|
Les Canadiens qui auront entendu parler d'Irene Parlby la connaissent comme étant l'une
des cinq femmes de l'Alberta ayant fait partie du groupe Famous Five ou Groupe des Cinq. Elles
étaient demanderesses devant la cour cherchant à faire reconnaître les femmes en tant que
personnes selon l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, de sorte à ce qu'elles soient éligibles
au Sénat canadien. Ce cas fut un point tournant dans la longue lutte menée par les femmes pour
obtenir l'égalité politique et juridique au Canada, mais l'importance historique d'Irene Parlby
repose sur bien d'autres événements en plus de l'affaire « personne ».
Née en Angleterre en 1868, Irene Marryat arriva au Canada en 1896. Une amie de sa famille
avait émigré au Canada et invita Irene à lui rendre visite sur sa ferme près de ce qui allait devenir
Alix, en Alberta. Irene rendit visite à son amie. Peu après, elle rencontra et épousa Walter Parlby.
Irene et Walter s'intéressaient tous deux à la politique. En 1909, lorsque le syndicat United
Farmers of Alberta (UFA) fut fondé, Walter Parlby fut le premier président de la succursale
d'Alix. À ses débuts, le UFA n'était pas tant un parti politique qu'un mouvement économique et
social. Il mettait l'accent sur "l'équité » et faisait la promotion du principe économique de la
coopération et de la création de sociétés coopératives. Somme toute, le UFA espérait "
promouvoir les intérêts des fermiers et des ranchers dans tous les aspects de l'agriculture ».
Irene participa aussi au mouvement coopératif. En 1913, elle aida à mettre sur pied un
regroupement local de femmes, le Alix Country Women's Club. Dans un premier temps, le club
répondit à des besoins locaux : par exemple, il créa une bibliothèque. À long terme, il nourrissait
également des objectifs de plus grande envergure. Des représentantes du club jouèrent un rôle
prépondérant dans l'établissement de l'association des United Farm Women of Alberta (UFWA).
En 1913, Irene Parlby assuma la présidence de cette association à l'échelle provinciale.
Les partis politiques et les valeurs traditionnels subirent les effets de la Guerre et de la
période de l'après-guerre. Les idées de Henry Wise Wood exerçaient beaucoup d'influence sur le
UFA et la UFWA, ainsi que sur d'autres travailleurs et groupes de personnes. Wood, un
théoricien politique, proposait une façon tout à fait radicale d'aborder la représentativité dans les
législatures. Il avançait l'idée que le gouvernement devrait être organisé sur une base de groupes
économiques et que les gens devraient être élus pour représenter ces groupes plutôt que les partis
politiques démodés. Selon ce point de vue, les fermiers avaient besoin de représentants agraires.
Après 1919, le UFA se mit à la tâche et échafauda une organisation politique en vue de contester
les prochaines élections.
Irene Parlby fut choisie candidate du UFA dans la circonscription de Lacombe. Ses
opposants accordèrent beaucoup d'importance au fait qu'elle était une femme. Bien qu'elle ne se
montrât jamais très intéressée à aller chercher de l'appui et des votes, elle remporta facilement ses
élections en 1921. Puisqu'elle était la principale porte-parole du UFA et de la UWFA, les gens se
demandaient bien quel ministère lui serait offert lorsque le UFA remporta la majorité des sièges
de la législature. Signe des temps – la notion de l'égalité des femmes était très limitée en 1921 –
on ne confia pas de ministère particulier à Irene Parlby, mais on la nomma ministre sans
portefeuille. Elle devint ainsi la deuxième femme au Canada à devenir membre d'un cabinet ; la
première fut Mary Ellen Smith en Colombie-Britannique.
Le gouvernement du UFA se débrouilla tant bien que mal au cours de ses premières années
au pouvoir. Henry Wise Wood avait décidé de ne pas se porter candidat aux élections et bon
nombre de membres du parti UFA étaient de l'avis qu'ils pouvaient et devaient s'opposer au
gouvernement si celui-ci proposait des projets de lois que leurs électeurs n'appuyaient pas.
Éventuellement, le Premier ministre Herbert Greenfield dût dire aux membres du UFA qu'ils se
devaient d'appuyer le gouvernement, sinon, leur opposition pourrait faire tomber le
gouvernement. En 1923, une crise économique obligea Greenfield à couper les dépenses et à
hausser les taxes pour équilibrer le budget. Plusieurs historiens s'entendent pour dire que c'est à
partir de ce moment-là que le UFA passa de mouvement politique à un parti politique. En 1923,
la plupart des idées de Wise sur la gouvernance par groupes avaient dû être abandonnées. Le
UFA dirigea l'Alberta pendant 12 ans ; c'était un gouvernement populiste, mais financièrement
conservateur.
Bien qu'elle n'eût pas de ministère spécifique à diriger, Irene Parlby joua un rôle marquant
dans le gouvernement UFA. Elle fut souvent porte-parole du gouvernement dans les domaines de
la santé et de l'éducation, et elle s'intéressa particulièrement aux questions reliées aux femmes et
aux familles. En grande partie, son travail portait sur les questions d'envergure nationale et
internationale – l'affaire « personne », par exemple – et son travail en tant que déléguée à la
Ligue des Nations. Au début des années 1930, il était évident qu'elle s'intéressait de moins en
moins à la politique partisane de la Législature albertaine, et bien qu'elle fut une candidate
victorieuse aux élections générales de 1931, le gouvernement UFA commençait à souffrir
d'essoufflement. En 1935, Parlby décida de ne pas se présenter aux élections – décision sage de
sa part – et le gouvernement UFA fut balayé de la carte par un nouveau mouvement politique, le
Parti Crédit Social du Canada.
Après 1935, Parlby continua de se prononcer sur toute une gamme de sujets, mais elle eut
peu d'influence politique dans une Alberta dominée par le Crédit Social. Toutefois, à sa mort à
l'âge de 97 ans, en 1965, la Commission des lieux et monuments historiques du Canada
s'empressa de la reconnaître en tant que personnage historique important au niveau national.
Cette reconnaissance fut basée sur son rôle dans l'affaire « personne », mais aussi pour son travail
en tant que député et son service notable dans les domaines de « l'éducation, du bien-être social et
des réformes législatives ».
Michael Payne est Chef de la recherche et des publications de la Historic Sites and Cultural
Facilities Branch, Alberta Community Development, et auteur de The Fur Trade in Canada: an
Illustrated History. Il est également co-rédacteur de Alberta: Alberta Formed – Alberta
Transformed, un historique du centenaire de l'Alberta.
|