Les naissances reportées à plus tard par la crise des années 1930 déclenchent le baby-boom, mais deux autres facteurs influent sur ce phénomène. En premier lieu, la proportion d'adultes mariés augmente et ces nouveaux couples font plus d'enfants. Les femmes mariées ou célibataires nées en 1911 et en 1912 ont en moyenne 2,9 enfants, tandis que celles nées entre 1929 et 1933 en ont en moyenne 3,3. Ces chiffres indiquent leur « descendance finale ». Vingt ans séparent ces deux générations entre lesquelles il existe un écart de 0,4 enfant, soit 13 p. 100.
En second lieu, plus de la moitié des naissances du baby-boom résultent de ce que les démographes appellent un « phénomène de calendrier ». Un plus grand nombre d'adultes se marient plus jeunes (l'âge médian au premier mariage des femmes est de 23,2 ans en 1940 et de 21,1 en 1965) et, de la fin de la Deuxième Guerre mondiale à 1965, ils ont surtout leurs enfants au cours des premières années de leur union.
De 1940 à 1965, le nombre de naissances au Canada grimpe de 253 000 en 1940 à 479 000 en 1960 avant de redescendre à 419 000 en 1965. Au cours des 25 années de baby-boom, il naît 1,5 million d'enfants de plus que si ce phénomène n'avait pas eu lieu (environ 8,6 millions), soit une hausse de plus de 18 p. 100. À partir de 1965, cependant, les gens se marient plus tard et attendent plus longtemps avant de faire des enfants, d'une part parce qu'un plus grand nombre de femmes sont actives sur le marché du travail et d'autre part parce que l'accès à des méthodes de CONTRÔLE DES NAISSANCES plus efficaces se généralise. (Voir FEMMES DANS LA POPULATION ACTIVE.)
On prévoit que la population du Canada dépassera les 40 millions d'individus d'ici à 2036. En 2009, environ 1,3 million de personnes avaient 80 ans ou plus et ce nombre pourrait passer à 3,3 millions en 2036. Le vieillissement de la population devrait s'accélérer rapidement à mesure que les baby-boomers atteindront 65 ans, et le nombre de personnes âgées pourrait alors dépasser le nombre d'enfants pour la première fois dans l'histoire du Canada.
JACQUES HENRIPIN
Effets à long terme
Le baby-boom apparaît d'abord comme une pièce maîtresse dans de nombreuses explications en sciences sociales. Par la suite, il garde certes de l'importance, mais il n'agit plus conformément aux paradigmes de la théorie. Les baby-boomers appartiennent à la génération née entre 1946 et 1966. Celle-ci crée dans les courbes démographiques un bombement qui rappelle un lapin avalé par un python et qui migre le long de son corps. Durant les 20 années qui suivent 1966, ce « lapin » atteint les âges de 20 à 39 ans (1966-1986) et entre dans la POPULATION ACTIVE. En 2011, le « lapin » atteint les 65 ans, le seuil habituel du passage de la vie active à la retraite. Suivront alors, jusqu'en 2031, 20 années pendant lesquelles la société pourrait voir augmenter rapidement le nombre de retraités. (Voir VIEILLISSEMENT.) Toutefois, les fluctuations économiques, un changement dans les attitudes et les attentes de style de vie ainsi qu'une espérance de vie prolongée redéfinissent l'approche du vieillissement et de la retraite de cette génération. À mesure que les baby-boomers prendront leur retraite, un nombre croissant de travailleurs devront pourvoir les postes devenus vacants, dont beaucoup exigent des compétences spécialisées. Cette situation pourrait mener à adopter des mesures de rétention, de report de l'âge de la retraite et de recrutement de travailleurs étrangers.
La population active devient de plus en plus âgée alors qu'un nombre croissant de travailleurs de la génération du baby-boom atteignent la soixantaine. En 2005, des études sur la population active canadienne révèlent que les personnes âgées titulaires d'un diplôme universitaire sont quatre fois plus nombreuses à participer à la population active que celles qui ont huit années d'éducation formelle ou moins. Les femmes de la génération du baby-boom participent également plus longtemps à la population active. Ainsi, en 2007, 35 p. 100 des travailleurs âgés sont des femmes.
D'ici à 2036, le nombre de personnes âgées (65 ans et plus) pourrait plus que doubler au Canada alors que, selon toute probabilité, 23 p. 100 à 25 p. 100 de la population seront des personnes âgées comparativement à 14 p. 100 en 2009.
Émergence de la génération Nexus (génération X)
Selon la théorie d'Easterlin, les grandes cohortes de population comme celle des baby-boomers seraient, contrairement aux petites, désavantagées sur le plan économique. La génération Nexus, ou génération X (1966 à 1974), est celle qui correspond à la chute du taux de natalité après le baby-boom, c'est-à-dire le « baby-bust » d'après 1966. Si cette théorie se vérifie pour le Canada et pour plusieurs autres pays développés, ce n'est pas vraiment ce que suggèrent le Québec et l'Ontario : le Québec connaît un baby-boom moins prononcé que celui de l'Ontario, mais ensuite un déclin de la fécondité plus prononcé (voir FERTILITÉ).
Les cohortes de la génération Nexus ou génération X, un terme popularisé par l'auteur Douglas COUPLAND, arrivent sur le marché du travail à partir de la fin des années 1980 et, selon la théorie, ils auraient dû en tirer des avantages économiques. Toutefois, cette génération se heurte à un taux de CHÔMAGE élevé et à une RÉPARTITION DES REVENUS désavantageuse. Par conséquent, ils n'ont aucune envie de refaire un baby-boom. Tout porte à croire que l'ampleur de la dénatalité aurait été plus importante sans l'effet d'écho produit par le baby-boom (naissances ne résultant pas du taux de fécondité des mères, mais du plus grand nombre de mères).
« La guerre des générations »
La faible activité de la génération X sur le marché du travail à la fin des années 1980 modifie grandement les proportions de la population assurant le revenu national et le consommant. À l'avenir, la proportion de retraités ou de pensionnés par rapport à la population active pourrait passer de un sur cinq à un sur deux. Certains analystes y voient le germe d'une « guerre des générations » (voir MARXISME et ÉCONOMIE KEYNÉSIENNE). Les surplus seraient absorbés par la consommation des baby-boomers vieillissants plutôt que par les guerres impérialistes qui, selon Marx, doivent servir à éliminer les surplus de l'économie capitaliste, ou par l'endettement public réclamé par Keynes pour financer la relance de la demande effective. Dans ce processus, les jeunes de la génération X devraient trouver du travail, du moins selon la théorie qui prévoit une interaction entre la génération du baby-boom, celle de l'après-baby-boom (effet d'écho) et la génération X. Mais le manque d'empressement ou l'incapacité d'un grand nombre de boomers à quitter la vie active pourrait déjouer cette prévision.
Vieillissement à long terme de la société
Aux modifications fondamentales décrites ci-dessus s'ajoutent d'autres changements. La société que formaient les baby-boomers, jeune hier, vieillit aujourd'hui : le plafond historique atteint par l'âge médian dans les années 1980 et 1990, 34 ans en 1994, sera de 40 ans en 2016. Même sans nouvelle baisse du taux de fécondité des femmes, le nombre des naissances tombera bien au-dessous de 400 000 par an et celui des décès franchira les 200 000 par an jusqu'à dépasser celui des naissances.
La génération du baby-boom est celle qui joue le rôle le plus déterminant dans le façonnage de l'économie canadienne. À mesure que les boomers prennent de l'âge, les pressions économiques et sociales sont passées des écoles aux besoins des personnes âgées ainsi qu'au financement des soins de santé et de la sécurité du revenu dont la population vieillissante a besoin.
KAROL J. KROTKI
Auteurs ayant contribué à cet article :
Auteur KAROL J. KROTKI, JACQUES HENRIPIN
Liens supplémentaires
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