En 1950, le Canada se joint au PLAN COLOMBO afin de venir en aide aux pays d'Asie membres du COMMONWEALTH qui viennent d'obtenir leur indépendance. Au cours des deux décennies suivantes, le programme canadien d'aide extérieure progresse régulièrement et s'étend aux pays membres du Commonwealth dans les Antilles (1958) et en Afrique (1960), puis à l'Afrique francophone (1961) et enfin à l'Amérique latine (1970).
Aide gouvernementale
Les bases du programme canadien pour les années 70 sont établies au milieu des années 60, lorsque le gouvernement entreprend de hausser substantiellement les niveaux d'aide. En 1968, trois événements importants ont lieu : d'abord, la création de l'AGENCE CANADIENNE DE DÉVELOPPEMENT INTERNATIONAL, destinée à administrer l'aide canadienne; puis, Pierre Trudeau, homme habité d'un intérêt immuable pour le développement international, devient premier ministre; enfin, l'ex-premier ministre Lester B. Pearson dirige une commission internationale chargée d'examiner les résultats de 20 ans d'aide au développement et de proposer des politiques visant à l'améliorer.
Le rapport de la commission, intitulé Partenaires dans le développement, demande que chaque pays donateur fournisse une aide extérieure égale à 0,70 p. 100 de son produit intérieur brut. Le Canada accepte cet objectif en 1970 et réaffirme son engagement à plusieurs reprises mais, en 1986, son aide n'atteint que 0,46 p. 100. Cette même année, le Canada distribue quand même plus de deux milliards de dollars d'aide dans un vaste éventail d'activités par le biais de divers canaux.
L'aide directe (bilatérale) d'un pays à un autre représente presque la moitié de toute l'aide canadienne dispensée dans plus de 90 pays. La grande partie de l'aide bilatérale est concentrée dans environ 30 pays, et l'Inde, le Pakistan, le Bangladesh et le Sri Lanka (quatre des premiers pays ayant bénéficié de l'aide canadienne dans le cadre du plan de Colombo) en reçoivent encore environ le tiers. L'aide bilatérale n'est habituellement pas fournie en argent mais sous forme de biens et de services canadiens : blé et farine, locomotives et pièces de chemins de fer, équipement pour la production et la transmission d'hydroélectricité, engrais, semences, instruments aratoires et personnel pour agir en tant que conseillers ou instructeurs.
L'aide multilatérale, généralement en argent, est acheminée du Canada vers plusieurs organismes internationaux qui s'emploient dans leurs propres activités, dont les plus connus sont la Banque mondiale, d'autres banques de développement multilatéral et les agences spécialisées de l'ORGANISATION DES NATIONS UNIES. Plus du tiers de l'aide extérieure du Canada est versée à ces institutions multilatérales. Le reste sert au Centre de recherche sur le développement international, une société publique fondée en 1970 pour financer la recherche sur les besoins des pays en développement, et aux organisations non gouvernementales canadiennes oeuvrant dans ces pays.
Il existe peu de précédents où un État ou un peuple acceptent une responsabilité continue dans l'amélioration d'autres États ou peuples sans demander en retour de remboursement en richesse ou en pouvoir. La nouveauté même de ce phénomène le rend complexe et controversé. Il n'existe toujours pas de consensus chez les pays donateurs sur ce à quoi l'aide devrait servir ou sur la meilleure façon d'y arriver.
Certains adhèrent encore au point de vue idéologique ou stratégique selon lequel l'Ouest doit aider les pays en développement afin d'entretenir avec eux des relations amicales et de les dissuader de s'aligner politiquement sur le bloc soviétique. D'autres voient le sous-développement des pays du tiers monde comme la conséquence de leur exploitation par des pays riches et envisagent une aide généreuse comme une sorte de réparation.
Des sondages d'opinion et des déclarations de chefs politiques ont révélé que la principale motivation de l'aide extérieure canadienne est un souci humanitaire à l'égard des millions de personnes qui, de toute évidence, sont beaucoup plus pauvres que la plupart des Canadiens. Les disparités des niveaux de vie sont si grandes et si indépendantes de la volonté des gens pauvres que plusieurs Canadiens perçoivent maintenant l'obligation d'aider comme une question de justice plutôt que de charité.
Cependant, l'humanitarisme n'est jamais le seul motif, particulièrement dans le cas d'aide de gouvernement à gouvernement. Quand le gouvernement canadien alloue officiellement une aide au développement, il tient compte de certains intérêts commerciaux (ventes accrues et marchés futurs pour des produits canadiens) et d'intérêts politiques (désir d'établir ou d'entretenir de bonnes relations avec le pays bénéficiaire).
Même quand le motif premier est d'ordre humanitaire, il existe des tensions entre le besoin d'une aide à court terme pour soulager la souffrance et celui d'une aide à long terme visant à aider les gens à atteindre l'autosuffisance. Cette dernière démarche est de plus en plus acceptée, particulièrement depuis le milieu des années 70, où on met l'accent, dans l'aide au développement, sur les « besoins humains fondamentaux » . Mais, avec ce genre d'aide, il est difficile d'obtenir des résultats rapides ou impressionnants. Plusieurs experts sont convaincus que les structures politiques et économiques existantes dans bon nombre de pays en développement constituent elles-mêmes un obstacle majeur à l'amélioration du sort des pauvres et que l'aide officielle ne fait souvent que renforcer ces structures au lieu de favoriser la responsabilisation.
Les observateurs que l'intervention du gouvernement dans la vie économique laissent sceptiques soulèvent aussi des doutes sur l'efficacité d'une aide officielle, laquelle est nécessairement acheminée aux gouvernements en place. Dans la plupart des pays en développement, l'aide ne représente qu'une infime partie de l'investissement total et est concentrée dans des domaines où le secteur privé peut rarement jouer un rôle de premier plan. L'aide extérieure demeure, néanmoins, une composante, petite mais importante, du processus de développement. Son succès dépend des efforts consentis localement par les pays concernés et de toute la gamme des autres liens entre pays développés et pays en développement.
BERNARD WOOD et ROGER EHRHARDT
Aide non gouvernementale
En partie à cause des résultats insatisfaisants de l'aide de gouvernement à gouvernement, les pays industrialisés ont confié, au cours de la dernière décennie, une part importante et croissante de leur aide extérieure aux organisations non gouvernementales (ONG). Si l'aide volontaire aux pays en développement dispensée par l'intermédiaire des Églises et autres oeuvres de charité est antérieure à l'engagement direct des gouvernements, ce n'est que depuis les 20 dernières années que les gouvernements ont commencé à financer le travail des ONG.
Au Canada, les ONG recevaient, dès le milieu des années 80, des fonds fédéraux et provinciaux de 200 à 250 millions de dollars (ou 10 à 12 p. 100 du total de l'aide extérieure), et une somme au moins équivalente en provenance de sources privées. En même temps, le nombre d'ONG a considérablement augmenté. Elles sont aujourd'hui 250, ce qui comprend non seulement les agences d'aide volontaire traditionnelles, mais aussi des collèges, des universités, des coopératives, des associations professionnelles et des syndicats.
Au début, les activités des ONG consistent surtout en secours d'urgence et en assistance sociale, y compris l'envoi de nourriture et de vêtements et le parrainage d'enfants et de familles. De telles activités demeurent importantes (et hautement visibles), mais les ONG s'emploient davantage aujourd'hui dans des travaux de développement à long terme axés sur la promotion de l'autosuffisance, travaux qui sont souvent réalisés par l'intermédiaire d'ONG indigènes dans les pays en développement.
Si la plupart des projets des ONG sont petits et communautaires, certaines agences commencent à entreprendre des programmes d'infrastructures et de prestation de services plus importants. La plupart des ONG estiment qu'une partie intégrante de leur travail consiste à éduquer les Canadiens en matière de développement international et à faire valoir en quoi leurs oeuvres les concernent. En effet, un grand nombre de centres de sensibilisation et autres agences ne s'emploient uniquement que dans le travail d'information.
Les partisans des ONG prétendent que celles-ci ont plusieurs avantages sur l'aide acheminée officiellement : rapidité, flexibilité, coûts faibles, talents innovateurs et, surtout, capacité d'atteindre efficacement les plus démunis. S'il est vrai que les ONG peuvent se féliciter d'avoir réussi une foule de projets innovateurs, leur prétendue efficacité supérieure reste en grande partie non prouvée.
Les attentes relatives au rendement des ONG et les demandes qui leur sont faites de prouver leur valeur augmentent au même rythme que l'envergure et la complexité de leurs projets. En même temps, plusieurs craignent que les ONG, en se transformant d'âmes idéalistes en travailleurs professionnels du développement, n'en viennent à oublier la source ultime de leur force : le renforcement des liens entre les Canadiens et les citoyens des pays en développement.
Voir aussi RELATIONS CANADA -- TIERS-MONDE.
BRENT COPLEY
Auteurs ayant contribué à cet article:
Auteur BRENT COPLEY; BERNARD WOOD et ROGER EHRHARDT
Bibliographie
Canada, Strategy for International Development Cooperation 1975-1980 (1975); K. Spicer, A Samaritan State? (1966).
Liens supplémentaires
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