Peu après son retour à Montréal, Jackson peint La lisière de l'érablière, une toile qui lui permet de rencontrer ses futurs amis du Groupe des Sept, basé à Toronto. Lassé de l'art publicitaire et de l'indifférence des Montréalais pour son oeuvre, Jackson déménage à Toronto à l'automne 1913. Très vite, il partage son studio avec Tom THOMSON, un peintre timide et manquant d'assurance. Ils deviennent de grands amis, ce qui est tout à leur avantage. En effet, Jackson enseigne à Thomson certaines techniques, en particulier la couleur, tandis que Thomson lui parle des régions sauvages du Canada. Impatient de découvrir le Nord du pays dont lui parle Thomson, Jackson se rend au Canoe Lake, dans le parc Algonquin, en février 1914. Il y découvre non seulement de remarquables paysages à peindre, mais aussi une région qui symbolise le Canada. Après un voyage dans les Rocheuses, il retourne dans le parc Algonquin à l'automne de la même année. Thomson, Arthur LISMER et Fred VARLEY l'accompagnent et il peint The Red Maple, un tableau dans lequel une palette hardie équilibre une composition inspirée de l'Art nouveau.
En 1915, Jackson s'enrôle dans l'armée et est envoyé en Europe. Deux ans plus tard, il est engagé comme artiste attitré pour les oeuvres canadiennes commémoratives de la guerre et on lui demande tout de suite de peindre un portrait, en dépit de son manque d'expérience dans ce domaine. Ses oeuvres ultérieures satisfont davantage sa préférence pour les paysages. De retour au Canada, en 1918, Jackson continue ses promenades, habitude qu'il conservera toute sa vie. En 1919, il passe l'été à peindre dans la baie Georgienne et, au mois de septembre, en compagnie de Lawren HARRIS, J.E.H. MACDONALD et Franz JOHNSTON, il se rend en wagon couvert jusqu'à Algoma. Cette expédition et d'autres expéditions ultérieures leur fournissent le matériel de la première exposition du Groupe des Sept, qui a lieu à Toronto au mois de mai 1920. La participation active de Jackson à sept autres expositions du Groupe ainsi qu'à des expositions contemporaines, notamment la très controversée British Empire Exhibition de 1924, à Wembley, en Angleterre, permettent à ses paysages vallonnés et inhabités de s'inscrire dans la conscience canadienne.
Toute sa vie, Jackson demeure un fervent partisan du nationalisme affiché par le Groupe et fondé sur le concept de la terre natale. Une fois son style bien défini, il ne s'en éloigne que pour s'adapter à des territoires nouvellement explorés.
Il ne perd jamais son intérêt pour les paysages et peint les atmosphères canadiennes les plus typiques et les plus reconnaissables. Jackson a une préférence pour l'hiver et recherche les régions éloignées, notamment l'Arctique qu'il visite en 1927 et en 1930. Cependant, il revient fréquemment dans les régions plus clémentes de sa jeunesse, notamment au Québec et dans la baie Georgienne. En 1926, au Québec, il peint Barns, une toile dans laquelle il utilise des formes simples et curvilignes, ainsi que des couleurs au ton doux pour présenter des images durables et très fortes. Jackson est aussi l'un des défenseurs les plus efficaces du Groupe. Dans de nombreux articles et dans sa sympathique autobiographie, A Painter's Country (rééditée en 1976), entièrement écrite dans une langue familière et émouvante, Jackson exprime avec modération sa vision nationaliste.
Auteur ANN DAVIS


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