Au cours des années 1860, l'union politique de l'AMÉRIQUE DU NORD BRITANNIQUE n'est qu'une idée, le sujet d'occasionnels propos de table, lorsque le vin élève les vues, adoucit les aspérités politiques et élargit les horizons. Ce n'est cependant qu'en 1864 qu'elle devient une question sérieuse dans la PROVINCE DU CANADA, alors que, dans les colonies de l'Atlantique, de nombreuses pressions doivent être exercées pour transformer les idées romantiques d'une nation a mari usque ad mare en réalité politique.
Une série d'événements fortuits va contribuer à cette union. La Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick ont un certain intérêt à ce que les deux colonies, séparées depuis 1784, soient réunies. Leur projet est favorisé par le MINISTÈRE DES COLONIES britannique, qui croit que l'union politique des trois colonies maritimes, y compris l'Île-du-Prince-Édouard, est souhaitable, puisque les trois gouvernements seraient remplacés par un seul.
Au printemps de 1864, les trois assemblées législatives adoptent des résolutions indiquant un intérêt plutôt tiède à l'idée de tenir une conférence sur le sujet. Toutefois, rien n'est fait. Ce n'est que lorsque la province du Canada déclare sans détour qu'elle aimerait qu'on l'invite à assister à une telle conférence que les gouvernements des Maritimes bougent. Si la province du Canada doit y assister, alors cela signifie pour eux qu'il y aura une conférence. Le gouverneur de la Nouvelle-Écosse s'active, Charlottetown est désignée comme le lieu de la rencontre (autrement l'Île-du-Prince-Édouard ne participera pas) et la date du 1er septembre 1864 est fixée.
Les rivalités et les difficultés internes de la province du Canada augmentent en même temps que celle-ci s'agrandit, devient plus prospère et se développe politiquement, socialement et économiquement. Alors que le Parti conservateur croit que la constitution de 1841 n'a nullement fait son temps, le Parti réformiste insiste sur le fait qu'un changement est essentiel. Le Canada-Ouest (Ontario), souhaitant davantage le divorce que le Canada-Est (Québec), rend la vie difficile à tous les gouvernements qui ne se conforment pas à sa croyance en la « représentation selon la population ». En 1864, après que quatre gouvernements éphémères se soient disputé le pouvoir, un gouvernement de coalition promettant la Confédération est créé.
Les problèmes de la province vont être résolus par la scission de ses deux parties et l'union de toute l'Amérique du Nord britannique. Avec l'appui de trois des quatre principaux groupes politiques de la province, la coalition donne à la Confédération un élan qu'elle ne perdra jamais. Les deux principaux groupes politiques du Canada-Ouest sont unis sur cette question. Leurs leaders, John A. MACDONALD et George BROWN, ne sont pas des partenaires ordinaires, mais leur alliance signifie que la Confédération peut aller de l'avant avec l'appui de la province la plus populeuse de l'Amérique du Nord britannique.
Au Canada-Est, bien qu'elle rencontre l'opposition du PARTI ROUGE de A.A. DORION, la Confédération est soutenue par le groupe politique dominant, soit celui des conservateurs avec George-Étienne CARTIER, Hector LANGEVIN et Alexander T. GALT. En 1867, ils ont l'appui nécessaire de l'Église catholique. Plusieurs arguments justifient la Confédération. Tout d'abord, les Canadiens français doivent retrouver leur identité provinciale et Québec redevenir la capitale de leur province. Ensuite, la domination anglophone d'Ottawa, redoutée par les Canadiens français, doit être amoindrie par une forte représentation canadienne-française dans le Cabinet fédéral. Enfin, la Confédération est somme toute le moins indésirable des changements proposés.
Le 29 août 1864, les « Canadiens » quittent donc Québec à bord du bateau à vapeur du gouvernement, le Queen Victoria, pour se rendre à la CONFÉRENCE DE CHARLOTTETOWN. On les invite bientôt à participer aux discussions et à présenter leurs propositions, le projet d'une union des Maritimes n'ayant pas fait beaucoup de progrès. L'idée « canadienne » de réunir toutes les provinces de l'Amérique du Nord britannique en une union fédérale soulève l'enthousiasme, et la perspective séduisante d'une union a mari usque ad mare remporte l'adhésion. La CONFÉRENCE DE QUÉBEC, prévue le mois suivant, rend explicites, sous la forme des 72 Résloutions, les décisions fondamentales déjà prises à Charlottetown.
Terre-Neuve se joint aussi aux autres colonies à Québec. Les colonies atlantiques de Terre-Neuve, de l'Île-du-Prince-Édouard, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick ont chacune leurs aspirations, mais aucune d'entre elles n'est pas aussi insatisfaite du statu quo que l'est le Haut-Canada. À l'exception de Terre-Neuve, elles se sentent à l'aise comme elles sont, et l'ensemble de la population, particulièrement de la Nouvelle-Écosse et de l' Île-du-Prince-Édouard, ne voit aucune raison de changer sa constitution parce que le Canada a découvert qu'il est devenu trop grand pour la sienne.
Même Terre-Neuve, après que des difficultés économiques au cours des années 1860 l'eurent rendue sensible aux flatteries du continent, reporte sa décision en 1865 et refuse définitivement d'adhérer à la Confédération lors des élections générales de 1869. Plus prospère, l'Île-du-Prince-Édouard résiste presque dès le commencement. Un petit groupe de partisans de la Confédération enregistre peu de progrès jusqu'au début des années 1870, alors que des péripéties relatives à la construction de chemins de fer impliquant des gouvernements successifs de l'île forcent celle-ci à chercher une solution auprès du nouveau Dominion pour éponger sa dette. La situation de la Nouvelle-Écosse est plus compliquée.
Le long de l'axe du chemin de fer qui va déjà de Halifax à Truro et qui doit continuer jusqu'au Québec, il existe un appui réel en faveur de la Confédération. Les régions manufacturières et productrices de charbon, le comté de Pictou et, dans une certaine mesure, le Cap-Breton, sont également intéressés. Le long du littoral sud et dans la vallée d'Annapolis, soit le monde prospère de la navigation, de la construction navale, de la culture des pommes de terre et des pommes, la Confédération apparaît cependant peu séduisante et même dangereuse.
Ambitieux, agressif et confiant, le premier ministre conservateur Charles TUPPER s'engage du côté de la Confédération, convaincu qu'à long terme elle se révélera plus profitable pour la Nouvelle-Écosse et peut-être aussi pour lui-même. Heureusement pour la Confédération, Tupper ne consulte pas son électorat : élu en 1863, le gouvernement n'a pas besoin de déclencher des élections avant 1867, soit après la Confédération. À ce moment-là, mais trop tard, on se rend compte que 65 p. 100 des habitants de la Nouvelle-Écosse s'opposent à la Confédération (voir MOUVEMENT SÉCESSIONNISTE).
Le Nouveau-Brunswick est à peine plus favorable à la Confédération que les autres provinces atlantiques. En février 1865, le gouvernement anticonfédérationniste de A.J. SMITH est élu. La réalisation de la Confédération est suspendue jusqu'à ce que le gouvernement Smith tombe en 1866 et qu'un nouveau gouvernement confédérationniste soit élu, aidé par les invasions des FENIANS d'avril et de juin 1866, qui affaiblissent grandement les positions anticonfédérationnistes.
Des forces externes comme la guerre de Sécession et l'agressivité de la politique étrangère américaine (symbolisée par l'abrogation du traité de RÉCIPROCITÉ en 1866 et l'achat de l'Alaska en 1867) suscitent un sentiment d'insécurité dans les colonies séparées de l'Amérique du Nord Britannique qui craignent pour leur avenir. Le devoir oblige l'Angleterre à répondre à toute agression militaire contre l'Amérique du Nord britannique, comme le montre l'AFFAIRE DU TRENT, mais elle n'en a aucune envie. La meilleure défense britannique contre les États-Unis est la fédération de l'Amérique du Nord britannique. La Confédération a par conséquent l'appui solide de Londres, particulièrement du secrétaire aux Colonies, Edward Cardwell.
Cardwell enjoint les gouverneurs de l'Amérique du Nord britannique d'appuyer la Confédération, ce qu'ils font. La CONFÉRENCE DE LONDRES, qui a lieu de décembre 1866 à février 1867, est l'étape finale de la transformation des 72 Résolutions en une loi. L'Acte de l'Amérique du Nord britannique de 1867 (maintenant appelé LOI CONSTITUTIONNELLE DE 1867) en est le résultat. Cette loi est présentée au Parlement, à la Chambre des communes britannique et à la Chambre des lords et est signée par la reine le 29 mars 1867. Elle entre en vigueur le 1er juillet 1867.v
La politique britannique en faveur de la fédération de l'Amérique du Nord se poursuit sous les successeurs de Cardwell. La Compagnie de la baie d'Hudson vend la TERRE DE RUPERT au Canada en 1870, et la Colombie-Britannique entre dans la Confédération en 1871. La seule défaite de cette politique britannique est Terre-Neuve, en 1869. Cependant, 80 ans plus tard, elle entre à son tour dans le concert fédératif.
Bien que la forme qu'a prise la Confédération soit le produit de trois conférences et des discussions des délégués de deux tendances politiques et de cinq colonies, les idées concrètes sur la façon de la réaliser viennent de John A. Macdonald; de A.T. Galt, pour l'aspect financier; et de G.-E. Cartier, pour la prise en compte de certains droits provinciaux essentiels. À l'origine, la Confédération n'était pas une idée de Macdonald, mais c'est lui qui l'a mené à terme. C'est donc vers Macdonald et ses idées que les Canadiens doivent se tourner pour comprendre la nature de l'union de 1867.
Voir aussi HISTOIRE CONSTITUTIONNELLE; PÈRES DE LA CONFÉDÉRATION.
Auteur P.B. WAITE
Bibliographie
J.M.S. Careless, Brown of the Globe (1963); D.G. Creighton, The Road to Confederation (1964) et John A. Macdonald: The Young Politician (1952); W.L. Morton, The Critical Years (1964); P.B. Waite, The Confederation Debates in the Province of Canada (1963) et The Life and Times of Confederation (1962).
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