary à 19 dollars à Halifax. Il n'existe aucun rapport officiel de mort par inanition, mais pendant toute la décennie, les médecins font couramment état de scorbut et d'autres maladies causées par la malnutrition.
Parce que les gouvernements provinciaux refusent d'aider les hommes seuls et sans foyer, le gouvernement fédéral crée des CAMPS DE SECOURS POUR LES CHÔMEURS de 1932 à 1936. Administrés par le ministère de la Défense, ces camps paient les hommes 20 cents par jour pour un travail de construction dans les bois. En 1935, une protestation contre les conditions de vie dans ces camps se termine par l'émeute de Regina, l'incident le plus violent des années 30 et au cours duquel un policier est tué, des dizaines d'hommes sont blessés et 130 autres sont arrêtés (voir MARCHE SUR OTTAWA).
La Crise a aussi l'effet de modifier les conceptions conventionnelles de l'économie et du rôle de l'État. Les gouvernements Bennett et King de même que la majorité des économistes croient fermement qu'un budget équilibré, un dollar fort et des changements dans les tarifs douaniers permettront au marché privé de relancer l'économie, mais leur confiance est mal placée. La Crise engendre plusieurs mouvements de réforme politique, surtout au niveau provincial, préconisant l'intervention de l'État pour amorcer la relance. Ces réformes comprennent, entre autres, les théories du CRÉDIT SOCIAL sur l'inflation du premier ministre de l'Alberta William ABERHART, le programme « Work and Wages » du premier ministre de la Colombie-Britannique Thomas Dufferin PATTULO et le socialisme démocratique de J. S. WOODSWORTH et de la CO-OPERATIVE COMMONWEALTH FEDERATION. L'UNION NATIONALE dirigée par Maurice DUPLESSIS, au Québec, le Parti de la reconstruction de H. H. STEVENS et le mouvement de la New Democracy de W. D. HERRIDGE sont aussi engendrés par la Crise.
Le PARTI COMMUNISTE DU CANADA est pratiquement interdit de 1931 (quand neuf de ses leaders sont arrêtés et reconnus coupables en vertu de l'article 98 du Code criminel d'être membres d'une « association illégale ») à 1936. Quand on déclare la guerre en 1939, ce parti est proscrit. Toutefois, les groupes qui lui sont affiliés, tels que la Workers' Unity League, la Relief Camp Workers Union et la National Unemployed Workers Association, jouent un rôle important dans l'organisation de marches de protestation et de manifestations regroupant les ouvriers non spécialisés et les chômeurs.
Bien que ces organisations aient peu d'influence au pays, la Crise contribue finalement à étendre les responsabilités de l'État en matière d'économie et d'aide sociale. En 1934, le gouvernement Bennett crée la BANQUE DU CANADA pour réglementer la POLITIQUE MONÉTAIRE; en 1935, on crée la COMMISSION CANADIENNE DU BLÉ, chargée de commercialiser le blé et d'en fixer le prix-plancher; et, en 1940, le gouvernement canadien assume sa responsabilité envers les chômeurs en introduisant un programme national d'ASSURANCE-CHÔMAGE et un service d'emploi.
La Crise économique légitime aussi les théories de l'économiste anglais John Maynard Keynes, qui soutient que si l'investissement privé ne suffit pas à assurer le plein emploi, l'État doit alors investir au moyen d'un déficit actif afin de créer des emplois. Les idées de Keynes influencent le rapport de la Commission nationale d'emploi (1938), de même que celui de la COMMISSION ROYALE D'ENQUÊTE SUR LES RELATIONS FÉDÉRALES-PROVINCIALES (1940). Ce dernier rapport est important, car il lance l'idée des PAIEMENTS DE PÉRÉQUATION.
Cependant, le gouvernement n'adopte délibérément l'ÉCONOMIE KEYNÉSIENNE que lorsque la guerre éclate en 1939, et ce sont les dépenses publiques massives nécessitées par la guerre qui réduisent finalement le chômage à un niveau minimal en 1942.
Voir aussi HISTOIRE DEPUIS LA CONFÉDÉRATION; CYCLES ÉCONOMIQUES; NEW DEAL DE BENNETT.



Auteur JAMES STRUTHERS
Bibliographie
J.L. Granatstein et coll., Twentieth Century Canada (1983); M. Horn (dir.), The Dirty Thirties: Canadians in the Great Depression (1972); H.B. Neatby, The Politics of Chaos: Canada in the Thirties (1972); B. Palmer, Working-Class Experience: Rethinking the History of Canadian Labour 1800-1991 (1992); James Struthers, No Fault of Their Own: Unemployment and the Canadian Welfare State, 1914-1941 (1984).
Liens supplémentaires
L'Institut Historica-Dominion
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Labour/Le Travail
Le site Labour/Le Travail propose des résumés bilingues d'articles traitant des questions relatives au travail au Canada. Il comporte aussi des liens vers de nombreux sites traitant des mêmes questions. Par le Comité canadien sur l'histoire du travail.
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